Quel est l’imbécile qui a fait tirer, cet après-midi, des gaz lacrymogènes sur les ouvriers d’Arcelor-Mittal venus manifester leur angoisse devant le QG de campagne de Sarkozy ?
En pleine campagne électorale, alors que le président-candidat veut se présenter en « homme du peuple » et que le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas « blanc-bleu » vis-à-vis des sidérurgistes lorrains auxquels, depuis Gandrange, il n’a raconté que des balivernes, quel est le responsable de la préfecture de police, du ministère de l’Intérieur, de Matignon ou de l’Elysée qui a donné ordre de disperser violemment ces pauvres types ?
On veut croire qu’il ne peut s’agir que d’un farouche partisan de François Hollande, une taupe socialiste au cœur du pouvoir, ou alors d’un de ces éternels larbins qui, retournant sa veste au dernier moment, fait du zèle pour qu’on lui pardonne son passé récent.
Cela dit, on peut très bien imaginer aussi Claude Guéant décrochant son téléphone et donnant ordre à ses copains casqués, bottés et munis de boucliers et de lance-roquettes de déblayer le quartier de ces « racailles » de syndicalistes mécontents.
Certains diront qu’en venant ainsi manifester à Paris les sidérurgistes faisaient de la provocation. Ils osaient rappeler au candidat que le président-sortant n’avait tenu aucune de ses promesses. Bien d’autres salariés de bien d’autres secteurs économiques, désormais au chômage, pourraient faire la même chose.
Mais en faisant intervenir brutalement le service d’ordre, les amis de Sarkozy sont tombés dans un piège. Toute la journée, tout le coeur de Paris a été paralysé, les sirènes des cars de police ont hurlé, les passants imaginaient un attentat. Et les images des incidents se sont mises aussitôt à circuler sur internet avec des commentaires, bien sûr, excessifs du genre : « Le candidat du peuple fait tirer sur les chômeurs ».
Même s’il ne s’agissait que d’échauffourées un peu musclés, même si Sarkozy lui-même était en campagne dans la Marne (mais il a un téléphone portable) l’affaire risque d’être dévastatrice pour la droite sarkoziste, qu’elle soit humaniste ou populaire.
D’abord, parce que les syndicalistes ne peuvent plus se rendre lundi à l’Elysée pour y rencontrer le président-candidat, ensuite, parce que même si la CGT, la CFDT et FO n’attirent pas forcément les sympathies de la majorité de l’opinion publique, les métallos, eux, sont populaires. Leur idée de rappeler que la Tour Eiffel, symbole de Paris, avait été construite avec du fer lorrain était astucieuse.
En tous les cas, on ne fait pas tirer (même des gaz lacrymogènes) sur les ouvriers qui perdent leurs emplois et qui ne menaçaient rien ni personne. Avec trois grenades, « le candidat du peuple » est redevenu celui des CRS…

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