Jamais les slips et les soutiens gorge n’auront eu une telle importance dans l’histoire de nos présidentielles. A écouter Nicolas Sarkozy annoncer, ce soir, sur TF1, qu’il était candidat à sa propre réélection en évoquant inlassablement l’affaire Lejaby, on avait vraiment l’impression qu’il avait passé son quinquennat à sauver des entreprises et des emplois. Les 4,5 millions de chômeurs que compte désormais la France apprécieront et les Français ne seront évidemment pas dupes. Le président de l’explosion du chômage se présentant soudain en candidat sauveteur de Lejaby risque de ne pas être très convaincant.
Si tout le monde se réjouit, bien sûr, que les salariées de ce petit atelier d’Yssingeaux ne se soient finalement pas retrouvées sur le sable, chacun sait parfaitement qu’il s’agit d’un minuscule petit succès dans la lutte contre le chômage et les fermetures d’entreprises et que si ces femmes se sont particulièrement bien mobilisées pour tenter de sauvegarder leurs emplois, elles n’ont, en fait, été sauvées que parce qu’elles étaient les électrices d’un ministre, Laurent Wauquiez, qu’un ami très proche du président a bien voulu intervenir auprès d’un de ses sous-traitants pour qu’il les récupère en les faisant passer de la bonneterie à la maroquinerie de luxe et surtout qu’on était déjà en période électorale. Le « miracle » Lejaby ne peut donc guère servir d’argument de campagne.
Mais Sarkozy va visiblement l’utiliser jusqu’à la corde pour présenter sa nouvelle trouvaille sur le chômage. Si l’on a bien compris ce qu’il voulait dire, il compte (s’il est réélu, bien sûr) remplacer les allocations chômage par de la formation. A première vue, c’est une bonne idée. Trop souvent on apprend qu’alors que nous avons des millions de chômeurs, certains chefs d’entreprise ne parviennent pas à trouver les salariés dont ils ont besoin. Il y a donc, en effet, bel et bien, un problème de formation, une totale inadéquation entre les demandes et les offres d’emplois.
Mais Sarkozy semble ignorer que la formation n’est qu’un problème relativement marginal. Jamais nous ne pourrons former les 4,5 millions de chômeurs et d’ailleurs il n’y a pas 4,5 millions d’emplois actuellement vacants faute de formation.
Le premier impératif pour faire baisser le chômage ce n’est pas de former des chômeurs à de nouveaux métiers mais bien de créer des emplois, c’est-à-dire de relancer notre économie. Cela fait des années qu’on nous tanne (et qu’on nous ruine) avec la formation. Ca n’a jamais servi à rien.
L’autre idée du jour c’est le recours à des référendums. Là encore, à premier vue, une excellente idée. Qui pourrait refuser que le pouvoir demande son avis au peuple ? Mais, là encore, c’est une fausse bonne idée.
D’abord, il s’agit, évidemment, de passer par-dessus la tête des syndicats pour faire adopter l’abandon d’un certain nombre d’avantages acquis. On peut compter sur nos syndicats pour mobiliser leurs troupes, paralyser le pays et crier à la dictature.
Ensuite, on voit mal comment on pourrait trouver des solutions au chômage par voie référendaire. Quelle question poser au « peuple » : « Etes-vous d’accord pour qu’on donne une formation aux chômeurs ? » La réponse sera « oui ».. Sauf que la vraie question sera en fait : « Etes-vous d’accord pour que l’on supprime les allocations des chômeurs qui n’arrivent pas à retrouver un emploi malgré deux ou trois petits stages ? » On peut déjà imaginer les résultats d’un tel référendum.
Enfin et surtout, on sait que, lors d’un référendum, les électeurs ne répondent jamais à la question qu’on leur pose mais bien à celui qui la pose. En France, les référendums sont toujours des plébiscites.
Ajoutons que Sarkozy est sans doute le plus mal placé pour relancer ce vieux système gaulliste du plébiscite. Non seulement il n’en a organisé aucun durant son (premier) quinquennat mais, en plus, il n’a tenu aucun compte que celui qui portait sur la constitution européenne, en nous imposant, par voie parlementaire, un remake du texte de Giscard que nous avions refusé.
Il est vraisemblable que demain matin Le Figaro trouvera que Nicolas Sarkozy a parfaitement commencé sa campagne en jouant le capitaine qui ne veut pas abandonner son navire dans la tempête. Mais il n’est pas sûr que les passagers du bateau en perdition aient été convaincus.
Sarkozy veut à tout prix faire oublier son bilan. On le comprend. Il va donc lancer des idées nouvelles dans tous les sens. Ses premières idées ne sont pas bonnes. Il lui reste moins de 70 jours pour en trouver d’autres.

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