C’est bien dommage mais il va sans doute falloir arrêter de se passionner pour les sondages et surtout de les commenter en s’imaginant qu’ils reflètent une vérité même éphémère.
Ce matin, un sondage Ifop nous affirmait que Nicolas Sarkozy était enfin sorti de son purgatoire, qu’à Villepinte il était remonté sur son cheval et qu’il devançait désormais Hollande pour le premier tour de la présidentielle avec 28,5% des intentions de vote contre 27% à son adversaire socialiste.
Et tous les commentateurs –à commencer par l’auteur de ce modeste blogue-, prenant pour argent comptant les chiffres de l’Ifop, avaient doctement expliqué que cette inversion des courbes était parfaitement… logique. D’abord, parce que Sarkozy, excellent animal de campagne, ne faisait qu’entrer vraiment dans l’arène, ensuite, parce que Mélenchon qui est tout de même « la » surprise de cette campagne, prenait de plus en plus de voix à Hollande, enfin et surtout parce qu’en « droitisant » davantage encore son discours et ses propositions, Sarkozy grignotait des voix dans l’électorat de l’extrême-droite. Tout se tenait parfaitement.
Mais patatras ! Trois heures plus tard, la Sofres publiait à son tour un sondage. Non seulement Hollande était toujours en tête, avec 30% des intentions de vote au premier tour, mais Sarkozy perdait 2 points à 26%. Il y avait alors deux solutions.
Ou, avec une mauvaise foi digne de nos meilleurs éditorialistes, on démontrait que ce sondage Sofres était parfaitement… logique et qu’il était évident que les Français ne pouvaient pas avoir été dupes des promesses de Gascon du président-candidat (organisation de référendums, renégociation des accords de Schengen, mesures contre les émigrés fiscaux, etc.) et que même il était vraisemblable que de nombreux électeurs, plus ou moins centristes, avaient été choqués par cette chasse ouverte et revendiquée aux voix de l’extrême-droite qui se résumait en une chasse aux chômeurs et aux étrangers.
Ou, seconde solution, pour tenter d’éviter le ridicule, on se contentait de mettre en doute tous ces sondages en faisant tout au plus remarquer que le sondage de l’Ifop avait été commandé par Europe 1 et Paris-Match, deux organes appartenant à Lagardère, ami très proche du président-candidat, alors que celui de la Sofres avait été commandé par I-télé appartenant à Canal+ et donc plus ou moins à Vivendi. Les instituts de sondages tiendraient-ils compte des désidératas les plus secrets de leurs clients ? On ne veut pas le croire.
Cela dit, tout contradictoires qu’ils soient, les deux sondages étaient tout de même d’accord pour annoncer une écrasante victoire de François Hollande au deuxième tour –le seul qui compte- avec une petite nuance. Pour l’Ifop, Hollande était élu avec 54,5%, pour la Sofres, il l’emportait avec 58%.

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