Au café du commerce que sont devenus nos salons dits « parisiens » on discute, depuis plusieurs jours, d’un nouveau scénario qui ne faisait pas partie jusqu’à présent des hypothèses qu’on élaborait et qui ne manque pas d’intérêt.
Jusqu’à présent et avec le ton péremptoire qu’on leur connait, tous nos politologues nous affirmaient qu’avec l’instauration du quinquennat et des législatives se déroulant dans la foulée de la présidentielle le risque de la cohabitation était à tout jamais éliminé puisqu’après avoir donné la victoire à un candidat les électeurs ne pouvaient que lui donner une large majorité à l’Assemblée. Les élections législatives n’allaient donc plus être qu’une succession de raz-de-marée confirmant la présidentielle, vague bleue quand le président élu serait de droite, vague rose quand il serait de gauche.
L’étonnante situation d’aujourd’hui permet de mettre en doute ce scénario trop bien programmé. Aucun des deux favoris ne suscite l’enthousiasme. La droite trainera des pieds pour réélire Sarkozy, la gauche louchera vers Mélenchon et ne votera Hollande que par défaut. Ca change tout.
Quel que soit le vainqueur du premier tour, les reports de voix pour le deuxième tour exigeront des tractations délicates et parfois compromettantes. Quels cadeaux Sarkozy devra-t-il faire à Bayrou et à Marine Le Pen pour tenter de récupérer leurs voix ? Quelles concessions Hollande fera-t-il à Mélenchon et au même Bayrou pour séduire leurs électeurs ?
Plus personne aujourd’hui ne se risque à annoncer une écrasante victoire de Hollande au second tour. Mais que ce soit lui ou Sarkozy qui l’emporte, rien –et c’est une grande nouveauté-ne sera joué pour autant car pour prendre en main le pouvoir celui qui aura gagné les clés de l’Elysée devra encore obtenir une majorité à l’Assemblée.
Or, entre la présidentielle et les législatives le président devra nommer un gouvernement. Et c’est alors, et alors seulement, que les Français découvriront vraiment qui ils ont élu.
Il est évident que si Hollande, élu, nomme Martine Aubry à Matignon, Montebourg à la Justice, Valls à l’Intérieur et fait entrer deux ou trois communistes au gouvernement pour remercier Mélenchon de son ralliement, les électeurs qui, en votant pour lui, avaient cru avoir affaire à un social-démocrate de bon ton seront fous furieux et le lui feront payer au prix fort lors des législatives.
Mais il est tout aussi évident que si Sarkozy, élu, reprend les mêmes, les Juppé, Copé, Le Maire, Baroin, Kosciusko-Morizet et autres, tous ceux qui avaient finalement souhaité lui redonner une chance en croyant qu’il avait compris toutes ses erreurs du quinquennat et qu’il avait changé seront désespérés et qu’ils hésiteront avant de lui offrir une majorité bleue horizon à l’Assemblée.
Or, on ne voit pas où, ailleurs que chez leurs amis, aussi bien Hollande que Sarkozy pourraient se trouver une nouvelle équipe pour séduire les électeurs des législatives.
On veut croire que François Hollande et Nicolas Sarkozy ont déjà réfléchi à ce problème, qu’ils ont compris que la bataille ne se terminerait pas au soir du deuxième tour de la présidentielle et qu’ils ont déjà, l’un et l’autre, choisi celui (ou celle) qu’ils enverraient à Matignon pour gagner les législatives. Martine Aubry à Matignon ferait perdre la gauche tout comme Copé ferait perdre la droite.
Un quinquennat qui commencerait par une cohabitation n’est donc plus une hypothèse absurde. Mais ce ne serait sûrement pas la meilleure formule pour affronter toutes les catastrophes en perspective.

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