« En cas d’échec, j’arrête la politique » a déclaré sous le sceau du secret Nicolas Sarkozy à quelques journalistes dans l’avion qui le ramenait de Guyane. Le secret ayant, naturellement, été trahi -comme Sarkozy le souhaitait, évidemment- tout le Landerneau politique a commenté dans tous les sens cette phrase, toute la journée.
Que ceux qui rêvent déjà de le voir abandonner ses habits présidentiels pour endosser sa robe d’avocat, disparaitre à tout jamais de la scène politique et aller « faire du fric » chez tous ses copains du CAC40 ne se réjouissent pas trop vite.
Cette phrase ne veut pas dire grand-chose. Il a, d’ailleurs, bien précisé qu’il était convaincu de gagner les prochaines élections. Il a lâché cette fausse confidence « comme ça », comme une évidence sans aucune conséquence.
Il est vrai qu’on ne voit pas ce qu’un président battu pourrait bien faire d’autre que de raccrocher les gants. Giscard a bien essayé de surnager un peu en tentant de se recaser en Auvergne, en rêvant de la mairie de Clermont-Ferrand et en se mettant à écrire des romans à l’eau de rose, mais même son élection plus ou moins triomphale et tout à fait ridicule à l’Académie française n’a pas effacé son image de président sévèrement battu après un piètre septennat.
Il faut reconnaitre à Sarkozy qu’il nous a toujours affirmé que son vrai rêve à lui ce n’était pas de sauver la France mais bien, précisément, de « faire du fric » et de « connaitre tous les plaisirs de la dolce vita ». Ce sont ses propres expressions et il y avait sûrement quelque chose de vrai dans ces confidences-là.
Au fond, à l’en croire, il fait de la politique (depuis plus de trente ans) par pur dévouement. Il attend donc avec impatience d’être libéré de ses obligations pour pouvoir se payer du bon temps, même s’il est assez altruiste pour, éventuellement, à la demande pressante des électeurs, prolonger de cinq nouvelles années son sacerdoce.
Mais en réalité, en l’écoutant avec attention, on peut se demander si Sarkozy ne nous ferait pas plutôt le coup, célèbre, du « Retenez-moi ou je m’en vais », le coup, encore plus célèbre, du « Moi ou le chaos ».
Sa phrase « En cas d’échec, j’arrête la politique » n’est pas celle d’un homme raisonnable et déjà résigné, deux adjectifs qui lui correspondent bien mal. Il ne veut pas nous attendrir, nous apitoyer. Il nous menace. Et on peut déjà comprendre quelle va être sa stratégie tout au cours des trois mois qui nous séparent du premier tour des présidentielles.
Il va nous jouer le rôle si ce n’est de l’homme providentiel (nous avons déjà donné) celui du capitaine qui a jeté son navire sur les récifs et qui est prêt à quitter l’épave si les passagers ne le supplient pas de rester à bord. Gérard Longuet a récemment eu la maladresse de comparer François Hollande au capitaine du Costa Concordia échoué au large de la Toscane. En vérité, c’est beaucoup plus Sarkozy qui ressemble au dit-capitaine puisque c’est lui qui est à la barre et donc lui qui est responsable de la catastrophe.
Sarkozy va nous répéter qu’on ne change pas de capitaine pendant la tempête. C’est un argument auquel un certain nombre d’électeurs peuvent être sensibles. Surtout quand le chef des « mutins » annonce déjà qu’il a l’intention, dès qu’il aura pris les commandes, de balancer par-dessus bord le carburant de la finance.
Sarkozy veut nous faire croire qu’il n’a pas l’intention de s’accrocher à son trône mais c’est pour mieux nous annoncer qu’il va se représenter (ce dont personne n’a jamais douté) et nous menacer de nous abandonner au triste sort qu’il nous a préparé. Mais le trône vacille dangereusement et le peuple veut, semble-t-il changer de souverain. La menace à peine voilée a peu de chance de faire trembler les 70% de Français qui ne veulent plus de lui.

Mots-clefs : ,