Les membres de l’Académie française ont décidemment de la chance. Non seulement ils portent un superbe costume verdoyant mais, en plus, leur système électoral est bien meilleur que le nôtre, pauvres mortels que nous sommes. Ils peuvent voter blanc, comme nous, mais, chez eux, ça compte. Et, du coup, il peut y avoir des élections « blanches », c’est-à-dire sans élu. On ne viole pas les Immortels.
Si notre République adoptait le système de la Vieille Dame du Quai Conti, les choses seraient beaucoup plus faciles pour bien des électeurs, dimanche en huit. Et notamment pour tous ceux –sans doute plus nombreux qu’on ne le dit- qui ne veulent ni de Sarkozy ni de Hollande. Les premiers parce qu’ils ne supportent plus physiquement le président sortant, parce que son quinquennat n’a tout de même été qu’une suite d’échecs, de reniements, de volte-face et que son ultime virage « à droite toute » le rend, au choix, méprisable ou détestable. Les seconds parce que voter à gauche leur soulève le cœur en leur rappelant trop de très mauvais souvenirs et que l’idée de mélanger leur voix à celles des derniers communistes de la planète les révulse. Or, hélas, tant qu’il ne sera pas pris en compte, le vote « blanc » ressemble à une sorte de lâcheté.
Hier, les Académiciens n’ont pas fait preuve de lâcheté mais de dignité. Ils avaient à choisir le successeur de Pierre-Jean Rémy et le candidat « vedette » n’était autre que Patrick Poivre d’Arvor.
La candidature de ce journaliste « bidonneur » (la fausse interview de Fidel Castro, entre autres) et « écrivain » plagiaire (sa biographie d’Hemingway, entre autres) était, bien sûr, stupéfiante mais elle était aussi révélatrice de l’état actuel de notre petit monde littéraire.
Les « déclinologues » ont raison d’évoquer nos taux de croissance et de chômage, les déficits de nos comptes et de notre balance commerciale pour démontrer notre déclin mais que PPDA et Gonzague Saint-Bris (pour le siège de Jean Dutourd) osent se présenter à l’Académie est une preuve supplémentaire et évidente de la dégringolade de notre pays.
On peut rigoler de l’Académie française qui, de Michel Droit à Valéry Giscard d’Estaing, a souvent accordé l’immortalité à des plumes qui n’étaient pas forcément les meilleures, mais la Coupole reste tout de même une institution qui symbolise plus ou moins l’esprit, la culture française et son rayonnement à travers la monde.
La « Noble Compagnie » a déjà dû aller chercher un Chinois, François Cheng, une Algérienne, Assia Djebar, et un Libanais, Amin Maalouf, pour faire son plein, faute de candidats « de souche » à la hauteur. Mais qu’elle reçoive maintenant des candidatures de pitres du petit écran et des cocktails parisiens les plus faisandés devient épouvantable.
Heureusement, les bulletins blancs permettent à nos académiciens de n’avoir pas à choisir entre le grotesque et l’insignifiant. Poivre d’Arvor n’a obtenu que 2 voix (on aimerait bien savoir qui) et on veut espérer que Saint-Bris n’en aura pas plus. L’élection d’hier a donc été déclarée « blanche » les autres candidats n’ayant guère fait mieux que le « biographe » d’Hemingway.
On se demande ce que donnerait le 2ème tour de notre présidentielle si les Français pouvaient, eux aussi, d’un bulletin blanc, faire valoir leur refus des deux candidats. Ce serait comme à l’Académie, on reporterait l’élection, deux fois, trois fois, jusqu’au jour où nous aurions enfin trouvé le candidat de notre choix…

Mots-clefs : , ,