Nicolas Sarkozy a donc décidé –comme on pouvait s’y attendre- de faire sa campagne du deuxième tour « à droite toute ». Quand on n’a obtenu que 27,18% des voix, derrière un socialiste à 28,63%, et que la candidate du Front National en a recueilli 18%, c’est évidemment tentant.
Dès aujourd’hui, il s’est donc lancé, sans vergogne ni pudeur, dans cette opération de séduction des électeurs de Marine Le Pen, en reprenant à son compte les slogans et les thèmes traditionnels de l’extrême-droite.
Soyons justes, le président-candidat n’a énoncé que des vérités premières. Que la France ait des racines chrétiennes, personne ne le conteste. Que l’immigration non contrôlée menace nos traditions et notre culture, c’est une évidence. Que l’Europe soit devenue une passoire, tout le monde le dit. Qu’il y ait trop d’assistés dans notre pays et qu’ils coûtent trop cher, c’est vrai.
On peut d’ailleurs évoquer d’autres vérités toutes aussi premières. La France est un pays foncièrement laïc, la France a toujours été un pays ouvert à l’immigration, l’Europe est, évidemment, l’avenir, il y a trop de chômeurs, trop de défavorisés, trop d’exclus, trop d’injustice dans notre pays.
Au fond, la droite et la gauche se distinguent par le choix qu’elles font entre ces vérités premières qui ne sont contradictoires qu’en apparence et qui révèlent, en réalité, toutes les difficultés d’une politique cohérente et constructive.
Il est parfaitement vrai que Clovis se soit fait baptiser, mais il est vrai, aussi, que la France a choisi la séparation de l’Eglise et de l’Etat, que les Maghrébins et les Africains chamboulent un peu nos traditions mais les Italiens, les Polonais, les Espagnols, eux aussi accueillis avec bien des réticences, ont fini par devenir des Français à part entière, que l’Europe avec ses lois, ses normes, ses diktats est devenue insupportable, mais elle est indispensable à l’heure de la mondialisation, qu’il y a trop d’allocations en tous genres mais c’est l’honneur d’un grand pays que de venir en aide aux plus malheureux des siens.
En se mettant à caresser dans le sens des poils uniquement une frange de l’électorat et sans lui apporter si ce n’est la moindre contradiction du moins quelques éléments de réflexion, Sarkozy donne –et ce n’est, hélas, pas nouveau- une image détestable de la France qu’il semble appeler de ses vœux. Une France tournée vers son passé lointain, refermée sur elle-même, étriquée, égoïste, cruelle. Une France qui pue la chaisière, qui veut casser du bougnoule, s’entourer de barbelés et de miradors et laisser crever sur le bord du chemin tous ceux qui ont raté le train de la réussite.
Or, la France qu’aime la plupart des Français c’est ce n’est pas celle de Louis-Philippe ou de Pétain, de Barrès ou de Maurras, mais celle de Voltaire, des Droits de l’homme, des Soldats de l’An II, de Victor Hugo, de la Résistance ou de Camus.
Sarkozy n’a rien compris. En choisissant les slogans (souvent justifiés) de l’extrême-droite pour tenter de s’attirer les bonnes grâces de 17,90% de l’électorat (qui sont bien loin de lui être acquis), il fait honte à la majorité du « peuple » qu’il prétend représenter. Il ne comprend pas qu’en face de la crise économique et sociale actuelle et de la crise de conscience sans précédent que traverse le pays, les Français rêvent d’une France humaniste qui aurait retrouvé toute sa grandeur, tout son prestige, toute sa générosité, toute sa raison d’être.
C’est tout de même un comble que celui qui s’est longtemps présenté comme un héritier du gaullisme manque de souffle au point de laisser un socialiste représenter les valeurs de l’humanisme. Sarkozy va, peut-être, grignoter quelques voix à l’extrême-droite mais il ne va sûrement pas l’emporter au Paradis.

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