Les Français vont finir par se demander si ceux qui affirment que les sondages sont truqués n’ont pas, de temps en temps, parfois et même bien souvent, raison. Dans le registre des escroqueries, l’Ifop vient de réussir un véritable exploit.
Tout le monde sait que depuis des semaines, Nicolas Sarkozy se traine loin derrière François Hollande dans toutes les enquêtes d’opinion avec 23/24% d’intentions de vote contre 30/31% pour son adversaire socialistes. Un retard qui semble d’autant plus catastrophique pour le président sortant que, selon toutes ces mêmes enquêtes, pour le second tour, le rapport des voix qui se sont portées sur les « petits » candidats est très favorable au champion du PS qui l’emporte alors par 60% contre 40%.
On comprend qu’à l’Elysée on ne soit pas content-content. Les sondages ne sont pas seulement des indicateurs intéressants pour connaitre l’état de l’opinion à l’instant « t ». Ils jouent aussi un rôle essentiel d’entrainement dans la campagne électorale. Celui qui est donné favori attire les sympathies, les enthousiasmes, les ralliements, les foules et a fortiori s’il est présenté en grandissime favori. Il devient crédible, présidentiable et souvent président. Pour expliquer ses bons scores, les commentateurs et les politologues lui trouvent, soudain, toutes les qualités. L’autre, celui qui se traîne plus ou moins loin derrière, apparait inévitablement comme un « has been », déjà vaincu, et ces mêmes commentateurs et politologues analysent alors longuement toutes les raisons de ses malheurs en soulignant ses défauts et en rappelant ses échecs.
Il n’y a pas grand-chose à faire contre cette dynamique enclenchée par les sondages qui se succèdent à un rythme effrayant.
Eh bien l’Ifop a trouvé ! Le Journal du dimanche (qui appartient à l’un des meilleurs amis du président de la République) publie aujourd’hui les résultats d’un sondage dans lequel Sarkozy fait –enfin- jeu égal avec Hollande. 33% chacun. Tout redevient soudain possible. Un vrai miracle ! Une remontée incroyable, un sursaut stupéfiant puisqu’il y a deux jours ce même Ifop donnait, dans Paris-Match, 24,5% seulement à Sarkozy et 29,5% à Hollande.
Certains lecteurs du Journal du dimanche peuvent donc s’imaginer que le président ne s’étant pas encore déclaré et n’ayant donc, en principe, pas encore entamé sa campagne, retrouve, avec ces 33%, toutes ses chances.
Mais l’opération de l’Ifop relève de la simple escroquerie. Pour redonner des couleurs à Sarkozy, l’institut qu’on croyait relativement sérieux, a tout simplement éliminé Marine Le Pen des candidats. Excusez du peu ! La candidate du Front national est créditée de 19/20% dans tous les sondages. En la faisant sortir du jeu (sous prétexte qu’elle déclare avoir des difficultés pour obtenir ses 500 signatures qu’elle aura) on chamboule tout.
L’Ifop –pourquoi se gêner ?- a d’ailleurs aussi éliminé du choix des électeurs Dominique de Villepin, Hervé Morin, Christine Boutin, Corinne Lepage et Frédéric Nihous sous prétexte qu’ils ne dépassaient pas les 2%. Mais à eux cinq ils obtiennent tout de même au total quelque chose comme 7 à 8% de voix, toutes plus ou moins de droite.
En ne tenant pas compte de 26 à 28% des intentions de vote, l’Ifop peut créditer Sarkozy de 33%. On se demande pourquoi l’Ifop n’a pas aussi éliminé Hollande de la compétition. Le score de Sarkozy aurait été meilleur encore.
Nous plaisantions l’autre jour sur les faux ouvriers qui avaient acclamé Sarkozy sur un chantier de l’Essonne. Ils en sont maintenant à nous sortir de faux sondages.

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