A force de suivre à la loupe les sondages quotidiens et d’écouter à longueur d’émissions les débats sur le terrorisme, la viande halal, l’euthanasie ou le mariage des homosexuels, on finirait par oublier l’essentiel.
L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, organisme officiel, sérieux et –malheureusement- totalement crédible, vient de nous rappeler brusquement à la réalité.
Dans son rapport publié aujourd’hui, il nous apprend qu’il y a 11.200.000 Français « touchés soit par la pauvreté monétaire, soit par des privations matérielles sévères, soit par une très faible intensité de travail ». En clair et au-delà de cette terminologie toute administrative, cela veut qu’il y a, dans notre pays, plus de 11 millions de nos compatriotes qui crèvent plus ou moins de faim, qui vivent dans des habitations souvent insalubres, qui ne peuvent pas se soigner comme il faudrait et dont les gosses n’ont sans doute aucun avenir.
C’est, évidemment, totalement inadmissible dans un pays qui est encore la cinquième puissance économique de la planète. On ne peut plus dire qu’« il fait bon vivre en France ». En tous les cas, pas pour tout le monde.
Et encore ces chiffres épouvantables datent-ils de 2009 et l’Observatoire redoute « une augmentation sensible du nombre des pauvres au cours de ces trois dernières années » en raison de la crise qui frappe tout particulièrement « les femmes, chefs de famille monoparentale et leurs enfants, les hommes isolés et dépourvus de qualifications professionnelles et les femmes seules et âgées ».
En 2009, derniers chiffres connus donc, 8.200.000 Français vivaient avec moins de 954 € par mois et 2.000.000 avec moins de 640 € par mois. 13,5% de la population étaient ainsi sous le seuil de pauvreté.
Pendant sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy s’était engagé à « réduire d’un tiers la pauvreté en France » au cours de son quinquennat. Cette pauvreté n’a fait qu’exploser depuis son entrée à l’Elysée et l’Observatoire remarque qu’aujourd’hui même ceux qui ont un emploi peuvent se trouver sous cette terrible ligne de pauvreté, ce qui est évident puisque nous avons 4,5 millions de chômeurs et 11,2 millions de « pauvres ».
Ces chiffres sont, bien sûr, les pires de tout le bilan que peut présenter le président sortant et candidat. Le reste –la dette, la sécurité, l’immigration, la viande halal, la chasse aux milliardaires- devient insignifiant et dérisoire en face de cette misère qui envahit et ravage le pays. Et si ces 11 millions de pauvres accusent évidemment le président-candidat, ils devraient aussi « interpeller », comme on dit, les autres candidats.
Or, pas un seul de nos « grands » candidats n’a évoqué ce drame. C’est révélateur de l’immense fossé qui s’est creusé entre notre classe de politicards ambitieux et les réalités du pays.
On nous dira que ces « pauvres », croupissant dans leur misère et leur désespoir, ne votent pas et n’ont donc strictement aucun intérêt. Lors de la dernière présidentielle, en 2007, il y a eu 16,03% d’abstentionnistes. Etaient-ils tous des pauvres ? Aujourd’hui, il y a, d’après les sondages, 14% d’électeurs qui choisissent Mélenchon. Sont-ils tous des « bobos », comme on nous l’affirme ?
Il faudrait peut-être se méfier. Sans parler d’une morale qui devrait exiger de tous nos dirigeants qu’ils mettent tout en œuvre pour lutter contre cette immense pauvreté, il n’est pas impossible qu’un jour ces « damnés de notre pays » ne relèvent tête. On finirait presque par le souhaiter.

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