Nicolas Sarkozy vient de nous affirmer que demain, 1er mai, les partisans de François Hollande défileraient « derrière le drapeau rouge » alors que les siens marcheraient « derrière le drapeau bleu, blanc, rouge ».
La couleur du drapeau a eu, parfois, une réelle importance dans notre histoire. Le Comte de Chambord n’a pas pu monter sur le trône parce qu’il s’était entêté à défendre le drapeau blanc.
Cela dit, aujourd’hui, alors qu’on nous impose un peu partout, à côté du drapeau français, le drapeau bleu à étoiles de l’Europe et qu’il faut bien reconnaitre qu’à gauche on arbore désormais plus souvent le drapeau tricolore que le drapeau rouge, l’argument avancé par le président-sortant parait désuet pour ne pas dire ridicule.
D’ailleurs, il faut remarquer qu’au cours de cette campagne présidentielle Hollande semble avoir chanté beaucoup plus souvent La Marseillaise que l’Internationale et que nombreux étaient les drapeaux tricolores agités par la foule de ses meetings.
Après avoir, au début de son quinquennat, tenté de jouer l’ouverture à gauche en embauchant des seconds couteaux socialistes du genre Kouchner, Besson, Fadela Amara ou Hirsch, Sarkozy en est vite revenu au clivage droite-gauche d’antan avec l’espoir de récupérer les voix de l’extrême–droite qui lui avaient été si utiles pour l’emporter en 2007 et qui s’étaient éloignées au fil des mois. Et, de son fameux discours de Grenoble jusqu’à sa campagne du premier tour, il n’a fait qu’en rajouter.
Le superbe score réalisé par Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle aurait dû lui faire comprendre qu’il avait fait fausse route et que sa droitisation à outrance n’avait convaincu personne. D’abord, parce qu’il ne pouvait pas, avec les mêmes, recommencer en 2012 le coup de bluff qui lui avait réussi en 2007, ensuite, et peut-être surtout, parce que ces 18% de Français qui ont choisi Marine Le Pen sont, bien souvent, davantage des défavorisés, des chômeurs, des exclus, furieux du système, qu’il soit de droite ou de gauche, que foncièrement racistes ou xénophobes.
Ces 18% d’électeurs sont sans doute parmi les Français qui ont eu le plus à souffrir du quinquennat de Sarkozy. Ils n’ont pas pu « gagner plus en travaillant plus », ils ont basculé dans le chômage ou la précarité, leurs revenus ont diminué alors que tout augmentait, ils ont vu l’école, l’hôpital et tous les services publics se dégrader, l’insécurité s’aggraver dans leur lointaine banlieue et ils n’ont pas trouvé que la République du président « bling-bling » était devenue « irréprochable ». En votant Marine Le Pen, ils s’opposaient plus à Sarkozy et à « l’UMPS » qu’aux immigrés.
Dans l’ultime ligne droite, Sarkozy en remet encore une couche avec le drapeau et en évoquant « les frontières ». Non seulement c’est beaucoup trop tard mais, en plus, il continue à se tromper de clivage. La France ne se divise plus entre nationalistes et révolutionnaires, entre royalistes et républicains, entre Communards et Versaillais. Elle s’affole devant son effondrement.
Le 6 mai, il y aura, d’un côté, ceux qui se croient réalistes, qui acceptent la rigueur et l’austérité et se résignent à « reprendre Sarkozy pour cinq ans », et, de l’autre, ceux, sans doute un peu rêveurs, qui veulent encore croire en la croissance, en un sursaut possible, en la solidarité et sont prêts, parfois faute de mieux et souvent sans grande illusion, à « essayer Hollande pour un quinquennat » et le changement qu’il promet.
Jusqu’à présent, les sondages nous disent que les rêveurs sont plus nombreux que les réalistes. Et les drapeaux, rouges ou tricolores, sont en berne quand ils ne sont pas relégués au magasin des accessoires d’autrefois.

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