Il parait que Jean-Louis Borloo va être nommé PDG de Veolia, l’énorme groupe français (350.000 salariés) spécialisé dans le traitement de l’eau et des déchets et les transports. Le grand concurrent de GDF-Suez.
On s’était demandé l’année dernière pourquoi Borloo avait soudain abandonné toutes ses ambitions élyséennes et était rentré dans le rang pour ne pas dire l’anonymat.
On se souvient. Pendant tout l’été, Sarkozy lui avait fait croire qu’il allait le nommer Premier ministre. En même temps, l’Elysée nous annonçait un grand « virage à gauche » ou du moins un « virage social » pour préparer –déjà- la présidentielle de 2012. Les Français n’y avaient pas cru un seul instant. Mais Borloo avait été assez naïf pour constituer, plus ou moins secrètement, son futur gouvernement. Finalement, Sarkozy avait, naturellement, préféré garder à Matignon Fillon, plus soumis, plus respectueux, avalant plus consciencieusement toutes les couleuvres, plutôt que de se lancer dans l’aventure avec ce « zozo » (le mot était de Fillon), original et radicalo-écolo.
Vexé comme un pou, Borloo avait démissionné de son poste de ministre d’Etat chargé de l’Environnement (et de plein d’autres choses), et, en claquant très fort la porte, il avait annoncé à la terre entière qu’il allait être sans pitié avec Sarkozy, reprendre en main le parti radical, créer un vrai centre et qu’on allait voir ce qu’on allait voir.
Tout le monde était donc persuadé que « le zozo de Valenciennes » allait se lancer dans la course à l’Elysée et cette candidature centriste n’était pas aussi ridicule qu’on aurait pu le croire, entre un Sarkozy de plus en plus à droite et rejeté par l’opinion et un parti socialiste totalement désemparé après l’affaire de DSK au Sofitel.
Le radicalisme à la sauce franc-maçonne représente encore dans nos provinces profondes de notables une vraie force politique traditionnelle à laquelle le côté « prolo » et le fumet écolo de Borloo pouvaient ajouter un certain poids. Les sondages lui donnaient alors, au mieux, dans les 12/14% d’intentions de vote. C’est-à-dire plus qu’il n’en fallait pour éliminer Sarkozy.
Et puis, un beau matin, sans avoir même prévenu les quelques demi-pointures qui l’avaient rejoint (comme Rama Yade, par exemple), il avait jeté l’éponge avant même d’être monté sur le ring. On s’était aussitôt demandé quel était le plat de lentilles que lui avait promis Sarkozy pour qu’après avoir avalé son chapeau, il remette ainsi son drapeau dans sa poche. Borloo semblait, cette fois, avoir bu son litron jusqu’à la lie.
Eh bien, on sait. Sarkozy lui avait promis un superbe nonos, un merveilleux fromage, Veolia.
Mais ce qui est le plus intéressant dans cette affaire (qui risque de faire à la fois du bruit et mauvais genre en pleine campagne présidentielle) c’est que les braves gens, c’est-à-dire les électeurs, vont par la même occasion découvrir les us et coutumes du pouvoir d’aujourd’hui et donc les liens pour le moins équivoques, entre l’Elysée et les « grandes boites » du CAC40.
Au cœur de tout, un personnage-clé de la sarkozie, du premier premier rang du premier premier cercle : Henri Proglio, ancien patron de Veolia dont Sarkozy a fait le patron d’EDF.
On a tout dit et souvent n’importe quoi de Proglio : qu’il était un génie, qu’il était franc-maçon et même qu’il était le père de l’enfant de Rachida Dati. Ce qui est sûr c’est que, contrairement à la réputation qu’il s’est savamment façonnée, il n’est pas un génie.
Après avoir tenté de cumuler les postes de patron de Veolia et d’EDF (ces gens-là n’en ont jamais assez) ce qui avait provoqué un premier mini-scandale, il a dû céder sa place à Veolia à son numéro 2, Antoine Frérot. Et c’est alors seulement qu’on s’est aperçu que le « brillantissime » Proglio n’avait pas fait la fortune de Veolia mais qu’il avait conduit son groupe au bord de la catastrophe en multipliant des achats totalement inconsidérés. Et le malheureux Frérot a bien dû le constater et le laisser entendre avant d’essayer de sortir Veolia du gouffre, en commençant par vendre la filière transports.
Furieux comme seuls savent l’être les mégalomanes, Proglio a donc décidé d’avoir la peau du successeur qu’il s’était lui-même choisi et qui détruisait son mythe en étant obligé de révéler ses innombrables erreurs de gestion.
Veolia a beau être une entreprise « privée », il va sans dire que l’aide de l’Elysée est nécessaire pour obtenir la tête du patron. Mais Sarkozy qui avait déjà offert la tête d’Anne Lauvergeon, patronne d’Areva, à Proglio ne pouvait rien refuser à son ami Henri, lequel venait d’ailleurs de lui faire un petit plaisir en faisant racheter par EDF Photowatt, ce qui avait permis au président-candidat de pouvoir affirmer qu’après avoir sauvé Lejaby (grâce à son ami Arnault), il sauvait aussi Photowatt.
En faisant sauter Frérot, Proglio assouvit sa haine, en casant Borloo, Sarkozy s’offre un ralliement indéfectible…
C’était comment à la cour des Borgia ? Et à celle du roi Pétaud ? Et à celle du roi Ubu ?
Naturellement, tout le monde dément tout cela, Borloo, Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, l’entourage de Proglio. Attendons la suite. On verra avant longtemps si le président-candidat préfère ses copains ou préfère éviter trois jours de turbulence médiatique en pleine campagne.

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