En attendant d’apprendre officiellement qui est le vainqueur (et le vaincu) de cette présidentielle, on peut déjà savoir qui y a gagné quelque chose et qui y a perdu beaucoup.
Aujourd’hui, le candidat du parti communiste est à 10% dans certains sondages et celle d’Euro-Ecologie-Les-Verts à 2%. Le moins qu’on puisse dire est que c’est inattendu. On pensait que le drapeau rouge était définitivement relégué dans le magasin des accessoires oubliés et que l’écologie avait le vent des éoliennes en poupe.
Lors de la dernière présidentielle, en 2007, Marie-George Buffet n’avait étonné personne en ne recueillant que 1,93%. C’était simplement et très logiquement pire que Robert Hue, en 2002, avec ses 3,37%. Dominique Voynet, elle, avait surpris. Elle n’avait obtenu que 1,57%, alors que Mamère, en 2002, avait recueilli 5,25%. Les experts les plus doctes nous avaient dit que Marie-George Buffet enterrait à tout jamais le PCF alors que, pour les Ecologistes, ils nous avaient parlé d’un simple accident de parcours.
Tout le monde avait observé les Européennes de 2009. Les communistes, alliés au Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, étaient arrivés à 6%, alors que les Verts dépassaient les 16%. Du coup, ces mêmes doctes experts nous avaient dit que Mélenchon et son parti (croupion) de gauche requinquait, peut-être, un peu le PCF mais que les écologistes, de plus en plus à la mode, étaient entrés dans la cour des grands.
Il va falloir que nos politologues en peau de lapin révisent leurs commentaires. Le Front de gauche (PCF+ Parti de gauche) caracole alors que les écologistes s’effondrent totalement.
Il ne fait aucun doute que les communistes ont eu une idée « géniale » en se choisissant un candidat ne faisant pas partie des leurs. Ils ont fini par comprendre que Marx et Lénine n’étaient plus d’aussi bons parrainages qu’à l’époque, en 1981, où Georges Marchais faisait encore plus de 15%. Ils ont donc décidé de jouer la carte du candidat masqué. Certes, c’est la première fois que le parti n’a pas de candidat officiel issu de ses rangs mais c’est aussi la première fois, depuis trente ans, que son candidat est crédité de 10% (André Lajouanie 6% en 1988, Robert Hue 8,64% et 3,37% en 1995 et 2002, Marie-George Buffet 1,93% en 2007).
Le patron du PCF, Pierre Laurent est peut-être plus malin qu’on ne le croyait. Grâce au score que fera Mélenchon, les communistes ont de sérieuses chances d’entrer au gouvernement en cas de victoire de Hollande. Qui aurait pu l’imaginer il y a trois mois ?
Il faut dire que le choix de Mélenchon était particulièrement judicieux. Orateur hors pair, populiste comme on n’en fait plus, il est le Le Pen (père) de gauche, tirant sur tout ce qui bouge, disant n’importe quoi et dérapant à plaisir. Avec un tel énergumène, on est sûr de faire de l’audience et donc des voix du moins dans les sondages.
Les écolos, eux, ont fait le choix contraire. Par sectarisme, ils se sont choisi la plus mauvaise des candidates imaginables. Souverainement antipathique, totalement incompréhensible à la fois à cause de son accent à couper au couteau et de certaines de ses prises de position particulièrement ridicules (le 14 juillet, etc.) il était évident, au départ, qu’Eva Joly ramènerait le score des verts aux temps héroïques, quand Brice Lalonde faisait, en 1981, 3,87% et Antoine Waechter, en 1988, 3,32%.
On peut penser qu’un Nicolas Hulot ou qu’une Cécile Duflot aurait évidemment mené une meilleure campagne. Mais quand on est écolo on est forcément masochiste.
Ce qu’on ne comprend toujours pas c’est que le PS ait voulu faire un accord avec Europe-Ecologie-Les-Verts. Dès l’instant qu’ils avaient choisi « la femmelette norvégienne », il était clair qu’ils ne servaient plus à rien si ce n’est à gêner Hollande. Et Cécile Duflot qui s’imaginait que, si son parti obtenait 8 ou 9% à la présidentielle, elle allait entrer au gouvernement de Martine Aubry avec laquelle elle avait signé cet accord n’a déjà plus, sans doute, que ses yeux pour pleurer.
Mais si la personnalité des candidats joue évidemment un rôle essentiel dans cette compétition, on peut aussi se demander s’il n’y a pas plus profond.
Le succès de Mélenchon n’est pas dû à son seul talent de bateleur de foire. Dans un pays qui compte plus de 4 millions de chômeurs, il est évident que celui qui annonce qu’il veut tout casser peut plaire à la foule. Mélenchon ramasse les défavorisés, les oubliés, les exclus, il en fait des « indignés » (mot à la mode) et donc des électeurs. 10% dans les sondages c’est, peut-être, 10% du corps électoral, soit 4 millions de Français, le nombre des chômeurs.
En même temps, on peut se demander si, au-delà de l’absurdité d’avoir choisi Eva Joly, les écologistes peuvent encore se faire entendre. Malgré Fukushima, le débat sur le nucléaire s’est estompé le jour où les Français ont appris ce que leur couterait la fermeture de nos centrales nucléaires sur leurs factures d’électricité. Et ils ne semblent guère être convaincus par le million d’emplois dans les énergies douces que leur fait miroiter Eva Joly.
Avant même de savoir si la France a basculé de droite à gauche, on sait qu’il y aura dorénavant une nouvelle « vraie » gauche qui ne sera pas facile à gérer mais qu’en contrepartie plus personne n’aura à se préoccuper des états d’âme des nostalgiques de l’élevage du mouton sur le plateau du Larzac.

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