Comme toujours après ce genre de drame, certains posent des questions et d’autres y vont de leurs petits commentaires. C’est parfaitement légitime. Encore faudrait-il que les questions sur Mohamed Merah, l’assassin de Toulouse et de Montauban, ne soient idiotes et que les commentaires sur les circonstances de sa mort ne relèvent pas trop de la querelle politicarde.
Alain Juppé qu’on avait connu mieux inspiré et qui semble, depuis quelque temps, ne plus savoir quoi inventer pour gêner Nicolas Sarkozy qu’il prétend soutenir, se demande s’il n’y aurait pas eu des « failles » dans nos services de renseignements à propos de ce loubard de banlieue multirécidiviste et repéré pour avoir fait deux séjours en Afghanistan.
Naturellement, après coup, on peut s’indigner que ce type n’ait pas été arrêté et mis hors d’état de nuire avant qu’il ne commette ses crimes. Toujours après coup, on se dit que tout permettait d’imaginer qu’un jeune délinquant musulman ayant fréquenté les Talibans et leurs amis d’Al Qaïda ne pouvait qu’assassiner trois parachutistes et massacrer quatre juifs. Comment l’avoir laissé en liberté ?
On s’étonne cependant qu’un ancien Premier ministre de la République comme Alain Juppé ignore qu’en France on ne jette pas en prison un homme sous prétexte qu’il serait un adepte du fanatisme religieux et qu’il aurait des sympathies avec certains groupes extrémistes étrangers.
L’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme est formel : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ». Or, jusqu’au 11 mars, assassinat du premier parachutiste à Toulouse, les opinions religieuses de Mohamed Merah ne troublaient pas l’ordre public. Et s’il était, en effet, fiché et interdit aux Etats-Unis, en France, on ne pouvait même pas reprocher à ce Français de faire partie d’un groupe terroriste.
Nicolas Sarkozy qui prétend se refuser à toute instrumentalisation de ce drame, voudrait, en pleine campagne électorale, faire adopter de nouveaux textes qui permettraient de faire trainer en justice et donc en prison tous ceux qui se connecteraient à des sites islamistes ou qui auraient été dans des camps d’entrainement islamistes. Marine Le Pen n’aurait sans doute pas trouvé mieux.
Qu’un candidat à l’élection présidentielle dise n’importe quoi est sans importance. Nous y sommes habitués. Mais qu’un président de la République, même à un mois de la fin de son mandat, ignore qu’il existe dans notre pays un Conseil constitutionnel (dont il fera peut-être partie prochainement) qui s’opposera évidemment à de tels textes totalement liberticides est plus étonnant.
De l’autre côté de l’échiquier, il y en a un autre qui aurait, lui aussi, mieux fait de se taire. C’est Jean-Pierre Chevènement qui n’est pas non plus un imbécile. L’ancien ministre de l’Intérieur qu’il est (mais il l’a peut-être oublié) vient de déclarer que la mort de Mohamed Merah était « un échec », reprochant ainsi aux hommes du GIGN de n’avoir pas réussi à s’emparer du tueur vivant.
Il est évident qu’il aurait été préférable de pouvoir interroger et surtout traduire en justice cet assassin. Mais cet homme voulait devenir un martyr et gagner le paradis d’Allah. Chevènement devrait savoir que, par définition, personne n’a jamais pu capturer vivant un kamikaze.
Curieusement, personne n’a posé la seule question qui s’impose. Pourquoi, après l’assassinat des trois parachutistes à Toulouse et à Montauban, n’a-t-on pas immédiatement renforcé la protection de tous les sites dits « sensibles » de la région toulousaine (établissements juifs, mosquées, etc.) ce qui aurait, peut-être, permis d’éviter le massacre devant l’école juive ? C’est sans doute là la seule erreur que l’on puisse reprocher à nos services de sécurité qui, pour le reste, ont tout de même réussi à retrouver rapidement celui qui était devenu l’ennemi public numéro 1.
Quant au chef de l’Etat-candidat, il faut bien constater qu’une fois de plus, en improvisant n’importe quoi et en faisant des coups de menton, il a sorti de son chapeau des idées certes démagogiques mais totalement inapplicables. On ne pourra jamais mettre en prison des terroristes « potentiels » dont le seul crime aurait été d’avoir passé des vacances dans les montagnes afghanes.
Après cinq ans à l’Elysée, Nicolas Sarkozy ignore toujours notre Constitution.

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