Nicolas Sarkozy vient de déclarer (pour la deuxième fois) que, si jamais il était battu -hypothèse qu’on ne peut pas totalement exclure- il abandonnerait à tout jamais la politique. En menaçant ainsi de nous faire « le coup de Jospin » en 2002, entend-il inciter les Français à voter pour lui ou contre lui ? Veut-il apitoyer les hésitants ou les exciter ? On est en droit de se poser la question.
Jamais aucun candidat n’évoque, en pleine campagne, la possibilité de sa défaite. Cela démobiliserait ses troupes et revigorerait ses adversaires. Aujourd’hui, même les candidats qui plafonnent à 1 ou 2% dans les sondages refusent d’imaginer qu’ils pourraient être éliminés dès le premier tour. Quand on a pris place sur la ligne de départ d’un marathon, il faut toujours croire et plus encore faire croire qu’on va l’emporter.
En observant Nicolas Sarkozy, on finit par se demander non seulement s’il y croit encore mais même s’il en a vraiment envie.
On se souvient qu’en 2007, cet homme qui avait tout fait, tout sacrifié et trahi tout le monde pour accéder à la magistrature suprême avait affirmé : « Je fais un mandat et puis j’arrête pour gagner du fric dans le privé ». Certains de ses proches nous disaient alors : « Il se donne cinq ans pour moderniser la France et puis, sa mission terminée et après avoir consacré sa vie à la politique, il entamera une autre existence et se donnera enfin un peu de bon temps ». Personne ne les avait crus.
Il faut bien constater que, tout au cours de son quinquennat, Sarkozy a louché avec concupiscence vers toutes les grandes fortunes du pays avec une petite prédilection pour ceux qui, partis de peu, avaient réussi, en un rien de temps et parfois sans qu’on sache comment, à amasser d’énormes magots. Il les a bichonnés, choyés, gâtés, un peu comme le ferait un candidat souhaitant de se faire admettre dans un club ultra-privé. A force de se faire reprocher d’avoir été à bord du yacht de Bolloré, il a dû se mettre à rêver de pouvoir, un jour, se payer son propre yacht de milliardaire.
Cela dit, le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas, au cours de son mandat, sauver la France. Il n’a donc pas rempli sa mission et il est évident que, s’il ne s’était pas représenté, il serait sorti de l’Histoire par la toute petite porte.
En se représentant, il prend le risque (faible) d’être réélu mais parie sur la chance d’être battu et donc de pouvoir quitter l’Elysée la tête haute, avec l’assurance que celui auquel il aura remis ses pouvoirs le fera très rapidement regretter.
Il fait mine de se battre contre l’adversité. Il voit les rats continuer à l’abandonner. Le dernier en date, un certain Aillagon qui, après s’être goinfré au ministère de la Culture puis au palais de Versailles où il était entré par copinage et effraction, retourne sa veste élimée de piètre courtisan sans emploi.
Il voit aussi d’autres rats qui n’ayant pas pu trouver de fromage en face montent à bord de son rafiot. Boutin, Morin, Nihous et même Allègre. Borloo, entre deux verres, hésite encore. Va-t-il le « soutenir » ou le « rallier » ? La nuance est plus importante que le nombre des divisions qui suivent le patron des radicaux.
Au sein même de l’état-major présidentiel ça cafouille et on commence déjà à désigner les boucs-émissaires qui seront rendus responsables de la débâcle. On reproche à Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte-parole officielle, de ne pas avoir su le prix du ticket de métro ce qui est, en effet, dommage pour un ministre des Transports. On reproche à Claude Guéant, celui qui actuellement « se mouille » le plus « la chemise » d’avoir mélangé droit de vote des étrangers et nourriture halal, ce qui, pour un ministre de l’Intérieur (et des cultes), est évidemment stupéfiant. On reproche à Fillon qui pourtant regarde tout cela de bien loin d’avoir scandalisé les Juifs et les Musulmans en tentant de les renvoyer dos à dos au nom de la laïcité.
Mais en fait le seul responsable de cette mauvaise campagne n’est autre, bien sûr, que Sarkozy lui-même.
Accordons-lui qu’avec le bilan-boulet (pour reprendre la formule de Fabius) qu’il se traîne les choses ne sont pas faciles pour lui. Ayant compris tardivement qu’un « remake » de sa campagne de 2007 n’était pas possible, il abandonne un peu les thèmes de la sécurité et du pouvoir d’achat. Certes, il reprend celui de l’immigration (Marine Le Pen est à 20% dans certains sondages) et, à chaque apparition, il nous sort de son chapeau une petite nouveauté. Un petit impôt pour les très grands groupes, une vague dose de proportionnelle pour les législatives, un parrainage populaire pour les candidats à la présidentielle, une carte vitale biométrique, une caisse pour les pensions alimentaires, etc.
Nous sommes en face d’une crise épouvantable qu’il n’a pas su régler, 4,5 millions de Français sont au chômage, 8 millions sous la ligne de pauvreté, l’Euro et l’Europe sont sur le point d’exploser, on va droit à la catastrophe et il nous propose une carte vitale biométrique !
Le moins qu’on puisse dire est que ça manque de souffle, de vision. Comment croire alors qu’il veuille vraiment être réélu ?
Au fond, depuis sa déclaration officielle de candidature, les Français n’ont, jusqu’à présent, de tous ses discours, de toutes ses émissions de télévision ou de radio, retenu qu’une seule chose : qu’il abandonnerait la politique s’il était battu. Ce n’est pas vraiment un programme.
On attend de voir si, dimanche, à Villepinte, il saura nous dire ce qu’il ferait au cas où il ne serait pas battu…

Mots-clefs : ,