Dans toutes les compétitions sportives, le podium compte trois marches. Médaille d’or, médaille d’argent, médaille de bronze. Pour le premier tour de la présidentielle, il n’y a que deux marches, réservées aux finalistes du deuxième tour. C’est un peu dommage.
A moins que tous les sondages ne se soient totalement trompés, on sait quels seront, dimanche, ces deux sélectionnés : Hollande et Sarkozy. A part en 2002, avec Chirac et Le Pen, et en 1969, avec Pompidou et Poher, la finale a toujours vu s’affronter les représentants des deux « grands » partis du pays.
Il sera, bien sûr, intéressant de voir si Hollande confirme, dès le premier tour, l’écrasante suprématie que lui ont accordée les sondages ou si Sarkozy a réussi, mieux que prévu, sa remontée.
Mais le plus révélateur sera le classement des éliminés. Qui remportera la médaille de bronze, la 3ème place ? Marine Le Pen, Mélenchon ou, pourquoi pas, Bayrou ? D’abord, cela permettra, avec un rapide calcul des reports de voix prévisibles, d’imaginer les résultats du second tour, ensuite et surtout cela donnera une image relativement exacte de l’ambiance du pays.
On sait déjà que ces trois larrons représentent plus de 40% des intentions de vote. La candidate du Front national et celui du Front de gauche avec, chacun, plus ou moins 15%, le candidat du MoDem avec au moins 10%. Ce n’est évidemment pas flatteur pour les deux ténors qui caracolent en tête. Jamais « les seconds couteaux » n’ont attiré autant de sympathie.
Jamais surtout les extrémistes n’ont atteint de tels scores. Si Jean-Marie Le Pen a réussi, entre 1974 et 2007, à passer de 0,62% à 10,44% (avec sa fameuse « pointe » à 16,86% en 2002), à l’extrême-gauche, les révolutionnaires de service -Arlette Laguiller et Krivine en 1974 et la même Arlette Laguiller et Besancenot en 2007- ne sont passés, pendant ces mêmes trente-trois années, que de 2,24 à 5,41%.
Il est vraisemblable que Marine Le Pen fera un score meilleur que celui de son père en 2007 (si ce n’est en 2002) et il est plus que probable que Mélenchon recueillera infiniment plus de suffrages que n’en ont jamais obtenus Laguiller, Krivine ou Besancenot. Suffrages auxquels il faudra ajouter les miettes obtenues par Poutou ou Nathalie Arthaud.
Naturellement, on nous dira que Marine Le Pen a son fonds de commerce hérité de papa et que Mélenchon a du talent. C’est un peu court. Si 8 à 9 millions de Français choisissent maintenant des candidats qui veulent « tout foutre en l’air » c’est qu’il y a désormais un vrai problème dans ce pays, problème que le vainqueur de la finale, Hollande ou Sarkozy, ne pourra pas régler, quelles que soient les concessions, avouées ou honteuse, qu’il aura pu faire pour récupérer ces voix de révoltés au deuxième tour.
Tout(e) battu(e) qu’il (ou elle) sera, celui (ou celle) qui arrivera en troisième position dimanche soir pourra parler fort et, pour peu que les deux finalistes se retrouvent dans un pochoir de poche, vendre au prix fort les voix qu’il (ou elle) aura engrangées. Hollande veut faire croire qu’il ne fera aucune concession à Mélenchon. On peut en douter. Sarkozy, lui, a déjà, et depuis longtemps, multiplié les signes de bonne volonté vers Marine Le Pen ou du moins son électorat.
D’habitude, au premier tour, les candidats rassemblent leur camp et ne se mettent à ratisser large qu’au second tour. Cette fois, pendant toute la campagne, Hollande a joué les centristes rassurants et Sarkozy la droite dure et énergique. Maintenant Hollande va devoir séduire la gauche de la gauche et Sarkozy à la fois l’extrême –droite et le centre.
Mais attendons dimanche…

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