En écoutant Nicolas Sarkozy nous parler de l’école on s’apercevait soudain qu’il était, en fait, lui-même, en train de passer un oral de rattrapage.
Son bulletin scolaire est épouvantable. Un vrai cancre. Et dans toutes les matières. Chômage, dette, déficits, sécurité, cohésion sociale, partout il a des notes déplorables. Et les annotations sont sans pitié : « N’a tenu aucune de ses promesses », « Copie sur sa voisine », « Bavarde en permanence », « Chahute pour amuser son public et faire oublier ses échecs », « N’a aucune disposition pour poursuivre sa scolarité ».
Il est évident qu’avec son bonnet d’âne, le petit Nicolas devrait être viré de l’établissement et réorienté vers le privé. Mais la nouvelle politique veut qu’on donne une ultime chance aux mauvais élèves. C’est cet oral de rattrapage qu’on appelle pudiquement la campagne électorale.
Le candidat se présente devant le jury composé de quarante millions d’électeurs qui sont priés d’oublier son bulletin scolaire, les avertissements et les blâmes qu’il a reçus tout au long de sa scolarité. Il peut raconter n’importe quoi pour essayer de faire croire qu’il a compris ses erreurs, qu’il ne recommencera pas, qu’il demande pardon et surtout qu’il a pris de bonnes résolutions pour être autorisé à redoubler.
C’est ce que fait actuellement Sarkozy. Il jouait les gros bras dans la cour de récréation, il prend un petit air penaud, respectueux, attentif. Il jure qu’il va sauver les entreprises en difficulté qu’il a laissé massacrer pendant quatre ans et demi, qu’il va demander l’avis du peuple qu’il a jusqu’à présent totalement méprisé en ignorant superbement les résultats du référendum sur la Constitution européenne ou en n’organisant pas un référendum sur la réforme des retraites, qu’il va augmenter les enseignants dont il a réduit le nombre, qu’il va s’occuper des agriculteurs, des vieux, des jeunes, des banlieues. Il demande même pardon pour avoir un soir, dans « une brasserie populaire » des Champs Elysées, fait la bringue avec une bande de copains peu fréquentables ce qui lui avait valu un blâme indélébile.
Pour l’instant, le jury semble insensible. Même si certains font remarquer que ceux qui souhaitent entrer à sa place dans l’établissement ne sont pas au-dessus de tout soupçon et n’offrent pas les garanties de sérieux qu’on est en droit d’attendre dans une boite aussi prestigieuse.

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