Que l’on ait de la sympathie (ou de l’antipathie) pour Dominique de Villepin, on ne peut tout de même que s’étonner de le voir plafonner, depuis des semaines, à 1 ou 2% dans tous les sondages.
La situation du pays empire de mois en mois. Le chômage continue à augmenter inexorablement, la dette aussi, le déséquilibre de notre balance commerciale aussi, l’inflation des prix des produits de première nécessité (et des autres) aussi. Le moral des Français est au plus bas. Sans parler de celui des Réunionnais.
Sur le plan international, rien ne va plus. On a beau nous raconter régulièrement qu’à Bruxelles « ils » viennent de trouver un énième plan de sauvetage pour la Grèce, tout le monde sait qu’Athènes est en faillite, les Grecs au bord de l’insurrection générale et l’euro plus ou moins condamné à brève échéance. Ailleurs, ça ne va pas mieux. Ca pourrait bien se gâter au Proche-Orient, ça se gâte dans tous les pays du « printemps arabe » et la situation au Sénégal risque bien de dégénérer dès dimanche soir.
Or, devant ce champ de bataille, nous avons, pour l’instant, le choix entre un Sarkozy qui ne veut plus retourner au Fouquet’s et qui promet de donner la parole au peuple et un Hollande qui déclare la guerre au « monde de la finance » et qui annonce qu’il va embaucher des dizaines de milliers de fonctionnaires.
Tous les électeurs savent parfaitement que Sarkozy ne va pas se fâcher avec ses copains du CAC40 et qu’il ne procédera jamais à ses référendums bidons et que Hollande sera, comme tout le monde, obligé de s’incliner devant « les puissances de l’argent » (dont il aura besoin) et qu’il sera totalement incapable de recruter 60.000 enseignants supplémentaires.
En fait, aujourd’hui, les Français se résignent, faute de mieux, « à reprendre du Sarkozy pour cinq ans » ou, faute de grive, à « essayer Hollande, le moins pire ».
Personne ne croit ni en Marine Le Pen qui tire toujours le boulet de son père et de ses dérapages ce qui la rend à jamais inéligible, ni en Bayrou qui fait diablement démodé et ne suscite, encore moins que par le passé, aucun enthousiasme. Seul Mélenchon, provocateur et bon orateur, semble attirer « les indignés », les révoltés et tous les damnés du pays, ce qui lui permettra d’obtenir une petite part du gâteau en cas de victoire de Hollande.
Et Villepin ? Toujours rien. Les forfaits de Borloo, Boutin, Morin, Nious ne lui ont pas rapporté 0,1%.
Or, même ceux qui ne supportent pas son allure hautaine, sa chevelure argentée et qui lui reprochent toujours la dissolution de 1997 et le CPE reconnaissent qu’il a de l’envergure, une belle conception (gaulliste, voire gaullienne) de la France et de l’Etat et que son programme est pour le moins audacieux avec notamment dix ministres, pas plus, huit régions, pas plus, et un « revenu citoyen » qui responsabiliserait les « assistés ». Mais ça ne passe pas.
Il est vrai que la « grande » presse l’ignore quand elle ne le méprise pas, qu’il est bien solitaire puisqu’il veut prendre des hommes « de qualité » à droite et à gauche et qu’au lieu de promettre à tout-va des appels au peuple et des embauches à profusion il annonce des jours difficiles, des efforts et des sacrifices, en osant même aller jusqu’à affirmer que le monde a changé et que plus rien ne sera comme avant.
C’est sans doute cela que les Français ne lui pardonnent pas. Avec Sarkozy ou Hollande, on sait à quoi s’en tenir. On a déjà donné. Une agonie programmée pour laquelle les soins palliatifs seront à peine différents. En brandissant, au milieu de son désert, l’étendard du gaullisme social, Villepin voudrait qu’on fasse table rase du passé et qu’on reconstruise un Etat pour ressusciter la France. Un doux rêveur ? Non, un dangereux révolutionnaire. Il y a un moment où les grands malades ne souhaitent plus être opérés à chaud. Ils préfèrent s’endormir à jamais.
Ce qui est inquiétant ce ne sont pas les malheurs de Villepin c’est que dans ce pays en crise, comme il ne l’a jamais été, personne ne veuille plus entendre parler du gaullisme. On ne veut même plus rêver d’un sursaut. La morphine plutôt que le chirurgien.
On va encore me reprocher « un petit penchant » pour Villepin. Tant pis. Je vous laisse les autres. Et vous verrez qu’en 2017 vous me donnerez raison…

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