Alors qu’aujourd’hui François Hollande était au cirque (d’hiver), Jean-Luc Mélenchon, lui, reprenait la Bastille. Les symboles sont évidemment un peu faciles à trouver. Mais il est vrai que l’un faisait le clown en jouant les funambules devant des artistes très parisiens et que l’autre faisait la révolution au milieu du peuple du gauche.
Au-delà de l’anecdote, on est bien obligé de reconnaitre que si Hollande s’enlise un peu dans les sondages et les banalités socialistes, Mélenchon, lui, apparait déjà comme « la »surprise de cette campagne présidentielle et, si personne, bien sûr, n’imagine une seule seconde qu’il puisse être élu, tout le monde commence à se demander s’il ne sera pas le vrai vainqueur de ce premier tour de scrutin, avec un score totalement inattendu qui obligera aussitôt Hollande à donner un véritable coup de barre à gauche, puis, élu, à appeler Mélenchon au gouvernement et à donner quelques maroquins à des communistes.
On attendait 30.000 cet après-midi à la Bastille. Il semble qu’il y en ait eu nettement plus de 100.000. Ca change tout. Le Front de gauche qui rassemble le Parti de gauche croupion de Mélenchon et les ruines du Parti communiste est devenu, en quelques heures, entre la Nation et la Bastille, une nouvelle et véritable force dans notre paysage politique.
C’est évidemment très ennuyeux pour François Hollande. D’abord, parce que toutes les voix qui vont aller à Mélenchon, au premier tour, seront autant de voix en moins pour Hollande. Ensuite, parce que le candidat du PS n’a jamais su dialoguer avec ses partenaires. Il s’est laissé piéger par les Ecologistes en acceptant plus ou moins l’accord signé par Martine Aubry et Cécile Duflot. Il est vraisemblable qu’il va devoir, en partie, capituler devant les exigences de Mélenchon. Enfin et surtout, parce qu’on peut compter sur les amis de Sarkozy pour agiter l’épouvantail et affirmer qu’Hollande qui se présentait en social-démocrate n’est que le prisonnier des communistes staliniens et des gauchistes trotskistes. Les Copé, Guéant, Fillon et autres Xavier Bertrand vont évidemment en faire des gorges chaudes.
Ce succès du Front de gauche n’est pas seulement dû au talent oratoire de Mélenchon. Il est dû aux circonstances, c’est-à-dire à la situation dramatique du pays. Plus que 4 millions de chômeurs, plus de 8 millions de Français qui vivent sous la ligne de pauvreté, ça ne fait pas des militants, ça fait des « indignés » (comme dit Stéphane Hessel) prêts à devenir des insurgés.
Il y avait une ambiance de sans-culottes tout à l’heure à la Bastille. S’il y avait eu des fourches à la place des drapeaux rouges, on aurait pu croire qu’ils préparaient une jacquerie. Il est vrai que le lieu s’y prêtait.
Mais ces 11% d’intention de vote que recueille actuellement Mélenchon et qui peuvent encore augmenter au cours du mois qui vient sont dus aussi à la pondération toute stratégique de François Hollande. Voulant rassurer au centre, il déçoit forcément à gauche.
Sarkozy joue l’extrême-droite ce qui ne lui réussit qu’à moitié, Hollande joue le centre ce qui fait renaitre une extrême-gauche.
Mais même s’il perd un peu de terrain dans les sondages, Hollande sait que, pour le deuxième tour, ceux qui auront voté Mélenchon voteront pour lui comme un seul homme, alors qu’il est évident que tous ceux qui auront voté Marine Le Pen (ou Bayrou) ne se rallieront pas à Sarkozy.
Ce n’est qu’après la présidentielle que Mélenchon deviendra vraiment encombrant pour Hollande. Quand il faudra se partager le gâteau et décider d’une politique.

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