Sauf « miracle » de toute dernière minute –aujourd’hui avant 18 heures- Dominique de Villepin n’aura pas ses fameuses 500 signatures. Il sera donc éliminé de la course à l’Elysée. Qu’on apprécie ou pas l’ancien Premier ministre, il faut reconnaitre que la chose est stupéfiante.
Sans parler de Marine Le Pen qui les a eues, ce qui était la moindre des choses puisqu’elle représente entre 15 et 20% de l’électorat, ni de Nathalie Artaud, Poutou ou Dupont-Aignan qui les ont eues aussi et qui représentent un tout petit quelque chose dans l’éventail politique, Cheminade qui n’est qu’un aimable farfelu les a eues. Il avait d’ailleurs déjà pu se présenter en 1995 et avait obtenu 0,21% des voix, 85.000 électeurs qui avaient dû se tromper de bulletin. Que Cheminade puisse être candidat et pas Villepin pose, évidemment, un certain nombre de questions.
D’abord, à propos de ce système de « sélection ». Sur les 42.000 maires, conseillers généraux et régionaux ou parlementaires ayant le droit de parrainer un candidat, il n’y en a pas eu 500 pour donner leur signature à un ancien Premier ministre qui a été plutôt meilleur que beaucoup d’autres (en deux ans, il a fait baisser le chômage de 600.000 et réduit la dette) et qui surtout incarnait le gaullisme. C’est sidérant.
Ces élus qui se pavanent et se gobergent à longueur d’année aux frais de la République n’ont même pas eu la dignité, pour ne pas dire le courage, de résister aux pressions (considérables) des féodaux locaux de l’UMP. Notre petit monde politique est bel et bien verrouillé par les partis où chacun se tient par la barbichette avec pour seule ambition de sauvegarder ses prébendes.
Il est certain qu’il va falloir modifier ce système. On peut en revenir aux parrainages anonymes ou les remplacer par les parrainages des citoyens (100.000 signatures, par exemple) ou permettre aux 42.000 « sélectionneurs » actuels de parrainer plusieurs candidats ce qui prouverait que « parrainer n’est pas soutenir ».
On doit, ensuite, se demander si Villepin lui-même n’est pas, aussi, responsable de son élimination.
Pour recueillir ces 500 maudites signatures, il faut avoir un minimum d’implantation locale à travers le pays et faire campagne. Or, Villepin se prenant (un peu trop) pour de Gaulle est un solitaire, volontiers hautain, si ce n’est méprisant. Beaucoup d’élus n’ont pas oublié qu’il les avait traités de « cons » alors qu’il était Premier ministre et il a réussi à faire fuir pratiquement tous ceux, déjà rares, qui l’avaient apprécié quand il était à Matignon et qui avaient commencé à le suivre dans sa traversée du désert.
D’autre part, il a préféré, ces derniers mois, aller écouter les jeunes des quartiers difficiles plutôt que de faire campagne chez les petits notables de nos provinces, oubliant que cette élection présidentielle était, en fait, à trois tours et qu’il fallait, avant de pouvoir prétendre gérer les destinées du pays, aller caresser dans le sens du poil les maires des petits villages noyés dans leurs petits problèmes locaux.
Villepin voulait tout chambouler, l’Etat, l’économie, la société, pour redonner à la France une chance de s’en sortir. Il était évident qu’il ne pouvait qu’effrayer les tout petits potentats locaux.
Crédité de 1 à 2% dans les sondages (contestés et contestables) son élimination ne va pas changer grand-chose mais sa voix aurait sans doute porté, dérangé, voire inspiré. Bayrou a déjà, sans pudeur, repris à son compte, pour son nouveau slogan de campagne, le joli mot de « solidaire » que Villepin avait su faire sortir de la naphtaline et accoler au mot République.
Villepin va-t-il se rallier à quelqu’un ? Il répète que le ralliement n’est pas dans son tempérament. Mais il a fait savoir qu’il prendrait position et qu’il choisirait celui qui incarnerait le mieux l’union nationale qu’il juge indispensable. Or, quand on choisit c’est qu’on se rallie.
S’il se rallie à Sarkozy, l’homme qu’il a accusé d’avoir « souillé le drapeau français d’une tache de la honte » et dont il a d’ailleurs annoncé la défaite, il se suicide évidemment. S’il se rallie à Hollande, il trahit son camp et ce n’est guère mieux. On veut donc croire qu’il va savoir rester « au-dessus de la mêlée » et repartir vers le désert.
Villepin est convaincu que la situation du pays va encore s’aggraver. Il a sûrement raison. Et que ni Sarkozy ni Hollande ne sont à la hauteur des défis à relever. Il a encore raison. A ses yeux, la France d’aujourd’hui ressemble étonnamment à celle de la fin de la IVème République avec une crise économique, sociale et plus encore morale qui avait été soulignée, aux législatives de 1956, par la montée de l’extrême-droite. Il va donc, sans doute, partir pour son Colombey-les-deux-Eglises personnel avec la conviction qu’avant la fin du quinquennat qui va commencer on viendra le chercher, comme les politicards de la IVème, de Pinay à Guy Mollet, étaient allés chercher de Gaulle dans son village lointain.
Joli rêve ! Mais de Gaulle avait sauvé l’honneur de la France en 1940 et libéré le pays en 1944. Le discours de Villepin à l’ONU ne vaut tout de même pas l’appel du 18 juin. D’ailleurs beaucoup d’hommes providentiels ont été oubliés dans leur désert…
Cela dit, c’est bien dommage que Villepin ne puisse pas faire campagne. Il ne l’aurait pas emporté mais il aurait dit leurs quatre vérités à certains en les empêchant, peut-être, de nous raconter n’importe quoi et aurait, sans doute, ouvert les yeux à bien des Français.

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