Nicolas Sarkozy accuse ceux qui ressortent en ce moment avec délectation l’affaire Bettencourt-Woerth et qui, du coup, évoquent un financement « indélicat » de sa campagne présidentielle de 2007, de lancer des « boules puantes ». Et le président-candidat rappelle que toutes nos campagnes présidentielles ont toujours été parfumées par l’odeur souvent nauséabonde d’affaires, de ragots et de calomnies.
Il a raison. Personne n’a oublié l’affaire Markovic, la feuille d’impôts de Chaban-Delmas, les diamants de Giscard, la francisque de Mitterrand et les terrains de Bernadette Chirac. C’est un grand classique de notre démocratie. En période électorale, les électeurs se passionnent beaucoup plus pour les histoires un peu douteuses que pour le programme économique des candidats.
Mais le problème n’est pas de savoir si, dans une République « irréprochable » on pourra un jour éviter que tous les coups, même les plus bas, ne soient permis. Le problème est de savoir si Sarkozy a reçu de l’argent liquide de Mme Bettencourt pour financer sa campagne de 2007 et, accessoirement, si les Français pourraient lui en vouloir.
Sauf à accuser la magistrature de rouler pour François Hollande (ce qui n’est pas exclu) on doit remarquer que ce n’est pas le PS qui a mis sous les verrous l’ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt ni mis en examen son ancien majordome mais bien un juge, en principe indépendant, de Bordeaux. Et que le calendrier de la justice corresponde, pour une fois, au calendrier politique pourrait n’être qu’un pur hasard.
Personne ne peut, bien sûr, préjuger de la suite qui sera donnée à cette affaire mais c’est vrai qu’elle pue déjà à plein nez.
Milliardaire, Liliane Bettencourt a toujours reconnu qu’il lui arrivait d’aider les amis politiques de son mari. Maistre, son gestionnaire de fortune, jonglait avec les comptes bancaires en Suisse ou ailleurs de l’héritière de l’Oréal. Eric Woerth, le trésorier de l’UMP était un proche de Maistre (il lui avait obtenu la Légion d’Honneur et Maistre avait embauché sa femme). Or, l’activité essentielle de Woerth était de « faire la quête » parmi les grosses fortunes du pays en faveur de Sarkozy.
Que Maistre affirme aujourd’hui avoir toujours ignoré à quoi pouvait bien servir les liasses de billets qu’il sortait des comptes numérotés de sa patronne-bienfaitrice n’empêchera jamais les Français d’être convaincus, en leur âme et conscience, que Liliane Bettencourt à bel et bien participé au financement de la campagne de Sarkozy en 2007.
Tout comme, d’ailleurs, ils sont persuadés que le même Sarkozy avait, déjà, en 1995, améliorer considérablement le financement de la campagne de Balladur, son maitre d’alors, avec des rétro-commissions provenant de contrats de ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et au Pakistan.
Nos responsables politiques bénéficient souvent de l’immunité mais jamais de la présomption d’innocence, surtout quand leur culpabilité crève les yeux.
Reste, naturellement, à savoir si cette affaire (qui ressort un peu tard, trois semaines seulement avant le premier tour de la présidentielle) fera –ou non- perdre quelques dixièmes de point à Sarkozy. On sait depuis l’affaire Clearstream, qu’aussi offensif qu’il soit, il n’hésite jamais à se présenter en victime. Va-t-il, lui qui a toujours reproché aux magistrats d’être par trop laxistes, se présenter en victime d’un petit juge bordelais qui a osé fourrer son nez dans ces affaires puantes ?
En tous les cas, c’est la première fois dans l’histoire de la République qu’un chef de l’Etat, garant de l’indépendance de la justice, ose affirmer qu’un magistrat qui, en poursuivant une instruction, ne fait que son métier … jette des « boules puantes ».

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