Quand on veut faire à tout prix de la provocation, qu’on est d’un naturel gaffeur et qu’on n’a aucun sens politique, on a rapidement l’air d’un gros plouc et cette réputation vous colle à la peau, même quand, pour une fois et par hasard, vous énoncez une vérité.
Claude Guéant, « la brute de service » de la sarkozie, a parfaitement remplacé son prédécesseur au ministère de l’Intérieur, l’inénarrable Brice Hortefeux, dans ce rôle du gros plouc. Avec ses allures de petit fonctionnaire complexé, il multiplie les moulinets de sa matraque de CRS et piétine de ses chaussures cloutées les règles les plus élémentaires de la démocratie. Courant désespérément après les voix de l’extrême-droite, il fait perdre 0,5% des voix à son maître chaque fois qu’il ouvre la bouche. Mais il faut bien dire que, pour une fois, il n’a pas eu totalement tort.
Hier, le ministre de l’Intérieur participait à un colloque organisé par l’UNI, un groupuscule plus ou moins d’extrême-droite, plus ou moins proche de la droite la plus extrême de l’UMP. Et au cours de son intervention, il a déclaré : « Contrairement à ce que dit l’idéologie de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ».
Certes, le ministre a eu tort d’aller à une réunion de l’UNI. Certes, il a eu tort d’utiliser le mot « civilisation ». Ce n’est pas au personnel politique de juger des « civilisations » et la fameuse « pensée unique » d’aujourd’hui nous impose, avec son « politiquement correct », de considérer toutes les civilisations et toutes les cultures comme équivalentes et comme ayant toutes « apporté leurs richesses au patrimoine de l’humanité ». Sous peine d’être trainé dans la boue, on doit désormais dire que la « civilisation » des pygmées de la jungle congolaise ou celle des anthropophages de Nouvelle-Guinée-Papouasie sont au moins aussi enrichissantes que celle de Descartes, des Encyclopédistes, de Mozart ou de Beethoven. Guéant aurait dû parler de « système » ou de « régime » et non pas de « civilisation ».
Mais, mis à part le contexte et cette petite confusion des mots, il n’y a, sur le fond, pour une fois, rien à reprocher à Guéant. Personne, dans une démocratie adepte de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, ne peut accuser un ministre de la République de préférer notre système à celui des théocraties, des dictatures ou des monarchies féodales où l’on ignore les règles les plus élémentaires de la démocratie, où l’on lapide les femmes, où l’on ampute les voleurs, où l’on interdit aux filles l’accès à l’école et où l’on massacre les minorités religieuses ou ethniques.
Harlem Désir, numéro 2 du PS, a immédiatement accusé Guéant d’être « le ministre d’une majorité en perdition électorale et morale réduit à la provocation pitoyable pour rebattre les voix du FN ». Le Mouvement des Jeunes Socialistes a accusé Guéant de « s’enfermer dans un discours xénophobe et raciste » et de se ranger « dans la catégorie de ceux qui différencient et hiérarchisent les hommes, permettant le basculement vers un véritable racisme culturel ». Et Cécile Duflot, la patronne d’Europe-Ecologie-Les-Verts, a accusé Guéant de faire « un retour en arrière abject de trois siècles ».
On apprend donc que les socialistes et les écolos préfèrent les ayatollahs d’Iran, les Talibans d’Afghanistan, les potentats d’Arabie saoudite, les Islamistes de Libye, de Tunisie, du Nigéria ou d’ailleurs à notre bonne vieille démocratie et qu’ils considèrent que défendre la liberté, l’égalité et la fraternité c’est être xénophobe, raciste et prôner un retour en arrière de trois siècles.
Certains se demandent parfois pourquoi la gauche a perdu autant de terrain dans les couches populaires. La réponse est simple : le peuple ne supporte plus les modes de Saint-Germain-des-Prés, de la repentance à l’autoflagellation, en passant par le dénigrement systématique de notre civilisation. Le peuple préfère toujours Voltaire, le progrès, les Droits de l’homme aux cannibales et aux fanatiques qui voudraient en revenir aux mœurs de l’Arabie à l’époque du Prophète.
Il y a mille raisons de s’en prendre à Guéant. Mais, pour une fois qu’il défendait la démocratie, la gauche aurait mieux fait de se taire. Elle se déconsidère totalement et on en est réduit à défendre l’indéfendable « premier flic de France ». Un comble !

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