Nous évoquions ici même, l’autre jour, un sondage étonnant qui accordait 8% des intentions de vote à Dominique de Villepin pour le premier tour des présidentielles. Ce qui était étonnant c’était moins que l’ancien Premier ministre ait réussi à gagner 5 ou 6 points en quinze jours de pré-campagne que le fait que ce sondage n’ait pas été publié, à la demande, disait-on, de l’Elysée.
Du coup, certains ne voulant pas croire que quelques-uns de nos organes de presse les plus prestigieux étaient à la botte du régime, avaient mis en doute la réalité même de ce sondage.
Ce matin, Libération a publié un nouveau sondage, cette fois de Viavoice, selon lequel Hollande obtiendrait 41%, Sarkozy 31%, Bayrou 27%, Villepin 16% et Marine Le Pen 15%.
Précisons tout de suite que, contrairement au sondage précédent, les sondés n’avaient pas, cette fois, à répondre à la question « Si les élections présidentielles avaient lieu dimanche prochain pour quel candidat voteriez-vous ? » mais « Quel candidat souhaitez-vous voir élu ? ». Il ne s’agissait donc pas d’« intentions de vote » mais de « souhaits ». On peut cependant imaginer, sans trop extrapoler, qu’un électeur qui « souhaite » la victoire d’un candidat a plutôt « l’intention » de voter pour lui.
Toute la journée, tous les commentateurs officiels ont glosé sur les 5 points qu’a perdus Hollande, les 2 points qu’a gagnés Sarkozy, les 7 points qu’a gagnés Bayrou et plus encore sur des questions annexes qui permettent de voir que 26% des Français font confiance à Marine Le Pen « pour exercer des responsabilités gouvernementales » et que pour 68% d’entre eux elle est « plus crédible que son père ».
Comme par hasard, personne n’a remarqué que Villepin s’était hissé à la 4ème place de cet étonnant classement ce qui confirme implicitement les 8% du sondage tenu secret.
On ne peut pas dire que Villepin qui, mis à part Sarkozy, est le dernier à avoir annoncé sa candidature ait jusqu’à présent bénéficié d’un véritable matraquage médiatique en sa faveur. Aux yeux de nos commentateurs patentés, il apparait toujours comme un aimable farfelu, isolé, qui joue de sa lyre pour apaiser une haine personnelle à l’égard de Sarkozy.
Qu’il ait malgré tout réussi à arriver au pied du podium, devançant Marine Le Pen, et très largement Mélenchon, Eva Joly, Chevènement et les autres Morin est particulièrement intéressant. Cela confirme, comme d’ailleurs le bon score de Bayrou, qu’un très grand nombre de Français ne veulent ni de Sarkozy ni de Hollande et qu’ils continuent à chercher, du côté du centrisme-central, voire du côté du gaullisme social, leur homme providentiel.
Certes, Bayrou n‘est guère enthousiasmant et Villepin est parfois bien déroutant (sans parler de Marine Le Pen qui, elle, est inquiétante) mais on peut déjà parier que dans cent jours nous pourrions avoir bien des surprises qui seraient aussi désagréables pour Sarkozy que pour Hollande.
Nous sommes encore dans la période des vœux…

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