Finalement, on comprend la passion des turfistes qui, dans les tribunes d’Auteuil ou de Longchamp, trépignent de joie ou hurlent de désespoir en voyant le tocard remonter le peloton, l’outsider aborder le dernier virage en tête ou le crack refaire son retard.
La course à l’Elysée est devenue un spectacle national et on en viendrait presque à oublier qu’il s’agit tout de même du destin du pays. On surveille les sondages, on attend les petites phrase, on épie les coups bas. Qu’importe que le chômage ait encore augmenté (d’ailleurs, selon Sarkozy, il n’a pas augmenté puisque… sa hausse a baissé !) l’essentiel est que le président-candidat ait gagné 0,5% dans les intentions de vote.
Soyons sport, la remontée de Sarkozy dans ces sondages est stupéfiante. Il y a trois mois, on nous affirmait qu’il avait de grandes chances d’être éliminé dès le premier tour par Marine Le Pen. Cela paraissait logique. Le bilan de son quinquennat était épouvantable et sa personnalité était devenue insupportable pour beaucoup de Français depuis des mois.
Aujourd’hui, un sondage de l’Ifop le met en tête au premier tour, avec 28,5%, devant Hollande, 27%, Marine Le Pen, 15,5%, Mélenchon, 13%, et Bayrou, 11,5%. Ce qui veut dire –si on considère que les électeurs de Marine Le Pen et de Bayrou sont « de droite »- que la droite recueille 55,5% des intentions de vote. Or, selon ce même sondage de l’Ifop, au second tour, Hollande l’emporte par 54% contre 46% au candidat de droite. Ceux qui auront voté au premier tour pour la candidate du Front Nationale ou le candidat de MoDem ne se rallieraient pas en masse à celui de l’UMP alors que ceux qui auront préféré Mélenchon rejoindraient comme un seul homme le candidat du PS. On s’en doutait.
A 27 jours de l’arrivée, la course est passionnante à observer.
Les troisièmes couteaux patinent. Marine Le Pen n’a, évidemment, pas le talent de son père. En voulant dé-diaboliser le Front National, elle lui a fait perdre de son « charme ». En « gauchisant » son semblant de programme économique, elle a dérouté certains de ses électeurs. Bayrou, lui, fatigue. Il pensait naïvement que cette troisième tentative serait la bonne, en fait, on l’a trop vu et on lui en veut presque d’avoir eu souvent raison avant les autres. Quant à Eva Joly, à 2%, elle fait payer cher aux Ecologistes de l’avoir choisie comme candidate.
C’est « le poulain de l’année » qui restera comme la révélation de la course, Mélenchon. Personne n’aurait jamais parié un sou sur cet ancien apparatchik du PS, reconverti dans l’extrême gauche et allié aux survivants du parti communiste. Et voici qu’il devance d’une large encolure le candidat du centre. Mais il est le seul à avoir compris que, dans un pays qui compte 8 millions de gens vivant sous la ligne de pauvreté, il n’est pas absurde d’affirmer qu’il faut « tout balancer ».
Reste que les spectateurs n’observent plus désormais que les deux étalons de tête. L’un a été décevant pendant cinq ans, l’autre l’est depuis trois mois.
Sarkozy sait que la France est majoritairement à droite, il se persuade que les Français sont légitimistes, il pense que son adversaire est « nul » et il veut maintenant espérer que les drames de Montauban et de Toulouse vont faire oublier le terrible handicap de son bilan et réactualiser les thèmes qui lui sont chers (et qui lui ont déjà rapporté gros) de l’immigration et de l’insécurité. Rien n’est moins sûr. Un autre sondage, publié aujourd’hui, rappelle encore que, pour les Français, les deux grands thèmes de préoccupation sont le pouvoir d’achat et le chômage.
Hollande sait que beaucoup d’électeurs ne supportent plus Sarkozy et en ont assez de la droite au pouvoir depuis dix ans. Après avoir fait la course en tête sans trop se fatiguer, il a compris, maintenant que l’autre l’a rattrapé, qu’il va lui falloir accélérer sérieusement dans les derniers mètres. Mais a-t-il encore le souffle nécessaire ?
La course d’endurance va se jouer au sprint. Le tout est de savoir lequel des deux va s’effondre avant le poteau.

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