Dominique de Villepin s’est, sans doute, un peu déconsidéré en jetant l’éponge dans la course à la présidentielle sous prétexte qu’il n’avait pas obtenu ses 500 parrainages. S’il ne les a vraiment pas eus, ce n’est pas brillant, s’il les a eus et qu’il a préféré, au vu des sondages, se « dégonfler », ce n’est pas glorieux.
Quoiqu’il en soit, il reste, ne serait-ce que par sa position de gaulliste social intransigeant, une voix qui se fait entendre au milieu de la médiocre cacophonie ambiante.
Après une période de silence pudique, il vient de publier dans Le Monde un article au titre éloquent : « La droite m’effraie, la gauche m’inquiète ».
Comme on pouvait s’y attendre, l’ancien Premier ministre qui avait déjà accusé Nicolas Sarkozy d’avoir « souillé le drapeau français de la tâche de la honte » éreinte le président-candidat. « La campagne du second tour, écrit-il, devient indigne (…) Les lignes rouges républicaines sont franchies une à une (…) La dérive électoraliste qui s’est engagée est un processus incontrôlable et sans fin (…) Une digue rompue en fera céder une autre. Halte au feu ! (…) Je ne supporte pas l’hystérie générale qui s’est emparée de l’élection dans laquelle le peuple français est pris en otage par six millions d’électeurs en colère (…) C’est mon devoir de responsable politique d’assumer aujourd’hui l’exigence de mon héritage gaulliste en disant le poison mortel qui menace la droite : celui du reniement de ses valeurs, celui du sacrifice de ce qui fait notre identité ».
Villepin a, hélas, raison. En courant plus que jamais après les voix de Marine Le Pen, Sarkozy fait une double erreur. Stratégique et morale. Non seulement, il va perdre plus de voix au centre qu’il n’en gagnera à l’extrême-droite mais, en plus, il va faire imploser la droite classique en lui faisant perdre son identité. Dans son affolement, ce n’est plus « Sauve qui peut » mais « Après moi, le déluge ».
D’abord, parce que les électeurs du Front National qu’il avait su séduire en 2007 et qu’il a abondamment trahis pendant cinq ans ne seront pas dupes de son énième et tardive volte-face. Ensuite, parce que, dans le gros de ses troupes, les nostalgiques du gaullisme, les fidèles du chiraquisme, les démocrates-chrétiens invétérés, les radicaux entêtés qui auraient tous préféré avoir un Juppé, un Villepin, un Borloo comme candidat et qui ne se ralliaient au président-sortant qu’en tordant le nez, ont maintenant, avec ses dernières dérives, un prétexte tout trouvé pour abandonner le navire lui-même justement à la dérive. Ils n’ont plus à se sentir solidaires d’une droite qui a basculé à ce point vers l’extrême-droite.
Cela dit, Villepin se dit « effrayé » par la droite et « inquiété » par la gauche. On pourrait plutôt dire le contraire. Au vu des derniers sondages, si on peut être « inquiet » pour l’avenir de la droite (qui aura cinq ans pour se reconstituer en chapelles cohérentes) on est « effrayé » par la victoire annoncée de la gauche qui aura, elle, soudain à affronter toutes les crises et qui continue à nous raconter, comme si nous étions en pleine croissance, qu’elle veut embaucher des fonctionnaires, créer des emplois aidés, serrer la vis aux riches et relancer l’économie.
Si Sarkozy qui n’a plus guère de chance nous parle de « rigueur », ce qui nous étoufferait davantage encore, Hollande qui semble déjà élu nous parle de « croissance » ce qui va nous ruiner plus encore.
Villepin termine son papier en écrivant : « Le 6 mai, que chacun vote en pensant à la France et à ce qu’elle a toujours porté de meilleur, à ses valeurs de respect, de dignité et d’humanisme ». Autant dire qu’il ne votera pas pour Sarkozy. Et il ajoute « Parce que, en conscience, il faut bien choisir ». Autant dire qu’il votera pour Hollande.
Combien de Français (de droite) vont-ils en faire autant ? Sarkozy n’aura peut-être réussi qu’une seule chose : faire élire triomphalement un socialiste par une France très majoritairement de droite.

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