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Attention, Ecole!

L’un promet d’embaucher 60.000 fonctionnaires de plus au ministère de l’Education Nationale, l’autre (qui a réduit leur nombre) veut faire travailler davantage les enseignants et les augmenter, en reprenant, avec une belle dose de culot, son fameux slogan : « travailler plus pour gagner plus ».
Même si, bien sûr, personne n’est dupe de ces promesses de campagne et de Gascon, on ne peut que se réjouir de voir le problème de l’Ecole brusquement au centre de la campagne présidentielle. Cela fait un demi-siècle que notre Ecole –qui fut l’une des plus brillantes du monde- est fatiguée, vieillie, malade, agonisante et se transforme inexorablement en usine à chômeurs.
Cela dit, dans leur surenchère démagogique, on peut se demander si les deux stars de notre course à l’Elysée ne pensent pas davantage au bon million d’électeurs que représente le corps enseignant plutôt qu’à l’avenir de nos enfants, c’est-à-dire du pays.
Tous les experts (sérieux) sont d’accord. Le problème de l’Ecole française n’est pas un problème de moyens. La France est l’un des pays qui dépensent le plus d’argent pour son Ecole et le ministère de l’Education Nationale est l’un des plus gros employeurs de la planète, après… l’armée chinoise.
Le seul vrai problème de l’Ecole en France est que nous ne savons plus à quoi elle sert. Pour les uns, il s’agit de transmettre un minimum de « connaissances » aux enfants pour en faire des adultes (c’est la vieille école), pour les autres, il s’agit d’éveiller leurs « compétences » pour en faire des citoyens (c’est la nouvelle école).
Personne n’ose dire qu’il faudrait, évidemment, préparer les jeunes à entrer de plain-pied dans la vie active avec « une formation » leur permettant de trouver un emploi et « une culture » leur permettant d’être heureux dans la société.
« L’Ecole n’est pas à la solde des patrons », affirment péremptoirement les syndicats d’enseignants à ceux, rares, qui osent rendre l’Ecole en partie responsable de notre taux de chômage et du déficit de notre balance du commerce extérieur. « Le travail de l’Ecole est d’enseigner, pas d’éduquer », rajoutent certains qui ignorent sans doute que c’est Léon Blum qui, en 1936, a transformé le ministère de « l’Enseignement » en ministère de « l’Education », après avoir constaté que la famille et l’Eglise avaient abandonné leur rôle éducatif.
En fait, ces querelles de chapelles qui s’entredéchirent rue de Grenelle depuis des décennies n’ont strictement aucun intérêt. Le drame français est que nous n’avons pas réussi ce que les experts appellent « la massification de l’Ecole ». En quelques décennies, le nombre des lycéens, des bacheliers et des étudiants a été multiplié par dix ou vingt. On pourrait s’en féliciter. Sauf que…, pendant le même temps, le nombre des emplois disponibles nécessitant une telle formation a à peine doublé. Notre école forme donc des bacheliers (à bas prix, en plus) qui vont se retrouver vendeurs dans des supermarchés et des Bac+3, 4, 5 (à la sauvette, en plus) qui finiront gratte-papiers dans une compagnie d’assurance.
Notre Ecole d’aujourd’hui continue à faire miroiter le rêve des parents français : avoir un enfant médecin, avocat, ingénieur ou professeur. Du coup, elle fait des ratés, des chômeurs forcément aigris.
Ce n’est pas aux enseignants qu’il faut demander ce que doit être l’Ecole, mais aux sociologues, aux économistes, aux entrepreneurs, à tous ceux qui peuvent imaginer ce que sera la France dans vingt ou trente ans et quels seront ses besoins en matière grise et en main d’œuvre. Une fois leurs prévisions établies –et on peut déjà facilement les supposer- il ne restera plus qu’à se débarrasser de tous nos faux débats qui ont pourri notre Ecole.
Oui, bien sûr, il faut donner à « l’enseignement technique et professionnel » la place essentielle qu’il mérite et ne plus en faire une voie de garage pour crétins. Oui, bien sûr, il faut réinstaurer « la sélection » à tous les niveaux car c’est une règle fondamentale de la vie. Oui, bien sûr, il faut imposer « des orientations » en fonction des capacités des élèves mais surtout en fonction des besoins du pays demain. Oui, bien sûr, il faut recréer un véritable « collège unique » car il faut que tous les jeunes aient un socle minimum de culture. Oui bien sûr, il faut qu’avant d’entrer au collège, les enfants maîtrisent « les fondamentaux », sachent lire, écrire, compter. Oui, bien sûr, il faut valoriser « l’excellence » avec nos grandes écoles. Oui, bien sûr, l’université n’est pas un moulin dans lequel n’importe qui peut entrer sous prétexte qu’il a déniché un bac dans une pochette surprise, etc.
Tous ces impératifs sont devenus tabous et plutôt que d’ouvrir une véritable réflexion sur ce que devrait être l’Ecole du XXIème siècle, nos candidats préfèrent céder devant les syndicats qui sont, en très grande partie, responsables de la déliquescence de notre Ecole. Il y en a un qui promet des embauches, l’autre qui promet des augmentations de salaires. Et les gosses qu’est-ce qu’on en fait ? Toujours des chômeurs illettrés ?
En fait, mais c’est vrai aussi pour tous les autres grands sujets, ce qui manque le plus dans cette campagne, c’est « une vision ». Quelle France voulons-nous demain ? Une France « forte », mais pour quoi faire ? « Le changement », mais pour quoi faire ? Le dossier de l’Ecole était une superbe occasion pour nous décrire la France qu’ils imaginent l’un et l’autre.
En ne nous parlant que d’embauches ou d’augmentations, ils nous ont prouvé qu’ils manquaient cruellement d’imagination, pour ne pas dire d’ambition.

29 Fév 2012 | Comments (3)

Bravo, les Sages!

C’est à la fois une bonne nouvelle et une claque pour Sarkozy. On peut de nouveau contester le génocide arménien, si on en a envie, et le président-candidat a raté l’opération de charme électoraliste qu’il avait lancée à l’intention des 500.000 électeurs d’origine arménienne.
Le Conseil constitutionnel a retoqué, hier, la loi qui prévoyait de sanctionner (jusqu’à un an de prison !) toute personne osant remettre en cause le génocide des Arméniens par les Turcs, en 1915. Les Sages de la rue Montpensier ont considéré que ce texte (adopté par l’Assemblée Nationale et le Sénat) était contraire à la Constitution puisqu’il portait, évidemment, atteinte à la liberté d’expression. Ils ont eu parfaitement raison.
Personne ne nie qu’au cours de la guerre de 14, le pouvoir ottoman finissant, allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, ait massacré des centaines de milliers d’Arméniens qu’il accusait, à tort ou à raison, d’être du côté des Alliés, Français et Britanniques. Les témoignages des survivants, les images des tueries, les villages détruits, les charniers découverts sont assez nombreux pour attester de l’horreur de cette répression que rien ne justifiait, si tant est que des massacres puissent jamais être justifiés. Mais là n’était pas le problème.
Le problème se résumait à deux questions. D’abord, est-ce au pouvoir législatif d’écrire l’Histoire ? Ensuite, une loi peut-elle interdire aux citoyens de penser et d’exprimer ce qu’ils veulent ?
Il va sans dire qu’un Parlement, aussi respectable soit-il, n’a strictement aucune compétence pour décider si tel ou tel fait historique s’étant déroulé il y a quelques décennies ou quelques siècles, en France ou au bout du monde, a été une guerre de libération, un crime contre l’humanité, une révolution qui a fait avancer considérablement la société humaine ou un génocide.
C’est aux historiens, et à eux seuls, d’en débattre et de nous dire ce qu’on peut, éventuellement, penser des Croisades, des Dragonnades, des Guerres de Vendée, de la Terreur, de la campagne espagnole de Napoléon, de la Commune, de la Révolution de 1917, etc. Ils ne sont d’ailleurs jamais d’accord entre eux et les images des pages de l’Histoire qu’ils nous présentent changent du tout au tout au fil des années et des modes.
Pour ce qui est de l’Histoire contemporaine qui devrait pourtant être plus facile à comprendre, c’est pire encore. Staline « le petit père des peuples » et Mao « le grand timonier » étaient glorifiés dans tous nos livres, par nos meilleurs historiens, il n’y a pas si longtemps.
Et il est très vraisemblable que les historiens nous donneront, un jour, une toute autre image de la colonisation, des guerres « coloniales » et de « l’émancipation des peuples » qui les suivit. Il leur suffira de rappeler que cette colonisation fut prônée par des hommes comme Jules ferry ou Léon Blum, au nom du « devoir des nations civilisées à apporter le progrès » aux peuples qu’ils considéraient comme « inférieurs », d’évoquer la terreur et la torture pratiquées d’un côté comme de l’autre et de faire le bilan des trente ou quarante premières années d’indépendances.
Certes, il y a quelques drames épouvantables qui ne peuvent guère être sujets à débat. L’esclavage, la Shoah ou ce massacre des Arméniens, par exemple. Mais il était inutile que nos législateurs les inscrivent dans la loi. Ils étaient déjà gravés dans notre mémoire collective.
Où nos élus ont totalement dépassé leurs droits c’est quand, pour complaire à quelques lobbies qu’ils pensaient électoralement puissants, ils ont cru pouvoir faire poursuivre en justice ceux qui, usant de la liberté d’expression garantie par tous nos textes, contestaient l’horreur de ces crimes historiques. Si c’est aux historiens de raconter l’histoire, et non pas aux politiques, c’est à l’opinion de juger les commentateurs de cette histoire et non pas aux magistrats.
Il était ridicule d’inscrire dans une loi française que le massacre des Arméniens perpétré par les Turcs au début du siècle dernier était un génocide. Il devenait intolérable, au nom de tous nos grands principes de liberté, de vouloir faire poursuivre en justice ceux qui osaient mettre en doute cette vérité historique ainsi « légalisée ».
Les Arméniens ont beau jeu, ce matin, de s’indigner en faisant remarquer qu’en France on peut nier le génocide arménien alors qu’on est condamné si on nie la Shoah. Ils ont raison. La loi Gayssot qui permet de poursuivre en justice les négationnistes a été une erreur que le Conseil constitutionnel aurait déjà dû retoquer. Les quelques dingues qui nient encore les camps d’extermination n’ont pas à être condamnés par la loi mais simplement méprisés par l’opinion. Cette loi est liberticide et donc inacceptable. Le mépris est autrement efficace.
Sarkozy a déjà demandé qu’on lui réécrive une nouvelle mouture de cette loi sur le génocide arménien pour qu’elle puisse être acceptée par le Conseil constitutionnel. Ce n’est pas très convenable. Mais ce qui est amusant c’est que, si jamais ce nouveau texte revient devant le Conseil constitutionnel, Sarkozy en fera peut-être alors partie en tant qu’ancien président de la République…

29 Fév 2012 | Comments (5)

Sus aux riches !

Comme la plupart des Français, François Hollande n’a jamais aimé les riches. Il l’a répété à maintes reprises. N’étant pas lui-même un économiquement pauvre, cette détestation a quelque chose d’un peu masochiste. Mais étant socialiste, il est bien obligé de reprendre le refrain habituel de tous ses prédécesseurs : « Faisons payer les riches ». C’est évidemment plus facile que de faire payer les pauvres même si, hélas, les riches sont beaucoup moins nombreux que les pauvres. Notons d’ailleurs, au passage, que l’expérience souvent tentée n’a jamais été concluante.
La campagne présidentielle donnant lieu à toutes les surenchères, le candidat socialiste nous a annoncé, hier, que, s’il était élu, il instaurerait une tranche d’imposition de 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros par an. A ce rythme-là, il est vraisemblable qu’il aura imaginé une tranche à 110 ou 120% pour ces mêmes grosses fortunes avant le premier tour des élections.
Peu de Français ont de tels revenus. Et les derniers, résidant encore dans le pays, ont dû, dès ce matin, à la lecture des sondages, téléphoner à des entreprises de déménagement et à quelques agences immobilières belges ou suisses.
Les autres ont, sans doute, été contents. Quand on sait que 8 millions de Français vivent sous la ligne de pauvreté et que les patrons du CAC40 touchent, en moyenne, plus de 2 millions d’euros par an, il y a une certaine satisfaction à apprendre que ces « gros richards », sûrement ventripotents et fumant toujours le cigare, vont être matraqués.
Cela dit, il ne faut pas confondre justice sociale (ou fiscale) et démagogie. S’il est parfaitement normal que les plus favorisés participent davantage que les autres à l’effort commun (ce qui est déjà plus ou moins le cas dans un pays où moins de 50% des ménages paient l’impôt sur le revenu) le but d’une politique est d’améliorer le sort des plus pauvres, pas d’appauvrir (ou de faire fuir) les plus riches. Car, contrairement à ce que semblent penser nos braves socialistes, la société n’a rien à voir avec les vases communicants et ce n’est pas en accrochant les milliardaires à la lanterne qu’on donnera de la brioche aux affamés.
Nicolas Sarkozy a triomphé en 2007 en promettant aux Français qu’avec lui ils allaient « gagner plus ». La promesse n’a, malheureusement, pas été tenue, c’est le moins qu’on puisse dire. Hollande semble croire qu’en disant qu’avec lui les riches « gagneront moins », il plait aux électeurs. Ce n’est pas sûr, en tous les cas ce n’est pas suffisant.
A moins de deux mois du scrutin, il faudrait que François Hollande change de registre, pour ne pas dire de braquet. Jusqu’à présent, il s’est présenté, avec succès, en opposant. Adversaire de Sarkozy, « le président des riches », ennemi du monde de la finance, responsable de tous nos maux. Mais s’il veut l’emporter au sprint final, il faut qu’il fasse autre chose que de « l’anti », que ce soit l’anti-sarkozisme ou l’anti-riches.
Il nous avait promis qu’il « enchanterait le rêve français ». Ce rêve français ne se limite pas à voir Sarkozy sortir de l’Elysée et les dernières grosses fortunes quitter le pays. Ou alors –et nous y allons tout droit- il ne sera élu que par défaut.
Les Français veulent toujours si ce n’est « gagner plus » du moins vivre un peu mieux. Or Hollande ne nous a toujours pas expliqué comment, après avoir chassé Sarkozy et terrassé les patrons du CAC40, il transformerait le rêve en réalité.

28 Fév 2012 | Comments (11)

Bravo l’artiste !

Les Français semblent se passionner pour le long métrage que leur offre la présidentielle et nos hommes politiques font tous leur cinéma, certains allant même jusqu’à nous jouer leur numéro de claquettes. Le triomphe du film « The Artist » devrait donc les inspirer.
C’est très simple. Les auteurs de ce film ont eu l’audace incroyable d’en revenir aux fondamentaux du 7ème art. Pas de dialogues emberlificotés, pompeux ou prétentieux, pas de couleurs chatoyantes, agressives ou dégoulinantes. Du brut de décoffrage, en muet et en noir et blanc.
Ils ne nous ont pas sorti de recettes miracles, de plans fumeux, de promesses alléchantes ou d’effets spéciaux. Ils ont évité les rodomontades, les fanfaronnades, les petites phrases, les grands discours.
Mais s’ils ont été acclamés à Los Angeles c’est sans doute, aussi et surtout, parce qu’ils ont su frapper juste, toucher le cœur des professionnels d’Hollywood en rendant un fabuleux hommage à « l’âge d’or » du cinéma. Tout le monde est nostalgique de la grandeur passée qui s’est forcément enjolivée, idéalisée au fil des décennies. C’était l’époque où l’on osait, où l’on inventait, ou l’on prenait des risques. L’ère des épopées.
Au lieu de nous présenter leurs nanars habituels qui tiennent soit du péplum à grand spectacle soit du vaudeville sirupeux, avec claquements de portes, les cabots de notre scène politique hexagonale feraient mieux d’en revenir, eux aussi, aux fondamentaux, c’est-à-dire à quelques bonnes vieilles formules frappées au coin du bon sens et qu’on verrait apparaitre écrites noir sur blanc entre deux scènes. Comme par exemple : « Trop d’impôts tue l’impôt », « Le problème de la répartition serait grandement facilité si on avait davantage à partager », « La France est un pays d’une incroyable fécondité : on y plante des fonctionnaires, il y pousse des impôts », « Le capitalisme est l’exploitation de l’homme par l’homme, le socialisme c’est exactement l’inverse », voire même la phrase de Churchill : « Christophe Colomb fut le premier socialiste ; il ne savait pas où il allait, il ne savait pas où il était et il faisait tout ça aux frais du contribuable »
Certains de nos candidats se sont déjà mis au noir et blanc, les autres sont tout noirs, eux tout blancs, mais aucun n’a encore compris que la palme reviendra à celui qui en aura le moins dit et surtout s’il a eu le courage d’évoquer notre âge d’or.
Pour l’instant, nos artistes ne sont pas très bons…

27 Fév 2012 | Comments (5)

Guéant et les nazis

Un ministre de l’Intérieur de la République a-t-il le droit de traiter de « nazi » un parti politique qui a pignon sur rue, un certain nombre d’élus locaux et qui représente entre 15 et 20% de l’opinion ? Evidemment, oui. Mais à deux conditions seulement.
Il faut que ce ministre de l’Intérieur présente des preuves incontestables que ce parti souhaite réellement instaurer une dictature absolue dans le pays, basée sur la race, qu’il veuille dominer l’Europe par son idéologie et qu’il ait l’intention d’ouvrir des camps de travail, de concentration et d’extermination pour supprimer la race juive.
Il faut aussi que ce ministre de l’Intérieur annonce, par la même occasion, que ce parti « nazi » est désormais interdit en France.
Or, hier, sur Radio J, Claude Guéant a accusé le Front National d’être un parti nazi sans apporter d’autre preuve qu’une évocation de Brasillach faite par Jean-Marie Le Pen et, pire encore, il n’a pas annoncé que le décret interdisant le Front National allait être publié dans le Journal Officiel de demain matin.
Même si le ministre de l’Intérieur, chargé, par fonction, d’assurer le bon fonctionnement de toutes nos élections, n’est pas le mieux placé pour participer activement à la campagne électorale d’un des candidats, il a parfaitement le droit de contester le programme de Marine Le Pen, son irréalisme, son populisme, sa démagogie.
Il lui est évidemment plus difficile d’attaquer Marine Le Pen sur les aspects souvent xénophobes de son programme puisqu’il est l’un des porte-flingues du candidat qui s’est lui-même illustré dans la chasse aux racailles, à coups de Karcher, la chasse aux Français de « fraîche date » et la chasse aux Roms.
Mais il est tout à fait inadmissible, même pour complaire aux auditeurs de Radio J, qu’un ministre de la République traite de « nazi » un parti politique autorisé sur le territoire et même s’il est d’extrême-droite. On peut reprocher à Jean-Marie Le Pen et à sa fille beaucoup de choses sans en faire pour autant les successeurs directs d’Hitler et de Goebbels.
Guéant qui n’en est pas à sa première connerie, loin de là, dira qu’il n’a pas accusé le Front National d’être « nazi » mais qu’il s’est contenté de dire que c’était un parti « à la fois nationaliste et socialiste ». Ou Guéant est totalement inculte et il ignore que le mot « nazi » est l’abréviation de « Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei » ce qui signifie, dans la langue de Goethe, « parti nationaliste socialiste allemand » ou il nous prend pour des imbéciles.
Dans un cas comme dans l’autre, il n’a plus sa place –si tant est qu’il l’ait jamais eue- place Beauvau.
Cette campagne présidentielle a mal commencé avec des protagonistes se traitant de « sale mec » et de « menteur ». Elle se met à dégénérer dangereusement. Même Guaino commence à perdre ses nerfs. Mais si maintenant ils en arrivent à se traiter de nazis, de cocos, de fascistes et bolchéviques, ça va très mal finir.
Une chose est sûre, ce n’est pas la peine d’être un nazi pour avoir envie d’être débarrassé au plus tôt et à tout jamais de personnages comme Guéant qui font honte à la République.

26 Fév 2012 | Comments (7)

Y avait-il urgence à nommer Juvin ?

Le professeur Philippe Juvin vient d’être nommé chef du service des urgences de l’Hôpital Georges Pompidou et cela provoque un certain émoi dans le milieu hospitalier parisien.
Personne ne conteste les compétences professionnelles de Juvin qui a été longtemps chef du service des urgences de l’Hôpital Beaujon mais il se trouve que Juvin est aussi député européen (UMP), aussi maire (UMP) de La Garenne-Colombes et a été aussi vice-président (UMP) du Conseil général des Hauts-de-Seine ce qui laisse entendre, bien sûr, qu’il est un proche, très proche de Nicolas Sarkozy.
Juvin n’est pas le premier grand patron à cumuler les postes hospitaliers et les mandats électoraux. On se souvient de Cabrol, de Cugnec, de Dubernard et aujourd’hui encore Bernard Debré est chef de service à Cochin et député du XVIème et Jean Bardet, chef de service à Saint Antoine et député du Val d’Oise, pour ne citer que les plus connus.
Ce qui est un peu gênant dans la nomination de Juvin c’est que son prédécesseur à l’Hôpital Georges Pompidou, le docteur Alain Davido, ne devait quitter son poste qu’à sa retraite, en novembre prochain, c’est-à-dire six mois après la présidentielle. Il n’y avait donc aucune urgence aux urgences de Pompidou. Pourquoi cette précipitation à nommer « l’ami du président » à moins de soixante jours de la présidentielle ?
C’est la question que posent, en s’indignant, la Confédération des Praticiens des Hôpitaux et le Mouvement de Défense de l’Hôpital Public, deux organisations représentatives qu’on situe généralement à gauche.
Ces confrères de Juvin devraient se réjouir plutôt que de s’indigner. Quand on case précipitamment et sans pudeur les copains c’est qu’on trouve que cela commence à sentir terriblement le roussi. Juvin n’est d’ailleurs pas le seul copain de Sarkozy à avoir bénéficié ces temps-ci d’une belle promotion.
Certains diront que ça s’est toujours fait. C’est vrai. Mais d’autres ont la naïveté de trouver que « ça ne se fait pas ». Ils sont démentis par les faits.

26 Fév 2012 | Comments (7)

Le mystère des 2% de Villepin

Que l’on ait de la sympathie (ou de l’antipathie) pour Dominique de Villepin, on ne peut tout de même que s’étonner de le voir plafonner, depuis des semaines, à 1 ou 2% dans tous les sondages.
La situation du pays empire de mois en mois. Le chômage continue à augmenter inexorablement, la dette aussi, le déséquilibre de notre balance commerciale aussi, l’inflation des prix des produits de première nécessité (et des autres) aussi. Le moral des Français est au plus bas. Sans parler de celui des Réunionnais.
Sur le plan international, rien ne va plus. On a beau nous raconter régulièrement qu’à Bruxelles « ils » viennent de trouver un énième plan de sauvetage pour la Grèce, tout le monde sait qu’Athènes est en faillite, les Grecs au bord de l’insurrection générale et l’euro plus ou moins condamné à brève échéance. Ailleurs, ça ne va pas mieux. Ca pourrait bien se gâter au Proche-Orient, ça se gâte dans tous les pays du « printemps arabe » et la situation au Sénégal risque bien de dégénérer dès dimanche soir.
Or, devant ce champ de bataille, nous avons, pour l’instant, le choix entre un Sarkozy qui ne veut plus retourner au Fouquet’s et qui promet de donner la parole au peuple et un Hollande qui déclare la guerre au « monde de la finance » et qui annonce qu’il va embaucher des dizaines de milliers de fonctionnaires.
Tous les électeurs savent parfaitement que Sarkozy ne va pas se fâcher avec ses copains du CAC40 et qu’il ne procédera jamais à ses référendums bidons et que Hollande sera, comme tout le monde, obligé de s’incliner devant « les puissances de l’argent » (dont il aura besoin) et qu’il sera totalement incapable de recruter 60.000 enseignants supplémentaires.
En fait, aujourd’hui, les Français se résignent, faute de mieux, « à reprendre du Sarkozy pour cinq ans » ou, faute de grive, à « essayer Hollande, le moins pire ».
Personne ne croit ni en Marine Le Pen qui tire toujours le boulet de son père et de ses dérapages ce qui la rend à jamais inéligible, ni en Bayrou qui fait diablement démodé et ne suscite, encore moins que par le passé, aucun enthousiasme. Seul Mélenchon, provocateur et bon orateur, semble attirer « les indignés », les révoltés et tous les damnés du pays, ce qui lui permettra d’obtenir une petite part du gâteau en cas de victoire de Hollande.
Et Villepin ? Toujours rien. Les forfaits de Borloo, Boutin, Morin, Nious ne lui ont pas rapporté 0,1%.
Or, même ceux qui ne supportent pas son allure hautaine, sa chevelure argentée et qui lui reprochent toujours la dissolution de 1997 et le CPE reconnaissent qu’il a de l’envergure, une belle conception (gaulliste, voire gaullienne) de la France et de l’Etat et que son programme est pour le moins audacieux avec notamment dix ministres, pas plus, huit régions, pas plus, et un « revenu citoyen » qui responsabiliserait les « assistés ». Mais ça ne passe pas.
Il est vrai que la « grande » presse l’ignore quand elle ne le méprise pas, qu’il est bien solitaire puisqu’il veut prendre des hommes « de qualité » à droite et à gauche et qu’au lieu de promettre à tout-va des appels au peuple et des embauches à profusion il annonce des jours difficiles, des efforts et des sacrifices, en osant même aller jusqu’à affirmer que le monde a changé et que plus rien ne sera comme avant.
C’est sans doute cela que les Français ne lui pardonnent pas. Avec Sarkozy ou Hollande, on sait à quoi s’en tenir. On a déjà donné. Une agonie programmée pour laquelle les soins palliatifs seront à peine différents. En brandissant, au milieu de son désert, l’étendard du gaullisme social, Villepin voudrait qu’on fasse table rase du passé et qu’on reconstruise un Etat pour ressusciter la France. Un doux rêveur ? Non, un dangereux révolutionnaire. Il y a un moment où les grands malades ne souhaitent plus être opérés à chaud. Ils préfèrent s’endormir à jamais.
Ce qui est inquiétant ce ne sont pas les malheurs de Villepin c’est que dans ce pays en crise, comme il ne l’a jamais été, personne ne veuille plus entendre parler du gaullisme. On ne veut même plus rêver d’un sursaut. La morphine plutôt que le chirurgien.
On va encore me reprocher « un petit penchant » pour Villepin. Tant pis. Je vous laisse les autres. Et vous verrez qu’en 2017 vous me donnerez raison…

25 Fév 2012 | Comments (11)

Les slogans ou l’art de vendre des vessies pour des lanternes

Il est intéressant d’observer à la loupe les slogans qu’ont choisis tous nos candidats pour cette élection présidentielle. On veut croire, en effet, qu’ils ont longuement, les uns et les autres, réfléchi et hésité avant de décider des trois mots que leur présentaient leurs conseillers et qui, en principe, vont marquer toute leur campagne.
Quatre d’entre eux –et c’est plutôt une bonne nouvelle- ont pris le mot France. Sarkozy : « La France forte », Marine Le Pen : « La voix du peuple, l’esprit de la France », Villepin : « Aimons la France », Dupont-Aignan : « Pour une France libre ». On est content que plusieurs de ceux qui souhaitent devenir président de la République se soucient ainsi de la France.
On veut d’ailleurs croire qu’il arrive aussi aux autres d’y penser quand ils évoquent l’union nationale (Bayrou : « Un pays uni, rien ne lui résiste »), la justice (Eva Joly : « Le vote juste »), la confiance (Corinne Lepage : « Les Français en confiance »), voire même la révolution comme Mélenchon (« Prenez le pouvoir ! »), Nathalie Arthaud (« Une candidate communiste ») ou Poutou (« Aux capitalistes de payer leur crise »).
A première vue, ils semblent donc tous d’accord avec Hollande qui proclame, lui, « Le changement c’est maintenant » et le premier à applaudir ce slogan du candidat socialiste doit, évidemment, être Sarkozy lui-même puisqu’il réclame « une France forte » ce qui suppose, évidement, de tout changer le plus vite possible.
Cela dit, ce qui est embêtant c’est que, mis à part Arthaud qui n’a pas dû lire les journaux depuis quelques décennies et qui pense qu’on peut encore, aujourd’hui, se vanter d’être « communiste » et Poutou qui, lui, a mal compris les dernières déclarations de Hollande et qui croit sans doute lui faire plaisir en s’attaquant aux « capitalistes », on voit mal ce qui pourrait bien séparer tous ces candidats.
Nous sommes tous d’accord pour que la France que nous « aimons » « change », pour qu’elle redevienne « forte », « libre », « unie », « juste », « confiante » et qu’elle retrouve son « esprit » et ce tout simplement parce que le peuple aura pris « le pouvoir » ce qui est le principe même des élections.
Malheureusement, les slogans sont comme les publicités, les réclames d’autrefois. On raconte n’importe quoi pour attirer le chaland. Chacun lave plus blanc que l’autre. Pour s’en tenir aux deux favoris du jour, s’ils n’avaient pas voulu nous tromper sur la marchandise, l’un aurait dû nous dire : « Avec moi, ce sera Martine Aubry à Matignon » et l’autre : « Avec moi, on continue comme avant ».
Mais celui qui rêve d’en revenir à 1981 ou à 1997 préfère nous vendre du « changement » et celui qui a plombé la France nous fait miroiter « une France forte ».
La publicité c’est l’art de vendre des vessies pour des lanternes, du lard pour du cochon, de la chèvre pour du chou.

24 Fév 2012 | Comments (9)

Le candidat qui fait des miracles

Tout le monde se réjouit, bien sûr, qu’une solution (temporaire) ait été trouvée pour prolonger la survie de la raffinerie Pétroplus de Petit-Couronne. Nicolas Sarkozy, en personne, vient d’annoncer aux salariés de l’entreprise que, grâce à un accord qu’il a arraché à Shell, la raffinerie allait été remise en état de marche et fonctionner pendant au moins six mois. Tant mieux et bravo.
Après le sauvetage, in extremis, de l’usine Lejaby d’Yssingeaux et celui, tout aussi in extrémis, de l’usine Photowatt de Bourgoin-Jallieu, c’est le troisième « miracle » réussi en moins de quinze jours par ce candidat. Vivement qu’il arrive au pouvoir ! Cela nous changera du ringard sortant qui, en cinq ans, a augmenté de plus d’un million le nombre des chômeurs et a laissé des milliers d’entreprises fermer ou se délocaliser.
Ce qui est gênant c’est qu’on nous dit que ce candidat qui fait des miracles est le même que ce sortant qui a considérablement accéléré la désindustrialisation du pays. Alors on ne comprend plus très bien.
Pourquoi pendant ces cinq ans « le président » Sarkozy n’a-t-il pas fait jouer le carnet d’adresses dont se sert aujourd’hui « le candidat » Sarkozy ? Il aurait très bien pu, de l’Elysée, appeler son ami Arnault et lui demander de faire racheter par ses sous-traitants un bon nombre de petites entreprises au bord de la faillite, donner ordre à EDF de renflouer des usines en perdition, téléphoner aux grands patrons de la pétrochimie et leur intimer l’ordre de sauver nos raffineries en difficulté.
Pourquoi diable a-t-il fallu qu’il attende non seulement la fin de son quinquennat mais surtout le début de sa campagne électorale pour se mettre au travail ?
Au fond, le grand tort des salariés d’Arcelor-Mittal ou de Continental ou des centaines de milliers d’autres chômeurs qui ont perdu leur emploi ces dernières années c’est de s’être retrouvés sur le carreau… beaucoup trop tôt. Quand on perd son travail, il faut le perdre en période électorale. Sinon, ça n’intéresse personne. Ce n’est que deux mois avant le scrutin de la présidentielle que les candidats s’aperçoivent que les chômeurs sont aussi des électeurs.
Sarkozy va-t-il regagner quelques points en sortant la tête de l’eau de ces quelques centaines de malheureux et en se présentant soudain en sauveur de notre économie et de nos usines ? Les Français vont-ils être dupes de ces coups médiatiques en cascade ? On peut en douter.
Les métamorphoses sont toujours difficiles à réussir. En cinq ans, le président du « travailler plus pour gagner plus » et du « pouvoir d’achat » est devenu celui du chômage et de la paupérisation des classes moyennes. Va-t-il pouvoir, en moins de soixante jours, et même en nous ressortant Rachida Dati ( !!), devenir celui de la ré-industrialisation, du travail et de « la France forte » ?
Il y a presque quelque chose de déplaisant dans ces trois « miracles ». Certes, il sauve quelques emplois (pour combien de temps et à quelles conditions ?) mais surtout on a l’impression qu’il se fout des Français…

24 Fév 2012 | Comments (5)

De Charybde en Scylla

Nous sommes maintenant bel et bien en pleine campagne présidentielle. Tous les protagonistes sont entrés dans l’arène. Le gladiateur vedette est enfin sorti de l’ombre et fonce tête baissée vers ses adversaires et notamment vers celui qui semble être le favori du public. Il a l’air fatigué mais on nous dit qu’outre son glaive un peu rouillé (anti chômeurs) et son filet troué attrape-tout (et notamment les gogos d’extrême-droite) il a de nouvelles armes sous sa tunique.
Ce qui est étonnant c’est que, dans les tribunes, les bookmakers-sondeurs n’ont perçu aucun frémissement depuis son apparition en plein soleil. Il est toujours donné largement battu pour la première mi-temps (avec 25% contre 32% au Batave) et écrabouillé pour la seconde (41% contre 59%). Rien n’a bougé.
Rien n’a bougé d’ailleurs non plus pour les petits qui sautillent dans le sable (Marine Le Pen 16%, Bayrou 11%, Mélenchon 9%, Eva Joly 3%, Villepin 1,5%).
On en viendrait presque à se demander si les jeux ne sont pas déjà faits. La star a beau sortir de son chapeau de nouveaux trucs (le recours aux référendums, la remise en cause des droits des chômeurs ou des étrangers, une dose de proportionnelle, l’éloge du « peuple », la critique des corps intermédiaires, etc.) rien n’y fait. La plèbe continue à baisser son pouce. « Sortez le sortant ». Et l’autre est assez malin pour ne pas bouger d’un poil, ne pas riposter. Il continue à se balader dans l’arène et très largement en tête des sondages en faisant mine d’ignorer son ennemi.
L’un promet « Une France forte » mais elle s’est affaiblie considérablement au cours des cinq dernières années ce qui rend ses fanfaronnades ridicules. L’autre promet « Le changement maintenant » ce qui ne veut rien dire, même s’il ajoute qu’il veut « ré-enchanter le rêve » ce qui ne mange pas de pain.
En fait, pour l’instant, nous n’assistons pas à un duel équitable où les deux combattants ferrailleraient avec des idées neuves, des programmes consistants, des promesses crédibles. Le spectacle se limite aux gesticulations un peu dérisoires d’un tenant du titre déjà déchu qui tente de se sauver de la noyade en donnant des coups d’épée dans l’eau et en agitant ses petits bras.
Il lui reste soixante jours pour sortir la tête de l’eau. Sa seule chance ? Que l’autre soit soudain pris d’un malaise, de vertiges et que le public s’aperçoive que, malgré son faux-nez de social-démocrate, il est socialiste et que dans sa loge l’attendent pour fêter son triomphe Martine Aubry, Michel Sapin, Pierre Moscovici, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et quelques autres qui se lèchent déjà les babines à l’idée de se partager les dépouilles du souverain renversé.
Jusqu’à présent la foule n’avait qu’une seule idée : chasser celui qui, à force d’erreurs, d’échecs, de reniements, de valses hésitations et de trahisons, est devenu un usurpateur. Mais la foule est souvent versatile et elle peut aussi parfois ouvrir les yeux et s’apercevoir que, si « le changement maintenant » permettrait de chasser celui dont on ne veut plus, il pourrait aussi ouvrir la porte à un autre qui pourrait être pire encore.
Il est toujours difficile de « choisir entre la peste et le choléra » car on a souvent peur de « tomber de Charybde en Scylla »…
Pour l’instant, la foule ne voit que la peste et que Charybde. Mais, en moins de deux mois, elle pourrait découvrir le choléra et Scylla. Le choix deviendrait alors plus difficile à faire.

22 Fév 2012 | Comments (9)

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