On continue de s’interroger sur Mohamed Merah, l’assassin de trois parachutistes et de trois enfants juifs avec leur enseignant, finalement abattu par le Raid lors de l’assaut de son appartement.
La seule question qui se pose vraiment, la seule intéressante, est de savoir pourquoi et comment un petit délinquant toulousain, d’origine algérienne, a pu devenir un fanatique religieux et un tueur en série. La question est d’autant plus préoccupante qu’on sait qu’il y a en France des dizaines de milliers de petits délinquants, d’origine maghrébine, qui, se sentant (et étant) totalement exclus de notre société, se tournent, avec haine contre nous, vers un Islam de plus en plus radical.
On nous dit que Mohamed Merah qui, entre deux vols à la tire, fréquentait les boites de nuit et buvait de l’alcool en draguant les filles, aurait rencontré l’Islam en lisant le Coran dans sa prison. C’est un peu mince. Bien des gens lisent le Coran sans devenir, heureusement, pour autant des criminels. Mais il est vrai que nos prisons (où les enfants de l’immigration sont surreprésentés, comme tous les autres « défavorisés ») sont des lieux de prédilection pour le recrutement des fanatiques de l’Islam. Elles sont en tous les cas une étape décisive vers l’exclusion puisqu’elles marquent au fer rouge indélébile tous ceux qui y sont passés.
Sortant de prison, Merah a tenté de s’engager dans l’armée puis dans la Légion étrangère. Voulait-il acquérir une formation de tueur ou souhaitait-il s’intégrer, s’assimiler à la France, son pays, « par le sang versé », comme on dit à la Légion ? On ne le saura jamais. Nouvel échec.
C’est alors que, peut-être sous l’influence de son frère, ou d’autres loubards de son quartier, ou d’anciens codétenus de sa prison, il s’est « auto-radicalisé », selon l’expression utilisée par les policiers. Qu’est-ce que cela signifie ? Sans doute que, de plus en plus haineux contre la société, contre la France, il a trouvé dans certaines pages du Coran, dans certains prêches de prédicateurs extrémistes de la région, sur certaines images d’actualité de la télévision, des justifications à sa fureur et un alibi pour devenir un assassin de militaires et d’enfants juifs, c’est-à-dire, à ses yeux, un héros de l’Islam, des banlieues et de tous les exclus.
Il a, par ses propres moyens, gagné l’Afghanistan pour participer à la guerre que les Talibans et Al Qaïda ont déclarée à l’Occident. Il semble qu’il n’ait pas été recruté. Alors il est revenu « chez lui » bien décidé à mener seul ce combat contre la civilisation judéo-chrétienne.
C’est là un parcours programmé : intégration ratée, délinquance, prison, réinsertion ratée, haine de la société, récupération par le fanatisme, fascination de la violence.
Certains affirment qu’il aurait alors fallu le mettre hors d’état de nuire avant qu’il ne commette l’irréparable. Mais la France est un Etat de droit et le fanatisme religieux, la haine contre la société et la sympathie pour des groupes terroristes ne sont pas des délits punissables par la loi. Sinon ce seraient des dizaines de milliers de jeunes, issus de l’immigration, qu’il faudrait, sans doute, mettre sous les verrous pour éviter que quelques-uns d’entre eux ne risquent de sombrer dans la folie meurtrière.
Sarkozy voudrait maintenant faire poursuivre ceux qui se rendent dans des camps d’entrainement au Pakistan ou en Afghanistan. Mais il ignore sans doute qu’on trouve, aussi, désormais, de tels camps dans la plupart des pays musulmans d’Asie centrale, au Yémen, au Soudan, dans les pays du Sahel et qu’il n’est pas impossible que, demain, ces fous de Dieu ne s’entrainent au maniement des armes dans nos banlieues de non-droit.
Merah possédait des armes de guerre interdites. Mais à chaque descente de police dans certains quartiers, on découvre de tels arsenaux. Les armes de guerre, venues souvent de l’ex-Yougoslavie, circulent maintenant dans toutes nos banlieues, comme le prouvent, chaque jour, des faits divers crapuleux.
La vraie question posée par ce drame est donc sans réponse. On ne voit pas comment, dans un Etat de droit, on pourrait empêcher un futur terroriste, solitaire, fanatisé jusqu’à la pire des folies et qui ne s’est pas encore manifesté dans le crime, de se mettre à tirer et de tuer des innocents qu’il a choisis pour cibles.
Les autres questions -Avait-il des complices autres que son frère ? Le Raid aurait-il pu le capturer vivant ? etc.- sont sans grande importance.
Nous savons que nous avons désormais affaire à une guerre de religion et même de civilisation et que nos ennemis se dissimulent, comme des poissons dans l’eau, au sein d’une communauté parfaitement pacifique pour l’instant mais qu’il nous est impossible, par essence même, d’intégrer réellement.

Mots-clefs : ,