Villepin, le cauchemar de SarkozyCertains amis de ce blog, particulièrement habiles à lire entre les lignes, ont cru pouvoir déceler qu’il m’arrivait, parfois, d’avoir une sorte de sympathie pour Dominique de Villepin. Un « fâcheux penchant » même, selon quelques-uns.
J’avoue bien volontiers qu’après avoir été déçu –et le mot est faible- par le quinquennat qui s’achève et qu’ayant déjà connu une expérience socialiste, je fais partie de ces 47% de Français qui ne veulent ni de Nicolas Sarkozy ni de François Hollande.
Le premier n’a tenu aucune de ses promesses. Depuis 2007, la vie quotidienne des Français s’est considérablement dégradée, le chômage, la précarité et la pauvreté ont augmenté dans des proportions insupportables, la dette et les déficits ont explosé, notre économie et nos services publics ont continué à se disloquer. On dira qu’il n’y est pour rien et qu’il a été victime de la crise. Quand on dit d’un chef d’Etat qu’il n’y est pour rien, qu’il n’est ni responsable ni coupable de tous les malheurs du pays, il faut changer de chef d’Etat.
Mais, peut-être pire encore, en jouant sur toutes les peurs et en fustigeant les chômeurs, les malades, les immigrés, les étrangers, Sarkozy a pourri l’ambiance de ce pays. Il a ajouté la haine au désespoir. Et ne parlons pas de ce qu’il a fait de l’image de la France à travers le monde.
Après avoir été un « président bling-bling » insupportable, affolé par sa chute inexorable dans tous les sondages et tétanisé par la crise, il est devenu un « président zigzag », annonçant tout et son contraire, improvisant n’importe quoi, comme on le voit encore aujourd’hui, à cent jours de la fin de son mandat, avec une TVA sociale ou une taxe Tobin qu’il nous sort à la fois des tiroirs et de son chapeau.
L’autre est déjà décevant. Nous avons besoin d’un homme capable de prendre le taureau par les cornes, de tout chambouler, d’innover et, plus encore, d’avoir une vision réaliste et audacieuse de la France et de son avenir pour nous redonner l’envie d’être français. François Hollande, étonné sans doute lui-même de se retrouver, grâce au forfait de DSK et au rejet de Sarkozy, en grandissime favori, n’ose même pas avancer sur la pointe des pieds en marchant sur des œufs.
A force de vouloir être « normal », il devient banal, insipide, ennuyeux. De peur de perdre des voix que les sondages lui ont accordées trop généreusement, il détricote discrètement le programme du PS. Voulant séduire à la fois l’extrême gauche et le centre, il se contente désormais de bredouiller des banalités. Un candidat qui redoute d’affronter les électeurs n’a guère de chance de pouvoir devenir un président capable d’affronter les réalités. A la fois timoré et socialiste, cet apparatchik du PS n’est sans doute pas l’homme de la situation.
Bref, j’avoue que de Bayrou (qui a souvent eu raison, sauf quand il était ministre) à Cantona ( !) Villepin qui fait rigoler avec ses allures de poète abscons et d’aristo flamboyant mais qui commence à grignoter des points dans les sondages a quelque chose de séduisant. Il parle de la grandeur de la France, de la dignité du citoyen, du rôle de l’Etat, de l’union nationale, de justice sociale. Son programme est parfois déroutant, notamment son fameux revenu citoyen, mais il a incontestablement l’étoffe, voire l’envergure d’un homme d’Etat. On ne se souvient que de son CPE (qui n’était pas une mauvaise idée) mais on a oublié que, pendant les deux ans qu’il fut à Matignon, il fit baisser considérablement le chômage et amorça une baisse de notre endettement. Bref, comme je le demandais il y a déjà quelques mois ici même, « Pourquoi pas Villepin ? »
Je me dois d’autant plus d’avouer aujourd’hui ce « fâcheux penchant » aux amis de ce blog que demain je vais être pris en flagrant délit (d’opinion). Dès ce mercredi, en effet, va paraître dans toutes « les bonnes librairies » un petit bouquin que j’ai eu la faiblesse d’écrire et d’intituler, « Villepin, le cauchemar de Sarkozy ». J’y raconte l’histoire de ce personnage qui sort du commun et qui entre en campagne. Le bonhomme, multiple, contradictoire est intéressant mais c’est surtout la conjoncture actuelle qui le rend passionnant.
Il se prend pour de Gaulle (qui lui-même se prenait pour Jeanne d’Arc). En d’autres circonstances ce serait parfaitement ridicule. Mais avec 8 millions de pauvres, 4 millions de chômeurs, un pays qui fout le camp de partout, une Europe déglinguée, des jeunes totalement désespérés, des vieux au bord des larmes et des adultes pétrifiés, comment ne pas penser si ce n’est à juin 40 du moins à 1958 et à la fin pitoyable de la IV République agonisante ?
On dira que Villepin, isolé, sans vrai parti, sans moyens et avec une mauvaise image dans l’opinion, n’a aucune chance. Sans doute. Mais, chance pour chance, est-ce que les autres représentent vraiment une chance pour la France. Et d’ailleurs pour ceux qui ne supportent plus Sarkozy –et ils sont quelques-uns- Villepin apparait comme l’anti-Sarkozy absolu poussé jusqu’à la caricature, physiquement, moralement, intellectuellement, politiquement. Ce qui est déjà un attrait considérable.
Je veux espérer que les amis de ce blog me pardonneront mon « fâcheux penchant » à rêver encore d’une résurrection de notre pays. On ne se refait pas.

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