Il parait que « La Vache qui rit » ou le « Nutella », quand on y a goûté on ne peut plus s’en passer. Eh bien, le beau bureau à boiseries dorées et la voiture à cocarde, c’est la même chose. Quand on a été ministre on est prêt à toutes les bassesses, à toutes les compromissions, à toutes les trahisons pour le redevenir.
Après Christine Boutin et Hervé Morin, voici que Claude Allègre annonce qu’il se rallie à Nicolas Sarkozy. La présidente du micro-parti Chrétien démocrate et le patron du Nouveau centre oscillaient entre 0 et 1% dans les intentions de vote. Allègre qui n’était pas candidat doit être, allègrement, en dessous de zéro dans l’opinion des Français.
Depuis l’époque où, ministre de l’Education de son ami Jospin, il voulait « dégraisser le mammouth » dont il avait la charge, il tente de réapparaitre régulièrement en affirmant que le monde scientifique (qui le méprise souverainement) n’est qu’un ramassis de jean-foutres et qu’il est le seul à détenir la vérité. Cette fois, il remontre le bout de son groin et tente de faire parler de lui, lui le vieux socialiste, en flinguant François Hollande et en faisant l’éloge de Sarkozy. Il a donc droit à quelques lignes, souvent ironiques, dans la presse du dimanche. Naturellement, tout le monde s’en fout.
Mais ce qui est amusant –et pourrait donner la nausée- c’est de voir ces troisièmes ou quatrièmes couteaux de notre faune politicarde battre soudain de nouveau la semelle devant la porte de l’Elysée et faire le beau comme de petits caniches devant le candidat Sarkozy, avec l’espoir d’avoir un su-sucre en forme de maroquin au cas où un « miracle » se produirait.
Certains diront qu’ils ont le « courage » de rallier un candidat que tous les experts (qui se sont souvent trompés) donnent battu à coup sûr. Mais ils n’avaient pas choix. Ils savaient parfaitement que le grand favori ne voulait pas d’eux. Ils ne pouvaient donc jouer que la mauvaise carte en priant Dieu (pour Boutin si ce n’est pour les deux autres) que les cartes seraient redistribuées.
Boutin, Morin et Allègre ont-ils la moindre chance d’avoir leur plat de lentilles et ont-ils raison de grimper sur le rafiot à la dérive ?
Soixante jours, c’est une éternité. Sarkozy va sortir la très grosse artillerie. Il en a les moyens.
Comme, j’imagine, beaucoup d’internautes, je reçois depuis deux jours, parmi mes mails, des messages « personnels » et particulièrement amicaux signés « Nicolas Sarkozy. Communication. La France forte.fr ». Le président-candidat m’y affirme qu’il veut « aller à (ma) rencontre pour écouter, échanger, proposer ». Il m’interroge même carrément et on sent alors qu’il est un peu à court d’idées : « Qu’allons-nous faire pour la France en cette période faite de risques et de difficultés mais aussi d’opportunités et d’espoir ? » Et, sans attendre ma réponse, il m’assure de sa « fidélité » et de son « amitié ».
J’avoue que je ne savais pas que ce « fidèle ami » avait mon adresse mail, que je suis ravi d’apprendre qu’il veuille (enfin) m’écouter mais que je m’étonne tout de même un peu qu’il ne sache pas quoi « faire pour la France en cette période faite de risques ». Cela dit, la vraie question est de savoir combien de centaines de milliers d’électeurs français reçoivent désormais ce genre de mails sur leur site. Le matraquage a bel et bien commencé.
Sera-t-il suffisant pour faire oublier les cinq années écoulées, rattraper le retard encore considérable et donner une petite chance à Boutin, Morin et Allègre de récupérer une voiture à cocarde ?
Sarkozy sait que 45% des Français ne voteront jamais pour un candidat de gauche. Hollande pense que 55% de ces mêmes Français ne voteront plus jamais pour Sarkozy. Reste qu’on peut ne pas vouloir voter à gauche sans pour autant vouloir réélire Sarkozy, tout comme on peut ne plus vouloir de Sarkozy va pour autant vouloir voter Hollande.
Le principe de la campagne va donc être, pour l’un comme pour l’autre, moins de séduire des électeurs pour les attirer dans son camp que de détourner les électeurs du camp d’en face, quitte à ce qu’ils se réfugient dans l’abstention. Inlassablement, Sarkozy va tenter de démontrer que le programme de Hollande n’est qu’un tissu de promesses mensongères, Hollande va tout aussi inlassablement rappeler que le bilan de Sarkozy n’est qu’un fiasco. A ce petit jeu du « l’autre est encore plus nul que moi », tout devient possible
Bref, on comprend que des Boutin, Morin et autres Allègre n’ayant plus rien à perdre parient sur l’outsider qui pourrait redevenir le challenger.

Mots-clefs : , ,