Tous nos commentateurs patentés nous affirment déjà –c’est le grand sujet du jour- qu’au soir de la défaite de Nicolas Sarkozy (qui n’est pas totalement exclue) l’UMP se déchirera, explosera, se désintégrera et qu’avant même les législatives on assistera, dans l’ancien parti présidentiel, à une véritable guerre civile, avec règlements de comptes, exécutions sommaires et tentatives de putsch.
Nos politologues font un contre-sens. Ce n’est pas parce que Sarkozy sera, éventuellement, battu que l’UMP disparaitra. C’est parce que l’UMP n’existe plus depuis bien longtemps que Sarkozy risque de perdre la bataille. Et le président-candidat est le seul responsable de cette disparition du parti qui, à l’origine, devait incarner la majorité présidentielle.
L’idée de Chirac et de Juppé avait été de réunir, dans une auberge un peu espagnole, la droite au sens très large du terme, c’est-à-dire tous les gaullistes (version historique, version pompidolienne, version chabaniste, version chiraquienne), les centristes, les radicaux modérés, les démocrates-chrétiens, les orphelins de Giscard, de Barre, de Balladur. C’était un peu une gageure si ce n’est que l’appât du pouvoir et le système du bipartisme imposé par nos institutions pouvaient faire oublier aux uns et aux autres leurs différences, leurs rancœurs, voire leurs haines.
Héritier de Pompidou et plus encore d’Henri Queuille, son prédécesseur radical-socialiste dans la 3ème circonscription de la Corrèze, Chirac préparait ainsi sa réélection de 2002 sachant qu’il allait avoir à affronter son Premier ministre, Lionel Jospin, qui semblait déjà triompher à la tête d’une gauche relativement bien soudée.
Ca a fonctionné. Chirac a été réélu (dans des conditions un peu invraisemblables) et a obtenu une majorité plus que confortable à l’Assemblée. Puis, Sarkozy, s’étant emparé de la « machine », a été élu en 2007 et a, lui aussi, obtenu une très large majorité.
Mais Sarkozy a cassé le beau joujou. Faisant n’importe quoi, il a surpris, choqué, scandalisé ses régiments disparates de godillots qui ont commencé à déserter pour regagner leurs casernes respectives.
Les gaullistes se sont indignés du retour dans l’OTAN et de l’alignement derrière Washington puis derrière Berlin. La vraie droite n’a pas supporté l’ouverture à gauche des débuts du quinquennat. Le vrai centre n’a pas toléré les innombrables coups de barre à droite-toute. Les libéraux ont sursauté à toutes les velléités de dirigisme. Et voyant l’opinion rejeter de plus en plus le locataire de l’Elysée, tous ont fini par se demander, au fil des échecs, des volte-face et de l’inexorable descente dans tous les sondages, s’ils n’avaient pas joué le mauvais cheval.
On a alors assisté à l’éclosion au sein de de l’UMP de toute une série de chapelles concurrentes, toutes les droites de l’arc-en-ciel politique : la droite populiste qui se dit « populaire » et lorgne sans pudeur vers l’électorat du Front National, la droite qui s’affiche « sociale » qui pleure Séguin et qui a cru un instant en Fillon, la droite qui se prétend « humaniste » et qui regrette Borloo, etc.
Aujourd’hui, l’UMP n’est plus qu’un ramassis de militants déçus, désorientés, perdus et une ribambelle d’élus qui se demandent comment sauvegarder leur siège et leurs prébendes. Ils savent que, sauf miracle de dernière minute, ils vont à l’abattoir. Alors, ils pensent déjà à l’après-naufrage. Ils embarquent dans des chaloupes de sauvetage. La chaloupe Fillon, la chaloupe Copé, la chaloupe Juppé, d’autres encore. Chacun s’apprêtant à condamner sans pitié le commandant responsable de la catastrophe.
Mais ce n’est pas avec une kyrielle de barcasses à la dérive qu’on peut remporter une bataille décisive. Sarkozy risque bien de rester non pas comme l’homme qui a reculé l’âge de la retraite et eu la peau de Kadhafi (ses deux succès) mais comme celui qui a fait couler le croiseur de la droite en réussissant à la fois à faire des ronds dans l’eau et des zigzags dans la tempête ce qui a fini par donner le mal de mer à son équipage hétéroclite.

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