L’île Saint Louis est, évidemment, l’un des lieux privilégiés de la capitale. Tout est parfait, les façades des immeubles du XVIIème siècle, la Seine qui roucoule avec ses péniches, la vue sur Notre-Dame et le Panthéon, l’accordéoniste de la passerelle et même, par beau temps, les glaces de Berthillon. C’est Paris dans ce que notre capitale a de plus beau.
Or, ce matin, promenant mon chien, j’ai découvert, stupéfait, que Bertrand Delanoë avait, hier, éprouvé le besoin de baptiser la pointe ouest de l’île du nom de… Louis Aragon. Cette pointe de l’île est l’endroit le plus délicieux, c’est ici qu’on a l’impression que l’île Saint Louis tente de doubler sur la droite l’île de la Cité et que tous les touristes viennent se prendre en photo.
Personne ne conteste qu’Aragon ait été un grand écrivain. « Les cloches de Bâle », « Les beaux quartiers », « Aurélien », « La semaine sainte » et plus encore « Les yeux d’Elsa » font partie des beaux textes du siècle dernier.
Mais, aux yeux de l’Histoire, Aragon restera surtout comme le plus fanatique, le plus acharné, le plus fou de tous nos intellectuels égarés dans le culte de Staline, « le petit père des peuples », et l’adoration de l’Union soviétique, avec son goulag, son KGB, ses famines organisées, son odieuse tyrannie. Lui qui traitait tous les anti-communistes de « crapules » et de « salauds » a été la pire des crapules et le pire des salauds en se faisant, jusqu’à la mort, un propagandiste délirant de cette horreur que fut le marxisme à la sauce stalinienne
Membre du Comité central du Parti communiste, Prix Lénine, auteur de « Hourra l’Oural », de cinq volumes intitulés « Communistes », de « Elégie à Pablo Neruda » et de « Introduction aux littératures soviétiques », Aragon a souvent rejoint dans l’ignoble les Céline (lui aussi grand écrivain), Brasillach, Chack, Rebatet, Béraud et autres Maurras.
Il est parfaitement scandaleux que le maire de Paris ait ainsi voulu honorer la mémoire d’un homme qui avait si souvent déshonoré la France et l’intelligence. Mais il est vrai que ce même maire de Paris avait déjà, il y a trois ans, voulu honorer la mémoire de Marie-Claude Vaillant-Couturier, autre vaillante stalinienne, en donnant son nom au quai de la rive droite qui fait désormais face à la place Aragon. Ici, la Seine coule maintenant entre deux des figures les plus caricaturales de ce que fut le stalinisme français. Et personne, pas même le moindre conseiller municipal UMP de Paris, n’a protesté.
Ce samedi Delanoë va faire distribuer 200.000 tracts dans tout Paris demandant aux Parisiens de voter pour Hollande, avec sans doute « le bonjour de Staline ».

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