Que les candidats à l’élection présidentielle se servent, dans leurs polémiques, d’un fait divers particulièrement atroce survenu en pleine campagne électorale est inévitable mais absurde.
Personne ne peut réellement reprocher à nos services de sécurité de n’avoir pas mis hors d’état de nuire Mohamed Merah avant qu’il ne commette ses tueries et personne ne peut reprocher aux hommes du RAID d’avoir abattu cet assassin au cours d’un assaut pendant lequel plus de 300 projectiles ont été tirés.
Ce qui est stupéfiant c’est que Nicolas Sarkozy se serve de ce drame de Toulouse et de Montauban pour attaquer François Hollande et lui reprocher son laxisme en matière de lutte contre l’insécurité et le terrorisme.
Certes, la gauche a, quand elle était au pouvoir, souvent fait preuve d’angélisme, de « naïveté » a même avoué Jospin, et a toujours préféré la prévention à la répression. Mais la gauche n’est plus au pouvoir depuis dix ans et Sarkozy semble oublier que c’est lui qui est au pouvoir et que c’est donc à lui, et à lui seul, qu’on pourrait reprocher tous les dysfonctionnements que l’affaire Merah aurait brusquement mis au grand jour : absence de politique d’intégration des enfants de l’immigration, échec de la lutte contre la petite délinquance, échec de la politique de réinsertion en milieu carcéral, échec de la surveillance des groupuscules islamistes, échec de la lutte contre les trafics d’armes, etc.
Merah avait 23 ans. Il avait donc 13 ans quand Sarkozy est devenu ministre de l’Intérieur. Autant dire que ce petit délinquant, issu de l’immigration, et qui a basculé dans le fanatisme le plus fou était « un enfant de Sarkozy ».
Le président-candidat reproche aujourd’hui à son adversaire et à la gauche en général ne n’avoir jamais voulu voter les innombrables lois sécuritaires que la droite a proposées au cours de ces dix ans. C’est vrai. Mais il omet de préciser que toutes ces lois ont été bel et bien adoptées par le Parlement malgré l’opposition de Hollande et de ses amis. Si on peut donc éventuellement reprocher à l’opposition d’avoir fait de… l’opposition, on peut surtout accuser Sarkozy et ses amis de n’avoir pas su faire appliquer ces lois, voire même d’avoir voulu submerger l’opinion d’un déluge de textes écrits à la va-vite et bien souvent inapplicables.
A écouter Sarkozy, hier à Rueil-Malmaison, on avait l’impression d’entendre un candidat fustigeant le bilan d’un adversaire qui, au pouvoir, n’aurait jamais su faire preuve du courage nécessaire pour assurer la sécurité des Français.
En 2007, Sarkozy s’était fait élire en se présentant comme « l’homme de la rupture » qui allait sauver la France en rompant avec toutes les mauvaises habitudes du régime précédent. Personne n’avait voulu être désagréable au point de lui faire remarquer qu’il faisait, précisément, partie de ce régime précédent.
Cette fois, il se présente en adversaire résolu de tous ceux qui sont, selon lui, responsables de la situation actuelle du pays et il les désigne clairement à la vindicte populaire : ce sont les socialistes. Quelqu’un aura-t-il l’audace de faire remarquer que le président sortant, responsable de tous nos malheurs, n’est pas… François Hollande.
On savait que Sarkozy avait un culot fou, mais à ce point !