C’est évidemment la guerre des chiffres. Y avait-il plus de monde à la Concorde pour acclamer Sarkozy ou à Vincennes pour applaudir Hollande ? On ne le saura jamais. 30.000, 50.000, 100.000 personnes d’un côté comme de l’autre, les « fourchettes » des observateurs sont larges.
Ce qui est sûr c’est qu’il y avait beaucoup de monde aussi bien pour le président-candidat de l’UMP que pour le favori du PS. Mais même s’ils ont, l’un et l’autre, réuni une foule immense, cela ne veut strictement rien dire. Il faut plus de 15 millions d’électeurs pour être élu et chacun sait que l’UMP comme le PS sont parfaitement capables de faire venir à Paris des cars entiers et des TGV bondés de militants encartés, pour ce genre de grands messes.
Certains témoins ont cru remarquer qu’il y avait plus de sourires, d’enthousiasme, de foi à Vincennes, chez les partisans d’Hollande, qu’à la Concorde, chez ceux de Sarkozy. C’est bien possible. La gauche est maintenant –et depuis un bon moment- persuadée que son candidat va l’emporter haut-la-main, alors que la droite en est réduite aujourd’hui à espérer un miracle du dernier moment. L’ambiance ne pouvait donc pas être la même. Les uns vendaient déjà la peau de l’ours, les autres se disaient que le pire n’est jamais sûr.
Les discours des deux protagonistes reflétèrent d’ailleurs cette différence. En substance, Hollande répétait qu’avec lui ça allait être le paradis alors que Sarkozy, comme s’il avait déjà perdu la partie, se contentait d’affirmer qu’avec l’autre ça allait être l’enfer.
Le choix des lieux était presque révélateur. La Concorde est, bien sûr, l’une des plus belles places du monde mais, qu’on le veuille ou non, c’est tout de même ici que le peuple a guillotiné la royauté. Certes, à Vincennes on a fusillé le duc d’Enghien mais, pour les Parisiens, Vincennes est surtout connu comme le meilleur terrain de course pour le trot.
De là à dire qu’à la Concorde on a assisté aux derniers instants d’un souverain qui a fini par se faire détester et qu’à Vincennes on a vu le triomphe d’un crack trottinant, il n’y a qu’un pas qu’il n’est, bien sûr, pas question de franchir. Même si les jeux semblent déjà faits, attendons l’arrivée.

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