Nicolas Sarkozy va nous annoncer la semaine prochaine qu’il est candidat. Il veut, parait-il, « jouer sur l’effet de surprise » et « provoquer un choc dans l’opinion ».
Pour ce qui est de « l’effet de surprise », ce sera raté. On imagine mal un seul électeur français, à part peut-être un amérindien perdu au fin fond de la jungle guyanaise, être stupéfait en apprenant, soudain, que le président sortant souhaite remettre ça. Sarkozy est en campagne depuis cinq ans, zigzagant, au gré des sondages, entre ouverture à gauche et appels du pied vers l’extrême-droite. Et même s’il nous a affirmé à plusieurs reprises qu’il aimerait « faire autre chose », et notamment gagner encore plus de « fric » pour connaitre « la dolce vita », personne n’a jamais cru un seul instant qu’après ce quinquennat calamiteux il aurait la sagesse d’aller pantoufler au Conseil constitutionnel ou dans quelques conseils d’administration. Le secret de sa candidature n’a jamais été qu’un secret de polichinelle.
Ce qui va sans doute être plus réussi c’est « le choc dans l’opinion ».
Il n’y a aucun doute qu’en découvrant les grandes lignes de son programme dans la Figaro Magazine de ce matin, bien des Français de droite (ceux de gauche ne lisent pas la Figaro Magazine) ont dû être sous le choc pour ne pas dire carrément choqués.
Alors que la situation du pays exigerait l’union nationale, le rassemblement du peuple français (comme aurait dit de Gaulle) afin que chacun accepte les efforts nécessaires pour un éventuel sursaut, Sarkozy préfère sonner la charge contre les chômeurs, les immigrés et les homosexuels comme un vulgaire nervi d’extrême-droite qui veut « casser du fainéant, du nègre et du pédé ».
Personne ne conteste que, vu la crise et certains excès, il faille revoir, à minima, notre système de protection sociale, soi-disant le meilleur du monde, et notre politique d’immigration, l’une des plus laxistes de la planète. Le problème des homosexuels, si problème il y a, n’étant vraiment pas au cœur des préoccupations des Français.
Mais même à droite, on pense généralement, et à juste titre, que ce ne sont pas les chômeurs qui sont les premiers responsables du chômage et que l’immigration est désormais un problème qui ne peut se résoudre qu’à l’échelle européenne pour ne pas dire mondiale.
Personne n’est d’ailleurs dupe. En lançant en l’air l’idée de ces deux référendums (qu’il serait bien incapable d’organiser, car quelles questions poser sur de tels sujets si compliqués ?) Sarkozy n’a pas l’ambition de régler la question du chômage ou celle de l’immigration. Il veut simplement et comme il en a l’habitude, « faire un coup » et cette fois pour essayer de récupérer l’électorat du Front National en se déguisant en grand méchant loup.
Son rêve serait évidemment que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter, faute des fameuses 500 signatures. Mais, au cas où elle serait candidate, il se dit qu’en prônant le vote utile contre François Hollande et en se « droitisant » à l’excès il pourrait mordre sérieusement sur cet électorat d’extrême-droite au premier tour et le récupérer en grande partie au second avec un score digne de celui de Chirac en 2002.
Sarkozy fait là une double erreur. D’abord, dans leur très grande majorité, les 20% d’électeurs qui s’apprêtent à voter Marine Le Pen le détestent plus que tout. Ce sont eux les plus antisarkozistes de l’antisarkozisme primaire. Aussi bien ceux qui, déjà sympathisants du Front National, avaient voté pour lui en 2007 et qui estiment qu’il les a totalement trahis que les nouveaux venus qui ont rejoint cette extrême-droite par dégoût de l’UMP ou même du PS. Que Marine Le Pen soit ou ne soit pas candidate, jamais le gros de ses troupes ne se résoudra à voter Sarkozy. Plutôt Bayrou, plutôt même Hollande. En tous les cas, T.S.S., Tout Sauf Sarkozy
Ensuite, la seconde erreur est plus grave encore. En adoptant le populisme des pires bistrots, Sarkozy scandalise la France profonde qui, malgré ses coups de gueule, est viscéralement attachée à « l’exception française » qui veut qu’on soit « solidaire » (même si le mot fait rigoler) avec les plus faibles et a fortiori en période de crise. Et d’autant plus que la plupart des Français bénéficie, d’une manière ou d’une autre, de cette exception nationale.
Sarkozy semble d’ailleurs oublier que les 4 millions de chômeurs dont il veut contester les « droits » sont aussi des électeurs. Sans parler de tous ceux qui redoutent de basculer à leur tour dans le chômage.
Certains conseillers du président sortant lui ont fait remarquer que l’Europe, à commencer par la Hongrie de ses ancêtres, s’était mise à l’heure du populisme de droite. En jouant cette carte, Sarkozy fait un pari risqué. Il est vrai qu’il n’a plus beaucoup de cartes en main.

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