Personne n’est capable de dire qui sera notre prochain président de la République. François Hollande semble bien parti mais il est encore loin d’être arrivé. Ce qui semble sûr, par contre, c’est que Nicolas Sarkozy, lui, ne veut pas être réélu.
Il a sans aucun doute passé les trente ou quarante premières années de son existence à rêver de devenir chef de l’Etat mais il est évident que, le jour même où il est entré à l’Elysée, il a brusquement compris qu’il s’était trompé, qu’il avait fait fausse route, que ce n’était pas « son truc ». Depuis, il n’a plus qu’une peur : être réélu, être condamné à un second mandat et devoir faire pendant cinq ans de plus ce boulot dans lequel il s’était fourvoyé par erreur.
Il faut reconnaitre que, très vite, il nous a avoué qu’il avait hâte de faire autre chose, c’est-à-dire de « gagner du fric », de « se la couler douce », de connaitre ce qu’il appelait lui-même « la dolce vita » au Fouquet’s ou à bord des yachts de ses copains en écoutant chanter Carla.
Reconnaissons que, depuis 2007, il fait tout, avec application, obstination, pour ne pas être réélu, multipliant les erreurs, accumulant les échecs et faisant tout pour se rendre odieux.
Mais, l’échéance fatidique approchant, il est pris d’angoisse. Et si, pour le punir de ce quinquennat désastreux, les Français, rancuniers, le condamnaient à rester ?
L’idée d’annoncer, à moins de trois mois des élections, une augmentation des prélèvements obligatoires et de la TVA était excellente. Mais, avec les Français qui sont masochistes dans l’âme, on ne sait jamais. D’ailleurs Hollande qui n’a peut-être pas envie, lui non plus, d’être élu a laissé entendre, lui aussi, qu’il allait nous matraquer.
Alors Sarkozy a peut-être découvert l’arme décisive. Il fait venir Angela Merkel à ses côtés pour plomber définitivement sa campagne. Il ne pouvait pas trouver mieux.
D’abord, ça lui donne un air de petit garçon incapable de mener tout seul sa campagne ce qui le discrédite totalement. Ensuite, appeler une étrangère à la rescousse dans de telles circonstances n’est pas très convenable. On avait déjà l’accent norvégien d’Eva Joly, on va maintenant avoir l’accent allemand. Enfin et surtout, Angela Merkel est sans conteste la personnalité étrangère que détestent le plus les Français.
Sans verser dans la germanophobie d’antan, les Français ne supportent pas cette chancelière revêche, triomphante, qui donne des leçons, des mauvais points, des punitions à tout le monde et entend faire marcher l’Europe à la schlague et au pas de l’oie.
Sarkozy souligne le trait. Il passe son temps à nous répéter qu’il faut faire comme les Allemands, suivre l’exemple allemand, adopter le système allemand. Aujourd’hui en rendant hommage à la chancelière, en lui faisant allégeance, en se soumettant, avec délectation, à tous ses diktats et à ses moindres volontés, il sait qu’il augmente encore ses chances d’être battu.
Car il est malin, le bougre. Comme tout le monde, il a compris, depuis le début de ce qu’on appelle pudiquement « la crise », que les Français ne voulaient pas adopter le système allemand mais sauvegarder « l’exception française ». Ils savent que si le système allemand a permis à l’Allemagne d’être moins frappée par cette crise, c’est cette « exception française » tant décriée qui leur a, elle, permis d’être (relativement) moins terrassés par cette même crise.
Avec cette soumission affichée à Merkel, Sarkozy tient sans doute le bon bout. Il a maintenant toutes les chances d’obtenir une libération de toutes ses obligations pour pouvoir se reconvertir dans le privé et s’adonner enfin à sa vraie vocation qui n’était évidemment pas de présider aux destinées de la France.

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