Après avoir fait une chute mémorable dans les sondages, Eva Joly vient d’en faire une, heureusement sans gravité, dans l’escalier. Du coup, on repense à elle qu’on avait, il faut bien l’avouer, totalement oubliée.
Le « cas Joly » révèle deux évidences. 1) Les primaires ne sont pas forcément une bonne idée, 2) Les bonnes causes ont besoin de bons candidats.
Les primaires de la gauche, l’automne dernier, ont été une fabuleuse idée. Elles ont permis au PS non seulement d’occuper le devant de la scène durant des semaines mais aussi d’enclencher une dynamique qui a transformé un candidat falot, palot (et par défaut) en grandissime favori pendant des mois. Mais ces primaires étaient « ouvertes » à tous ce qui permettait d’éviter la guerre des éléphants (qu’on avait connue en 2007 entre DSK, Fabius et Ségolène Royal) et le triomphe des militants les plus radicaux.
En n’accordant le droit de vote pour sa primaire qu’aux seuls adhérents d’Europe-Ecologie-Les-Vertes, la famille écologiste savait qu’elle se choisirait le candidat le plus extrémiste et, par là même, le moins susceptible d’attirer des électeurs.
Il est évident que Nicolas Hulot, aussi insupportable soit-il, aurait, par sa notoriété et son bagout de bateleur télévisuel, pu séduire plus de 2% de l’électorat. Mais il ne faisait pas partie de la chapelle pour ne pas dire de la secte. Le PCF a eu, lui, l’intelligence d’embaucher un intermittent du spectacle talentueux ne faisant pas partie de sa troupe habituelle et le succès de Mélenchon prouve combien il a eu raison.
Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui un parti politique aurait tout intérêt à envoyer à la bataille présidentielle une star du show-business ou un présentateur de la météo à la télévision plutôt qu’un vieil apparatchik.
Eva Joly était la plus mauvaise candidate imaginable. Son accent norvégien, son sectarisme de juge d’instruction, son fanatisme de convertie de fraiche date avaient tout pour déplaire, sans parler des innombrables gaffes qu’elle allait avec application multiplier à plaisir tout au cours de sa campagne. Mais les militants qui l’avaient élue voulaient sans doute que le choix des électeurs ne soit pas influencé par la personnalité de la candidate mais uniquement par la cause qu’elle représentait.
Et c’est le second enseignement des 2% d’Eva Joly. Jamais sans doute l’écologie n’a été à ce point à la « une » de l’actualité. Le drame de Fukushima, les cyclones, la fonte des pôles, la sécheresse, les dérèglements de la météo inquiètent désormais toutes les populations qui comprennent qu’on a joué aux apprentis sorciers et que la protection de l’équilibre de la nature est devenue une priorité même si ceux qui en parlent font évidemment figures d’oiseaux de mauvais augure.
Or, non seulement la candidate qui voudrait lancer un cri d’alarme est complètement inaudible et méprisée mais aucun des candidats « sérieux » n’a évoqué ces problèmes, comme si tous leurs conseillers en communication leur avaient répété que tout le monde « se contrefoutait » de l’avenir de la planète et qu’après nous (et surtout les élections) le déluge pouvait ravager le pays.
Moralité : la meilleure des causes –et l’avenir de la planète n’est pas une mauvaise cause- ne peut se vendre que si le camelot chargé d’attirer les chalands a un minimum de talent. On comprend que certains finissent par douter de la démocratie…

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