On attend avec curiosité si ce n’est impatience la prestation que va nous faire, demain soir, en stéréo, sur presque toutes nos chaines de télévision, Nicolas Sarkozy.
Il y a quelque chose d’un peu sadique, d’ailleurs, dans cette attente. Le public veut voir comment le boxeur chancelant, le visage tuméfié, au coin du ring, va bien pouvoir essayer de se relever pour tenter de conserver son titre au cours du dernier round. Tous les sondeurs-bookmakers le donnent vaincu. Mais le sera-t-il aux points ou par KO ? Etant d’ailleurs bien entendu que, dans ce genre de sport, tout est toujours possible jusqu’au coup de gong final.
Les experts nous disent qu’il va d’abord nous présenter un bilan positif de son quinquennat en évoquant l’autonomie des universités, les crédits-recherche et la réforme (indispensable) des retraites, puis, qu’il va, ensuite, nous démontrer que, face à la crise, épouvantable, mondiale, européenne, comme on n’en avait pas connue depuis plus d’un demi-siècle, sa politique et ses initiatives nous ont permis de nous en sortir « moins mal que les autres ».
Il va, sans doute, alors ironiser sur les programmes, les promesses, le manque de lucidité, voire de sérieux de ceux qui, inconscients de la crise ou prétendant y faire face, annoncent des embauches de fonctionnaires, des contrats aidés pour les jeunes, des allègements fiscaux pour certains et des matraquages pour d’autres. Nous ayant lui-même toujours promis un retour de la croissance qu’il irait « chercher avec les dents », il ne pourra guère démontrer que le programme de François Hollande est totalement irréaliste sous prétexte qu’il table sur une renaissance de cette fameuse croissance qui semble disparue pour un certain temps.
C’est alors qu’oubliant qu’il est au pouvoir depuis presque cinq ans, il nous sortira de son chapeau ses nouvelles trouvailles comme un novice débarquant en politique avec des idées neuves. Le plat de résistance devrait ici être sa fameuse TVA sociale que l’Elysée nous présente comme l’arme décisive si ce n’est pour résoudre la crise du moins pour plaire à l’opinion.
Ce que l’Elysée ne semble pas avoir encore compris c’est qu’un président sortant n’est pas jugé sur ses promesses, contrairement à ses adversaires, mais sur son bilan. C’est évidemment ennuyeux pour Nicolas Sarkozy. Les promesses de Hollande sont peut-être totalement irréalistes mais le bilan de Sarkozy est épouvantable.
Et il y a pire encore. Au-delà des programmes et des bilans, les Français choisissent d’abord et avant « un bonhomme ». Or, s’ils ne sont, sans doute, pas tous emballés par « le bonhomme Hollande », ils rejettent, à une très grande majorité, « le bonhomme Sarkozy ». Jamais aucune élection présidentielle ne se sera faite à ce point « à la gueule du client », même en 1981 quand les électeurs ont rejeté Giscard qu’ils ne supportaient plus.
Sarkozy va-t-il, comme certains nous l’annoncent, nous affirmer, en mélangeant « mea culpa » et psychanalyse de bistrot, qu’il a changé, qu’il n’est plus le même, que les épreuves, la crise, l’expérience l’ont métamorphosé ? Va-t-il nous jurer ses grands dieux qu’il n’est plus ni « bling-bling » ni « zigzag » ? Depuis ses débuts en politique, Sarkozy a passé son temps à nous répéter qu’il avait changé, il changeait ou qu’il allait changer. Les Français n’y croient plus.
Oui, pire que le bilan, il y a « le bonhomme ». Et même si, demain soir, Sarkozy remet ses Ray-Ban et s’affuble d’un faux nez et d’une fausse barbe, les Français le reconnaitront.

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