Il y en a un qui veut renégocier le traité européen sur la discipline budgétaire. L’autre vient de nous apprendre qu’il veut renégocier le traité de Schengen. Celui qui veut renégocier le traité sur la discipline budgétaire c’est celui qui a déclaré la guerre au monde de la finance. Celui qui veut renégocier Schengen c’est celui qui court après les voix de l’extrême-droite. Du coup, celui qui court après les voix de l’extrême-droite ne pourra plus reprocher à celui qui a déclaré la guerre au monde de la finance de vouloir trahir la signature de la France en annonçant qu’il veut renégocier le traité sur la discipline budgétaire puisque lui-même veut renégocier Schengen…
On peut dire que, cette fois, la campagne qui se limite désormais à un combat de boxe entre le tenant du titre et son challenger qui fait figure de grand favori ce qui a transformé l’autre en challenger, a vraiment commencé. Tous les coups, droit ou gauche, sont permis. Mais les crochets et les coups bas sont tolérés. Et surtout maintenant les deux protagonistes nous disent vraiment n’importa quoi.
Tout le monde attendait avec impatience ou au moins curiosité la grand messe que le pape sortant organisait aujourd’hui à Villepinte. Indiscutablement, il y a eu beaucoup de monde derrière Bernadette Chirac, Enrico Macias et Gérard Depardieu mais personne ne s’attendait à voir une salle vide et l’absence de Jean-Louis Borloo et de Rama Yade est passée totalement inaperçue.
Il est encore trop tôt pour savoir si l’enthousiasme évident des militants de l’UMP va être, à travers le pays, assez communicatif pour faire évoluer les courbes des sondages à 40 jours du premier tour de la présidentielle.
L’entourage du sortant nous avait promis des annonces fracassantes. Il faut bien dire que, sur ce plan là, nous sommes un peu restés sur notre faim. La seule vraie (et grande) surprise du jour et du chef a été une attaque en règle contre l’Europe. Non seulement Sarkozy veut renégocier Schengen mais il exige désormais que les 26 autres adoptent un « Buy européen act » qui, sur le modèle du « Buy américan act », obligerait tous les Etats européens à n’acheter que des produits fabriqués en Europe. Et si les autres trainaient les pieds, la France se lancerait, seule, dans ce protectionnisme d’Etat.
On s’imaginait que Sarkozy allait plutôt nous faire le coup de l’homme qui avait su sauver l’euro, l’Europe, la Grèce, le Portugal, la paix enfin retrouvée sur ce vieux continent marqué par des siècles de guerres fratricides, etc. Et qu’il allait même nous faire un numéro de violon sur le si beau couple dominant-dominé qu’il forme avec Angela Merkel.
Or, pas du tout. Il a dû comprendre que les Français qui n’ont jamais été des eurolâtres passionnés sont devenus, au fil des derniers mois et des crises à répétitions, des eurosceptiques pour ne pas dire des europhobes. Donc, il ne veut plus de Schengen qui est pourtant le meilleur des symboles de l’Europe unie aux frontières ouvertes et il est prêt à limiter les importations des pays voisins.
On s’aperçoit donc soudain que les deux protagonistes s’en prennent à l’Europe. C’est pour le moins stupéfiant. Hollande ne veut pas de la discipline budgétaire que nous imposeraient les autres, et surtout l’Allemagne. Sarkozy ne veut plus des immigrés que nous réexpédient les autres à commencer par l’Allemagne. Après nous avoir crié, l’un « Sus aux banquiers ! », l’autre « Sus aux chômeurs ! », les voici l’un et l’autre d’accord pour hurler « Haro sur l’Europe ! ».
Ce qui est « amusant » c’est que, bien sûr, les deux protagonistes savent parfaitement, qu’en reprenant ainsi les thèmes chers au Front National, ils plongent dans la pure démagogie. Jamais ni Sarkozy, l’homme le moins apprécié d’Europe selon un dernier sondage, ni Hollande qu’aucun des dirigeants européens ne veut recevoir ne pourraient revenir ni sur Schengen ni sur le traité sur la discipline budgétaire.
En fait, nous n’assistons pas à un combat de boxe mais à un combat de catch. Tout est truqué. Les spectateurs le savent mais ça les amuse.

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