A l’occasion de la vague de froid qui envahit actuellement la France, on nous apprend, entre deux images de paysages recouverts de neige, qu’il y aurait aujourd’hui 130.000 SDF dans notre pays. Cela veut dire 130.000 hommes et femmes qui, la nuit, par -5° ou -10°, errent d’une bouche de métro à une porte cochère à la recherche d’un abri pour y installer leurs vieux cartons et tenter de s’endormir quelques instants.
C’est totalement inadmissible ! 130.000 personnes c’est énorme. C’est la population d’une grande ville. On est bien loin des clochards d’antan qui, leur bouteille de gros rouge à la main, allaient dormir sous les ponts. Aux hasards de la vie, ils avaient plus ou moins choisi leur destin. Aujourd’hui, ces Sans Domicile Fixe sont des jeunes et des moins jeunes qui n’ont pas choisi la rue mais qui y ont été jetés, rejetés comme les déchets d’une société sans pitié qui broie les plus faibles.
On connaît leur « parcours ». Peu ou pas de formation, de petits boulots, puis le chômage, la rupture du couple, l’expulsion du domicile, des chambres d’hôtel minables, puis la rue et forcément l’alcool. Des sociologues ont calculé : il faut moins d’un an à un type de 30 ans, heureux, marié, ayant un travail plus ou moins régulier, habitant un deux-pièces pour, une fois qu’il a perdu son emploi, se retrouver seul à la rue, sans un sou, sans un toit, sans le moindre espoir.
Ces 130.000 SDF sont l’ultime arrière-garde de notre société. Après le peloton des « précaires », après celui des « défavorisés », après celui des « exclus ». Ils sont les « éliminés » des « exclus ».
La France est le pays où l’on paie le plus d’impôts, on nous rebat les oreilles avec notre système de protection sociale, « le meilleur du monde », nous dit-on, on nous tanne avec le mot « solidarité » et nous laissons crever 130.000 êtres humains comme des chiens dans les rues de nos villes. Crever de froid, crever au sens le plus exact du mot.
Nicolas Sarkozy s’était engagé à ce que plus personne ne meure de froid dans les rues en France. Il n’a pas tenu parole. Il a fait augmenter le nombre des places d’hébergement, l’aide aux organisations charitables qui tentent d’aider ces malheureux. Mais cette « armée de gueux » dépasse les bonnes œuvres. Ce n’est pas avec quelques louches de soupe chaude, en ouvrant des gymnases et des stations de métro qu’on sortira ces misérables de leur enfer et qu’on empêchera que d’année en année ils soient rejoints par d’autres malheureux toujours plus nombreux.
On nous dit qu’ils sont « désocialisés ». Non. Ils sont la preuve évidente et insupportable que notre société est malade, mourante, qu’elle abandonne sur le bord de la route de plus en plus de gens, qu’elle piétine comme à plaisir les sans-grades en serinant que « ceux qui n’ont pas de chance n’ont pas de chance et que c’est la faute à pas de chance ».
Tous nos candidats à l’élection présidentielle nous parlent des déficits, de la dette, de l’euro, de l’Europe, du chômage. Pas un seul, jusqu’à présent, n’a osé évoquer « la misère » qui envahit le pays or c’est désormais ce mot qu’il faut utiliser, qui doit être mis au cœur de tous les programmes.
Avant de brandir le chiffre des 1.700 milliards de notre dette, ils feraient mieux d’avoir sous leurs yeux celui des 10 millions de Français mal logés, des 8 millions de Français qui vivent sous la ligne de pauvreté et de ces 130.000 SDF. C’est bien de penser à l’équilibre de nos comptes mais là il s’agit de non-assistance à personnes en danger de mort. Et qu’on ne nous accuse pas de faire du misérabilisme à bas prix !