Tout le monde semble avoir compris maintenant que le problème n’était plus de chasser Sarkozy du pouvoir. Les jeux sont faits. A moins d’un mois et demi de l’élection, le président-candidat perd encore du terrain dans tous les sondages. Sa déclaration officielle de candidature qui devait le remettre en selle, ses meetings à grand spectacle qui devaient réveiller l’ardeur des militants de l’UMP, ses déclarations tonitruantes qui devaient séduire l’électorat de l’extrême-droite n’ont servi à rien. Il peut raconter n’importe quoi sur le vote des étrangers ou la viande halal, il est définitivement « plombé ».
La majorité des Français ne lui pardonnera jamais son quinquennat raté fait de promesses non tenues, de volte-face, d’incohérences et surtout d’échecs, que ce soit dans la guerre contre le chômage, dans l’amélioration du pouvoir d’achat, dans la maîtrise des déficits et de la dette ou même dans la lutte contre la délinquance. La « racaille » fait toujours la loi dans les zones de non-droit.
Mais, pire encore, c’est la personnalité même de Sarkozy, « le président des riches », du Fouquet’s, de la Rolex et du CAC40 dont les Français ne veulent plus.
L’affaire est entendue et si quelques millions de téléspectateurs vont sans doute encore le regarder à la télévision ce sera moins pour l’écouter que pour le voir, la mine de plus en plus défaite, se débattre contre toutes les évidences et s’enfoncer. Une campagne électorale ressemble aux jeux du cirque et la foule adore regarder le gladiateur, jadis triomphant, agoniser à terre.
Il y a d’ailleurs déjà une ambiance de défaite pour ne pas dire de déroute et de débandade à l’UMP où les parlementaires qui redoutent, à juste titre, de perdre leur siège accusent l’équipe de campagne d’être particulièrement nulle. Ils reprochent ouvertement à Guillaume Lambert, le directeur de la campagne, à Jean-Baptiste de Froment et à Sébastien Proto, les responsables du programme, et plus encore à Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte-parole, d’avoir laissé éclater la polémique Borloo/Veolia, de n’avoir pas su préparer le voyage à Bayonne et d’abandonner, seul sur le devant de la scène, Guéant qui multiplie les maladresses, traitant le Front National de nazi avant de reprendre à son compte la sortie de Marine Le Pen sur la viande halal.
La majorité des Français semble donc déjà ravie à l’idée de tourner la page du sarkozisme. Mais, du coup, ils commencent à découvrir que François Hollande n’est pas seulement le challenger inattendu qui va l’emporter haut la main et chasser l’imposteur devenu insupportable. Sous ses allures bonhommes et avec ses accents mitterrandiens, il est aussi… socialiste. Bien des anti-sarkozistes, primaires ou même secondaires, l’avaient oublié.
Bien sûr, si tout le monde sourit à l’idée qu’il va matraquer les plus grosses fortunes, personne ne croit une seule seconde qu’il va embaucher 60.000 enseignants, qu’il va maîtriser le problème des déficits et qu’il va régler le drame du chômage et réindustrialiser le pays tout en faisant la guerre au monde de la finance. Mais depuis quelques jours, puisque sa victoire semble certaine, on se demande avec qui il va bien pouvoir gouverner le pays.
Et c’est là que les sourires se figent un peu. Martine Aubry à Matignon, Valls à l’Intérieur, Sapin aux Finances, Montebourg à la Justice, Moscovici aux Affaires Etrangères, c’est déjà beaucoup moins drôle. Ce n’est pas « ré-enchanter le rêve français », comme le prétend Hollande, c’est en revenir à quelques images cauchemardesques d’autrefois.
C’est sans doute ce qui explique la petite remontée dans les sondages de François Bayrou. Jamais, dans toute l’histoire de la Vème République, les centristes n’ont eu une telle chance. Pourquoi ? Tout simplement parce que jamais le candidat officiel de la droite n’a été rejeté avec une telle violence. Jusqu’à présent, le centriste qui essayait de se faufiler entre Mitterrand et Chirac (Barre en 1988) ou entre Chirac et Jospin (Balladur en 1995, Bayrou en 2002), voire même entre Sarkozy et Ségolène Royal (re-Bayrou en 2007) était forcément broyé entre les deux. Aujourd’hui, avec un Sarkozy rejeté par le centre et une bonne partie de la droite, le centrisme devrait trouver enfin un bel espace.
Bayrou qui l’a compris lance un appel au rassemblement et fait un clin d’œil appuyé à Villepin. Villepin n’est pas homme à se rallier mais il répète, depuis longtemps, qu’il faut un gouvernement de rassemblement.
Bayrou a un bon mois (ce qui n’est pas beaucoup), pour gagner dix points dans les sondages (ce qui est beaucoup), faire comprendre aux électeurs qu’« avec Hollande, ce sera Aubry » et s’entendre avec tous ceux qui ne veulent « ni de la peste ni du choléra », ni de Sarkozy ni de Hollande et qui, sur le papier, représentent une belle majorité.
On sait que son slogan de campagne affirme « Un pays uni, rien ne lui résiste ». Ca ne veut pas dire grand-chose. Mais s’il arrivait à faire de son fameux « ni à droite, ni à gauche » un « ni Sarkozy, ni Hollande », il aurait ses chances.
Seulement voilà, Bayrou n’a jamais fait rêver personne. Reste qu’il est aujourd’hui le seul qui pourrait, éventuellement, nous éviter d’avoir Hollande…

Mots-clefs : , , ,