Tout le monde se réjouit, bien sûr, qu’une solution (temporaire) ait été trouvée pour prolonger la survie de la raffinerie Pétroplus de Petit-Couronne. Nicolas Sarkozy, en personne, vient d’annoncer aux salariés de l’entreprise que, grâce à un accord qu’il a arraché à Shell, la raffinerie allait été remise en état de marche et fonctionner pendant au moins six mois. Tant mieux et bravo.
Après le sauvetage, in extremis, de l’usine Lejaby d’Yssingeaux et celui, tout aussi in extrémis, de l’usine Photowatt de Bourgoin-Jallieu, c’est le troisième « miracle » réussi en moins de quinze jours par ce candidat. Vivement qu’il arrive au pouvoir ! Cela nous changera du ringard sortant qui, en cinq ans, a augmenté de plus d’un million le nombre des chômeurs et a laissé des milliers d’entreprises fermer ou se délocaliser.
Ce qui est gênant c’est qu’on nous dit que ce candidat qui fait des miracles est le même que ce sortant qui a considérablement accéléré la désindustrialisation du pays. Alors on ne comprend plus très bien.
Pourquoi pendant ces cinq ans « le président » Sarkozy n’a-t-il pas fait jouer le carnet d’adresses dont se sert aujourd’hui « le candidat » Sarkozy ? Il aurait très bien pu, de l’Elysée, appeler son ami Arnault et lui demander de faire racheter par ses sous-traitants un bon nombre de petites entreprises au bord de la faillite, donner ordre à EDF de renflouer des usines en perdition, téléphoner aux grands patrons de la pétrochimie et leur intimer l’ordre de sauver nos raffineries en difficulté.
Pourquoi diable a-t-il fallu qu’il attende non seulement la fin de son quinquennat mais surtout le début de sa campagne électorale pour se mettre au travail ?
Au fond, le grand tort des salariés d’Arcelor-Mittal ou de Continental ou des centaines de milliers d’autres chômeurs qui ont perdu leur emploi ces dernières années c’est de s’être retrouvés sur le carreau… beaucoup trop tôt. Quand on perd son travail, il faut le perdre en période électorale. Sinon, ça n’intéresse personne. Ce n’est que deux mois avant le scrutin de la présidentielle que les candidats s’aperçoivent que les chômeurs sont aussi des électeurs.
Sarkozy va-t-il regagner quelques points en sortant la tête de l’eau de ces quelques centaines de malheureux et en se présentant soudain en sauveur de notre économie et de nos usines ? Les Français vont-ils être dupes de ces coups médiatiques en cascade ? On peut en douter.
Les métamorphoses sont toujours difficiles à réussir. En cinq ans, le président du « travailler plus pour gagner plus » et du « pouvoir d’achat » est devenu celui du chômage et de la paupérisation des classes moyennes. Va-t-il pouvoir, en moins de soixante jours, et même en nous ressortant Rachida Dati ( !!), devenir celui de la ré-industrialisation, du travail et de « la France forte » ?
Il y a presque quelque chose de déplaisant dans ces trois « miracles ». Certes, il sauve quelques emplois (pour combien de temps et à quelles conditions ?) mais surtout on a l’impression qu’il se fout des Français…

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