Nous nous demandions, l’autre jour, si Nicolas Sarkozy ne souhaitait pas secrètement être battu pour pouvoir enfin s’adonner à tous les plaisirs, tant il paraissait multiplier les provocations puisqu’après avoir annoncé une augmentation des impôts avec, entre autres, sa TVA pseudo « sociale », il s’affichait ostensiblement avec Angela Merkel pour mieux souligner son alignement sans pudeur derrière une chancelière devenue garde-chiourme de l’Europe.
Puis, nous en étions arrivés à nous demander si, pour mieux faire fuir les électeurs, Sarkozy n’allait pas ressortir les vieux thèmes qu’il avait déjà brandis par le passé, notamment lors du fameux discours de Grenoble, en partant en « croisade » contre les chômeurs, les étrangers, les homosexuels et même les agonisants.
Eh bien, avouons-le, nous ne pensions pas que le président sortant suivrait à ce point nos conseils pour se faire battre. Il ne s’est peut-être pas encore déclaré officiellement candidat mais, cette fois, il semble proclamer haut et fort qu’il entend être balayé, liquidé, écrabouillé.
Non seulement il part en croisade mais, en plus, il joue… les kamikazes.
Dans une longue interview qu’il a accordée au Figaro Magazine et qui paraitra demain, il se présente en caricature de lui-même. Plus inconséquent, tu meurs. Plus réac, tu meurs aussi.
Il ne s’attaque plus seulement aux « faux » chômeurs, il s’en prend maintenant aux chômeurs « passifs » comme s’il ne comprenait pas qu’un chômeur qui n’est pas « passif » est… « actif » et donc qu’il n’est plus… chômeur. Il ne s’attaque plus seulement aux immigrés « clandestins », il veut réformer toutes les modalités d’immigration.
Où il devient totalement incohérent c’est qu’il souhaite présenter sur ces deux thèmes deux référendums aux Français. Or, tous les Français se souviennent parfaitement que ce même Sarkozy s’était « assis » sur le « non » qu’ils avaient répondu lors du référendum sur la Constitution européenne. Comment croire alors à deux référendums proposés par un chef d’Etat qui n’a tenu aucun compte d’un référendum précédent et qui n’a d’ailleurs jamais osé organiser le moindre référendum sur quoi que ce soit au cours de son quinquennat alors pourtant que les sujets ne manquaient pas, à commencer par la réforme des retraites. ?
Ajoutons qu’on voit mal les deux questions (simples) qui pourraient être proposées lors de ces deux référendums. Une réforme du système d’aides aux chômeurs étant tout aussi compliquée qu’une réforme de l’immigration.
Et pour faire bonne mesure, après s’en être pris aux chômeurs et aux étrangers et au cas où des électeurs du Front National hésiteraient encore à la rejoindre, Sarkozy tient à préciser dans cette même interview qu’il ne veut ni du mariage des homosexuels ni de l’euthanasie.
Il est évident que notre système de protection sociale est à revoir, qu’aucune solution satisfaisante n’a encore été trouvée pour répondre au problème de l’immigration, qu’on peut parfaitement être hostile au mariage des homosexuels et à l’euthanasie mais 1) Sarkozy est au pouvoir depuis près de cinq ans et il est donc bien tard pour nous raconter qu’il est capable de s’attaquer à ces problèmes et 2) aucun de ces problèmes –ni la « passivité » des chômeurs, ni le laxisme de notre politique d’immigration, ni les homosexuels, ni même l’euthanasie- n’est réellement au cœur des préoccupations, des angoisses des Français qui sont aujourd’hui confrontés, pour beaucoup, à un problème de survie économique.
On nous dit que pour tenter de remonter sur son cheval et rattraper le retard considérable qu’il a sur Hollande (9 points au premier tour, 25% contre 34%, et 20 points au second, 40% contre 60%) Sarkozy espère récupérer des voix de Marine Le Pen, actuellement créditée de 20%.
Mais il ne comprend pas qu’en se « droitisant » ainsi à outrance, il fait évidemment le jeu de Hollande et accessoirement de François Bayrou. Pour chaque voix qu’il gagne (peut-être) à l’extrême-droite, il en perd au moins deux au centre et à droite.
Les croisades ont rarement réussi mais les kamikazes y ont tous laissé leur peau et ont, en plus, perdu la guerre.

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