Tous les commentateurs politiques comparent, ce matin, la menace de Sarkozy d’abandonner la politique en cas de défaite au « Moi ou le chaos » de de Gaulle en 1969.
Rappelons-leur, d’abord, que le Général n’a jamais prononcé cette fameuse phrase. Il a simplement fait savoir, à la veille du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, qu’il quitterait le pouvoir au cas où le « non » l’emporterait puisqu’il s’estimerait ainsi désavoué par le peuple et qu’alors le pays retomberait dans les querelles des partis. Certes, aux yeux de de Gaulle le système des partis équivalait au chaos, mais il n’a jamais employé le mot.
Il est toujours absurde de vouloir comparer qui que ce soit –et a fortiori Sarkozy- à de Gaulle.
En fait, la grande différence entre la menace du Général et celle de Sarkozy c’est que l’un nous parlait de la France et que l’autre nous parle de lui-même. Or, si tous les citoyens peuvent être inquiets de l’avenir du pays, tout le monde se contrefout de savoir si Sarkozy, battu, tentera de récupérer sa circonscription de Neuilly, redeviendra avocat d’affaires, se muera en imprésario d’une chanteuse ou en bringueur de la Jetset. Vu son activisme naturel, il pourrait d’ailleurs parfaitement tout faire en même temps.
Sarkozy aurait dû nous dire que, s’il était battu, la France plongerait davantage encore dans la récession, le chômage et toutes les catastrophes, avec la politique incohérente, irresponsable et démagogique de François Hollande. Il a préféré nous dire qu’il changerait d’orientation professionnelle.
Sarkozy aura passé son temps à nous parler de lui, à nous promettre qu’il avait changé, qu’il changeait ou qu’il allait changer, que lui ceci, que lui cela.
On a beaucoup ironisé sur l’ego surdimensionné de de Gaulle. Mais comme il se prenait pour la France et qu’il avait été « bien utile » (et c’est un euphémisme) au pays à plusieurs occasions, personne n’aurait eu l’idée de sursauter. Quand Sarkozy nous parle de lui ce n’est pas la France qu’il évoque. Tout est là.
Les Français se disent terriblement déçus par cette campagne présidentielle. On les comprend. On a, d’un côté, un sortant, visiblement au bout du rouleau, qui nous affirme qu’il a compris toutes les erreurs qu’il a commises pendant cinq ans et, de l’autre côté, un grandissime favori, presque étonné de son succès, qui nous annonce qu’il va faire avec application toutes les erreurs chères à sa famille politique en recrutant des fonctionnaires et en augmentant les prélèvements obligatoires.
Les deux grandes questions du week-end sont de savoir si l’UMP parviendra à faire venir par cars 30, 40 ou 50.000 militants à Villepinte pour acclamer Sarkozy et si Borloo-le-zozo montera à la tribune pour annoncer qu’il se rallie pieds et poings à ce président sortant qui l’a roulé dans la farine l’été dernier.
Avec les moyens financiers dont il dispose on peut supposer que Jean-François Copé pourra réunir une jolie… claque dimanche. Mais on s’étonne que les amis de Sarkozy puissent attacher la moindre importance au ralliement de Borloo. Ils n’ont pas compris que Borloo candidat contre Sarkozy c’était 14 ou 15% des voix (tout le centre et la droite qui ne veulent ni de Sarkozy ni de Bayrou) alors que le même Borloo redevenu petit caniche ébouriffé jappant autour de la gamelle ça ne vaut plus un clou.
Aucun de ceux qui se sont ralliés, ni Christine Boutin, ni Hervé Morin, ni Nihous n’ont rapporté une seule voix à Sarkozy. Ils se sont simplement déconsidérés. Borloo va, sans doute, en faire autant. Et il n’est pas impossible qu’au soir du second tour ils aient tous à nous annoncer qu’eux aussi abandonnent la politique.
Le tout est de savoir si, sans eux, ce sera le chaos…

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