Certains se demandent pourquoi, brusquement, nous ne sommes plus submergés par les sondages. De la rentrée de septembre à la mi-décembre, nous avons eu droit, trois ou quatre fois par semaine, à des enquêtes d’opinion qui nous affirmaient que François Hollande oscillait entre 38 et 32%, Nicolas Sarkozy entre 23 et 27% et Marine Le Pen entre 15 et 20%.
Depuis, plus de sondages, plus rien. Comme si tous les sondeurs étaient partis en vacances de neige et s’étaient cassé les deux jambes ou comme s’ils avaient trouvé dans leurs petits chaussons des martinets déposés par le Père Noël.
Intrigué, j’ai posé la question à un spécialiste des sondages d’un grand quotidien du matin qu’on situait autrefois « proche du Rond-Point des Champs Elysées ». En fait, il n’était pas « proche » du Rond-Point, il y était carrément.
-Pourquoi n’avez-vous publié aucun sondage ces derniers temps ? lui ai-je demandé. -Ah, ne m’en parlez pas, m’a t-t-il répondu, ils sont impubliables. Bayrou est à 9% mais surtout Villepin est à 8%. Ca les a rendus hystériques à l’Elysée. Ils ont demandé qu’on ne donne pas plus de 5% à Villepin et comme l’institut de sondages a refusé, nous avons décidé de ne rien publier en prétextant la trêve des confiseurs. Comme ça, Villepin végète à 2%, ça permet de dire qu’il a raté son entrée dans la course et ça décourage ceux qui seraient tentés de le rejoindre.
Naturellement, personne ne veut croire une seule seconde que l’Elysée puisse demander à un institut de sondages de tricher sur les résultats de ses enquêtes d’opinion, ni qu’un grand quotidien parisien soit à la solde du pouvoir.
Il n’empêche que nous n’avons plus de sondages depuis maintenant trois semaines, qu’on attribue toujours à Villepin 2% d’intentions de vote comme au lendemain de l’annonce de sa candidature et qu’un certain nombre de gens qui auraient pu être, en effet, tentés par cette candidature hors du commun ont dû se décourager en voyant que l’ancien Premier ministre ne décollait pas.
Si on peut parfois contester que les sondages représentent parfaitement les intentions de vote des électeurs, il ne fait aucun doute qu’ils influencent leurs choix. Personne n’a vraiment envie de voter pour un candidat qui se morfond à 1 ou 2%. Mais si ce même candidat dépasse les 5% (et verra donc ses frais de campagne remboursés) et s’il atteint les 7 ou 8%, il devient sérieux. On le regarde et on l’écoute d’un autre œil et d’une autre oreille. En tous les cas, il peut devenir redoutable.
La seule question qui se pose est donc de savoir pendant combien de temps encore « on » va nous priver de ce petit plaisir que sont les sondages…
Villepin à 8% voilà qui ferait plaisir non seulement aux villepinistes mais aussi à beaucoup d’autres car il n’est pas besoin d’être un politologue averti pour deviner d’où pourraient venir ces 8%.

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