Un ministre de l’Intérieur de la République a-t-il le droit de traiter de « nazi » un parti politique qui a pignon sur rue, un certain nombre d’élus locaux et qui représente entre 15 et 20% de l’opinion ? Evidemment, oui. Mais à deux conditions seulement.
Il faut que ce ministre de l’Intérieur présente des preuves incontestables que ce parti souhaite réellement instaurer une dictature absolue dans le pays, basée sur la race, qu’il veuille dominer l’Europe par son idéologie et qu’il ait l’intention d’ouvrir des camps de travail, de concentration et d’extermination pour supprimer la race juive.
Il faut aussi que ce ministre de l’Intérieur annonce, par la même occasion, que ce parti « nazi » est désormais interdit en France.
Or, hier, sur Radio J, Claude Guéant a accusé le Front National d’être un parti nazi sans apporter d’autre preuve qu’une évocation de Brasillach faite par Jean-Marie Le Pen et, pire encore, il n’a pas annoncé que le décret interdisant le Front National allait être publié dans le Journal Officiel de demain matin.
Même si le ministre de l’Intérieur, chargé, par fonction, d’assurer le bon fonctionnement de toutes nos élections, n’est pas le mieux placé pour participer activement à la campagne électorale d’un des candidats, il a parfaitement le droit de contester le programme de Marine Le Pen, son irréalisme, son populisme, sa démagogie.
Il lui est évidemment plus difficile d’attaquer Marine Le Pen sur les aspects souvent xénophobes de son programme puisqu’il est l’un des porte-flingues du candidat qui s’est lui-même illustré dans la chasse aux racailles, à coups de Karcher, la chasse aux Français de « fraîche date » et la chasse aux Roms.
Mais il est tout à fait inadmissible, même pour complaire aux auditeurs de Radio J, qu’un ministre de la République traite de « nazi » un parti politique autorisé sur le territoire et même s’il est d’extrême-droite. On peut reprocher à Jean-Marie Le Pen et à sa fille beaucoup de choses sans en faire pour autant les successeurs directs d’Hitler et de Goebbels.
Guéant qui n’en est pas à sa première connerie, loin de là, dira qu’il n’a pas accusé le Front National d’être « nazi » mais qu’il s’est contenté de dire que c’était un parti « à la fois nationaliste et socialiste ». Ou Guéant est totalement inculte et il ignore que le mot « nazi » est l’abréviation de « Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei » ce qui signifie, dans la langue de Goethe, « parti nationaliste socialiste allemand » ou il nous prend pour des imbéciles.
Dans un cas comme dans l’autre, il n’a plus sa place –si tant est qu’il l’ait jamais eue- place Beauvau.
Cette campagne présidentielle a mal commencé avec des protagonistes se traitant de « sale mec » et de « menteur ». Elle se met à dégénérer dangereusement. Même Guaino commence à perdre ses nerfs. Mais si maintenant ils en arrivent à se traiter de nazis, de cocos, de fascistes et bolchéviques, ça va très mal finir.
Une chose est sûre, ce n’est pas la peine d’être un nazi pour avoir envie d’être débarrassé au plus tôt et à tout jamais de personnages comme Guéant qui font honte à la République.

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