Il ne fait aucun doute que ceux qui ont cru pendant quelques semaines que Dominique de Villepin pourrait devenir si ce n’est l’homme providentiel dont la France aurait tant besoin, du moins l’empêcheur de tourner en rond de cette campagne présidentielle sont diablement déçus aujourd’hui.
Certes, les sondages ne donnaient à l’ancien Premier ministre que 2 ou 3% des intentions de vote mais il aurait, peut-être, pu faire un peu mieux. Il aurait, en tous les cas, rappelé aux « grands » candidats qu’ils étaient totalement à côté de la plaque avec leur surenchère de petites propositions démagogiques (contre les riches), de promesses intenables (contre le chômage ou la dette) et de remises en cause des traités internationaux (contre les immigrés ou les déséquilibres budgétaires).
Le grand, l’énorme problème de la France (et de l’Europe) n’est ni de limiter l’immigration, ni même de parvenir à équilibrer ses budgets mais bien de comprendre que le XXIème siècle a commencé, que tout a changé, que les pays qu’on considère encore comme « émergeants » on non seulement « émergé » depuis belle lurette, mais qu’ils dirigent désormais la planète et qu’il va donc nous falloir nous adapter à notre décadence pour tenter de survivre, en changeant au plus vite nos moeurs politiques, nos habitudes économiques et notre confort social, autant dire tout notre système pour ne pas dire notre culture.
Certains affirment qu’il vaut mieux que Villepin ne puisse pas se présenter puisque cela va lui éviter de se ridiculiser avec un score dérisoire. Ils vont même jusqu’à imaginer que Villepin a tout fait pour ne pas avoir ses parrainages afin d’éviter l’affront (et les frais).
Quoi qu’il en soit, ce qui est intéressant désormais c’est de savoir vers qui ces quelques centaines de milliers d’électeurs vont se tourner. Ils représentent, en effet, jusqu’à la caricature, l’enjeu de toute cette élection puisque ce seront les Français (de droite et du centre) déçus par Sarkozy qui décideront qui l’emportera. En clair, ce sont les électeurs de Bayrou, de Dupont-Aignan, de Marine Le Pen et ceux qui auraient aimé voter pour Villepin qui seront les faiseurs du roi, en départageant les deux finalistes. Or, les villepinistes étaient évidemment parmi les plus radicaux de tous ceux qui ne supportent plus Sarkozy.
Il semble, depuis vendredi soir, qu’ils se divisent entre ce qu’on pourrait appeler « la résignation » et ce qui ressemble à de « la haine ».
Tous détestent souverainement Sarkozy, mais les uns ne voteront jamais à gauche et iront donc finalement, en trainant les pieds, déposer un bulletin au nom du président sortant alors que les autres qui n’ont non plus, jusqu’à présent, jamais voté à gauche ont une telle détestation de celui qu’ils appellent « le nain » ou « le nabot » qu’ils sont bien décidés, cette fois, à franchir le pas, même s’ils méprisent totalement Hollande. Les uns proclament « Jamais la gauche, plutôt Sarko », les autres « Tout sauf Sarkozy, plutôt Hollande ».
Ceux qui, au premier tour, auront voté pour Bayrou, Dupont-Aignan ou Marine Le Pen se diviseront sans doute de la même manière. Mais il est bien difficile, pour l’instant, de savoir dans quelles proportions.
Visiblement, Sarkozy ne s’occupe, pour l’instant et depuis longtemps déjà, que des électeurs de Marine Le Pen qui est à 16% alors que Bayrou n’est qu’à 13%. Mais il a sans doute tort. La clientèle de la famille Le Pen est beaucoup plus rancunière que les centristes. Elle n’a pas oublié qu’elle avait été abusée par Sarkozy en 2007. Elle ira donc sans doute en rangs serrés à la pêche le jour du second tour plutôt que de revoter pour lui. Les centristes, eux, sont rarement haineux, souvent résignés et fondamentalement de droite. Mais Sarkozy se sent peut-être plus d’affinités avec l’extrême-droite qu’avec le centre.
Il va être particulièrement intéressant d’observer cet après-midi la manifestation que Mélenchon organise à la Bastille. Grâce à son talent d’orateur un (gros) brin populiste, Mélenchon a réussi à raviver les cendres du parti communiste. Il est bien dommage que Villepin n’ait pas pu en faire autant avec le gaullisme…

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