Il est intéressant d’observer à la loupe les slogans qu’ont choisis tous nos candidats pour cette élection présidentielle. On veut croire, en effet, qu’ils ont longuement, les uns et les autres, réfléchi et hésité avant de décider des trois mots que leur présentaient leurs conseillers et qui, en principe, vont marquer toute leur campagne.
Quatre d’entre eux –et c’est plutôt une bonne nouvelle- ont pris le mot France. Sarkozy : « La France forte », Marine Le Pen : « La voix du peuple, l’esprit de la France », Villepin : « Aimons la France », Dupont-Aignan : « Pour une France libre ». On est content que plusieurs de ceux qui souhaitent devenir président de la République se soucient ainsi de la France.
On veut d’ailleurs croire qu’il arrive aussi aux autres d’y penser quand ils évoquent l’union nationale (Bayrou : « Un pays uni, rien ne lui résiste »), la justice (Eva Joly : « Le vote juste »), la confiance (Corinne Lepage : « Les Français en confiance »), voire même la révolution comme Mélenchon (« Prenez le pouvoir ! »), Nathalie Arthaud (« Une candidate communiste ») ou Poutou (« Aux capitalistes de payer leur crise »).
A première vue, ils semblent donc tous d’accord avec Hollande qui proclame, lui, « Le changement c’est maintenant » et le premier à applaudir ce slogan du candidat socialiste doit, évidemment, être Sarkozy lui-même puisqu’il réclame « une France forte » ce qui suppose, évidement, de tout changer le plus vite possible.
Cela dit, ce qui est embêtant c’est que, mis à part Arthaud qui n’a pas dû lire les journaux depuis quelques décennies et qui pense qu’on peut encore, aujourd’hui, se vanter d’être « communiste » et Poutou qui, lui, a mal compris les dernières déclarations de Hollande et qui croit sans doute lui faire plaisir en s’attaquant aux « capitalistes », on voit mal ce qui pourrait bien séparer tous ces candidats.
Nous sommes tous d’accord pour que la France que nous « aimons » « change », pour qu’elle redevienne « forte », « libre », « unie », « juste », « confiante » et qu’elle retrouve son « esprit » et ce tout simplement parce que le peuple aura pris « le pouvoir » ce qui est le principe même des élections.
Malheureusement, les slogans sont comme les publicités, les réclames d’autrefois. On raconte n’importe quoi pour attirer le chaland. Chacun lave plus blanc que l’autre. Pour s’en tenir aux deux favoris du jour, s’ils n’avaient pas voulu nous tromper sur la marchandise, l’un aurait dû nous dire : « Avec moi, ce sera Martine Aubry à Matignon » et l’autre : « Avec moi, on continue comme avant ».
Mais celui qui rêve d’en revenir à 1981 ou à 1997 préfère nous vendre du « changement » et celui qui a plombé la France nous fait miroiter « une France forte ».
La publicité c’est l’art de vendre des vessies pour des lanternes, du lard pour du cochon, de la chèvre pour du chou.

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