Archives par moisjanvier 2012
Combien de morts faudra-t-il encore ?
Quatre soldats français ont encore été tués ce matin en Afghanistan. Du coup, à l’Elysée, on envisage un retrait accéléré pour ne pas dire précipité de nos 3.600 hommes qui continuent à se faire tirer comme des lapins dans les vallées afghanes.
Cela fait des mois et même des années, qu’ici comme ailleurs, certains demandent que nous abandonnions au plus tôt l’Afghanistan à son (triste) sort.
Cette guerre était perdue d’avance. Personne, ni les soldats d’Alexandre, ni les lanciers de la Reine Victoria, ni les chars soviétique, n’a jamais pu venir à bout des tribus guerrières afghanes cachées dans leurs montagnes. Elles sont d’ethnies différentes, ne parlent pas la même langue, se haïssent et s’entretuent mais, pour peu qu’un étranger arrive, c’est immédiatement l’union sacrée contre l’envahisseur qui plus est infidèle. Et depuis la nuit des temps, les petits afghans de 12 ans apprennent à tirer, à tuer l’ennemi et à disparaitre dans leurs grottes.
Nous nous étions lancés dans cette aventure, sur les pas et à la demande des Américains, au lendemain des attentats du 11 septembre. Les Talibans, alors au pouvoir à Kaboul, étaient de toute évidence les alliés et les protecteurs de Ben Laden et d’Al Qaïda qu’ils hébergeaient dans leurs montagnes. Il fallait donc les déloger du pouvoir pour tuer plus ou moins dans l’œuf l’une des branches les plus redoutables du terrorisme international. Nous avons chassé facilement les Talibans de Kaboul et non sans mal, la coalition (un commando américain) a fini par éliminer Ben Laden et il est vrai que, depuis cette victoire, le terrorisme semble se calmer un peu, mis à part les gens de l’AQMI de l’Afrique saharienne.
Mais ne voulant pas avoir trop l’air d’entreprendre une expédition purement punitive, nos dirigeants nous avaient aussi raconté que l’Afghanistan étant un pays ami ( ? mais pourquoi pas ?) nous voulions qu’il puisse connaître tous les plaisirs de la démocratie et toutes les joies du progrès.
Quiconque a fréquenté l’Afghanistan au cours des quarante dernières années (ce qui est mon cas) a toujours su que les Afghans, aussi charmants soient-ils, n’ont jamais rêvé ni de démocratie ni de progrès à la sauce occidentale et que ce ne sont pas les Talibans qui ont imposé le voile intégral aux femmes afghanes qui l’ont toujours porté. Les Afghans sont des musulmans purs et durs qui entendent vivre tranquillement et selon les règles tribales qu’ils pratiquent depuis des siècles.
Qu’allions-nous donc faire dans cette galère ? Le droit d’ingérence, cher à Kouchner n’est qu’une forme à peine modernisée du colonialisme et cette volonté de vouloir imposer à la terre entière notre conception de l’existence, de la société, de la politique ne peut nous conduire qu’à nous faire rejeter et haïr.
Nous pensions débarquer là-bas (comme Irak d’ailleurs) en libérateurs, nous sommes immédiatement devenus des envahisseurs, des occupants et les Talibans ont pu, grâce au réflexe nationaliste, dominer des régions entières où, avant notre arrivée, ils n’avaient aucune autorité. Ils étaient pour certains afghans des oppresseurs nous en avons fait, par notre présence et à nos dépens, des résistants et déjà de vrais libérateurs.
Bien sûr qu’il faut au plus tôt plier bagages. Nous avons perdu cette guerre. Mais ce n’est pas la première guerre coloniale que nous perdons.
Bayrou, faute de grives ?
Depuis le début de la campagne, la seule nouveauté plus ou moins inattendue est la montée dans tous les sondages de François Bayrou qui est passé, en un mois, de 7/8% des intentions de vote à 13/14%.
Le « capital » de François Hollande s’érode régulièrement, mais c’était prévisible au vu de l’engouement excessif qu’il suscitait au lendemain de sa victoire des primaires et Nicolas Sarkozy ne parvient pas à remonter la pente en dépit de toutes ses initiatives récentes, mais c’était tout aussi prévisible car il est, lui, toujours plombé par son bilan.
Ceux qui se disent aujourd’hui prêts à voter pour le patron du MoDem sont-ils brusquement séduits par le charme désuet et le programme bien flou de l’ancien (médiocre) ministre de l’Education nationale ou, ne voulant ni de Hollande ni de Sarkozy, se résignent-ils à choisir l’homme du « ni-ni », ni Sarkozy, ni Hollande ?
Les centristes ont toujours fait des scores honorables lors de nos présidentielles, de Lecanuet en 1965 à Bayrou lui-même en 20O7, en passant par Poher en 1969, Barre en 1988 ou Balladur en 1995. C’est là une vieille famille politique française, héritière à la fois des radicaux modérés et des démocrates-chrétiens d’antan, ce que les uns appellent « le marais » et les autres « les petits notables de province ».
Ce qui est nouveau c’est qu’à ces bataillons un peu clairsemés d’éternels hésitants semblent s’ajouter aujourd’hui des régiments de mécontents, les uns fous furieux contre Sarkozy, les autres déjà déçus par Hollande.
Quand on est de droite, qu’on ne veut plus de Sarkozy et qu’on se refuse à voter Marine Le Pen ou quand on est de gauche, qu’on ne pense pas que Hollande pourra sauver la France et qu’on se refuse à essayer Mélenchon, on en vient à se dire qu’il n’y a plus de Bayrou, sur le thème du « faute de grives on mange des merles ». Jamais au cours de toutes nos présidentielles, les deux candidats « vedettes » n’avaient suscité aussi peu d’enthousiasme dans leurs propres électorats. C’est évidemment une chance inespérée pour tout troisième larron.
On comprend d’ailleurs mal pourquoi les autres « petits » candidats n’arrivent pas à récupérer davantage de ces mécontents. Pourquoi les « gens de droite » qui ne veulent plus de Sarkozy ne sont-ils pas plus attirés par un Villepin, voire un Dupont-Aignan ou une Christine Boutin que par un Bayrou ? Pourquoi ceux de gauche qui refusent Hollande ne veulent-ils pas d’Eva Joly ou de Chevènement ?
Parce que Bayrou est modéré, tiède, pour ne pas dire fadasse. Il ne fait peur à personne et rassure tout le monde. Et c’est bien cela qui est inquiétant. La France est dans un état catastrophique. Tout le monde le sait, le reconnait, le dit. Il va falloir de toute urgence avoir une audace à toute épreuve pour s’attaquer au chômage, prendre des mesures drastiques contre tous les déficits et, plus encore, avant tout, redonner aux Français l’envie de vivre ensemble, « fraternellement » (même si le mot oublié fait sourire certains), en traçant un cap au cœur de la tempête.
Bayrou, lui, se vante d’avoir eu raison en s’alarmant le premier (ou presque) de l’abime de la dette. La dégringolade s’accélérant a confirmé les prévisions pessimistes du petit comptable en manches de lustrine.
Mais le problème d’aujourd’hui n’est pas (ou pas seulement) de réduire la dette aussi colossale soit-elle. Il est, avant tout, de redonner du travail aux chômeurs, de relancer l’économie, l’innovation, la consommation pour sortir de la récession et retrouver un minimum de croissance.
Ce n’est pas avec des économies d’apothicaire et de bouts de chandelle qu’on sort du marasme. Ce n’est pas quand il y a des masses de plus en plus importantes de chômeurs qu’on réduit les aides aux défavorisés, aux malades, aux associations. Entre creuser encore un peu les déficits pour tenter de s’en sortir en réanimant le cadavre ou enfoncer encore davantage les victimes de la crise pour complaire aux Dieux lointains qui de leur Olympe de Bruxelles ou des agences de notation jouent aux arbitres de toutes les élégances de l’économie, il y a d’un côté ce qu’on appelle le courage et de l’autre ce qui n’est que la lâche facilité.
Celui dont nous aurions besoin aujourd’hui n’est pas celui qui nous répète que nous vivons depuis trop longtemps au-dessus de nos moyens, il serait celui qui oserait nous dire quels seraient les moyens de vivre autrement qu’en agonisant.
Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Pour l’instant, je ne vois que Bayrou sur son baudet…
Le sommet social sera-t-il un flop ou un bide ?
Il les a superbement méprisés pendant cinq ans et ils lui ont « craché à la gueule » pendant ces mêmes cinq années. Et voilà qu’à trois mois de la fin de son mandat, Nicolas Sarkozy invite très gentiment les syndicats à l’Elysée pour leur vendre ses toutes dernières idées et, en clair, leur demander de l’aider un peu à être réélu. On croit rêver.
Le président de la République a-t-il, dans l’affolement, oublié que Bernard Thibault et ses camarades syndicalistes étaient des « gens de gauche », voire même, parfois, les ultimes nostalgiques du PCF d’autrefois et que, de la CGT à la CFDT en passant par FO, cela fait dix ans, presque jour pour jour, que tous ces militants qui aiment tant faire la grève et défiler dans la rue attendent avec impatience « la grande revanche » pour ne pas dire « le Grand soir » et en tous les cas le triomphe d’un socialiste à la tête de l’Etat.
Même s’il leur offre des petits fours et des jus d’orange, ils ne lui feront aucun cadeau. Il ne leur en a d’ailleurs pas faits au cours de son quinquennat. On se souvient de son attitude lors de la réforme des retraites. Alors que tous les syndicats étaient prêts à accepter un allongement de la durée des cotisations, il s’est entêté à vouloir briser le symbole de la retraite à 60 ans. Ils ne l’ont pas oublié. Pas plus qu’ils n’ont oublié certaines phrases particulièrement maladroites du genre : « Aujourd’hui, en France, quand il y a une grève, plus personne ne s’en aperçoit ».
Totalement inconscient, Sarkozy s’imagine peut-être que son charme va opérer. Le raout de demain rappelle les petits déjeuners qu’il a offerts à Villepin. Il le trainait en justice, il voulait l’accrocher à un croc de boucher et, comme cela ne marchait pas, il lui proposait soudain un ministère. La danse du voile et même du ventre n’a pas fonctionné et c’est l’autre qui s’est mis à esquisser les premier pas de la danse du scalp.
Cela va être la même chose demain, en bien pire. Le président va proposer à nos syndicalistes une TVA sociale, c’est-à-dire une hausse des prix dont les classes les plus modestes seront les premières victimes, puis une taxation des transactions financières qu’on peut déjà considérée comme mort-née puisque personne n’en veut, puis il évoquera la règle d’or qu’il ne pourra jamais faire adopter par le Congrès.
Tout en le fusillant du regard, les syndicalistes rigoleront doucement. Le rire des manants si longtemps maltraités auxquels le souverain tend soudain une main de mendiant.
A bout d’arguments, Sarkozy évoquera, sans doute, la crise « sans précédent », l’exigence d’austérité et de rigueur, la nécessité de l’union nationale. Mais, pour eux, il est, avec « ses amis du grand capital », le principal responsable de la crise, l’austérité qu’il prône et qui sera plus cruelle pour « ceux d’en-bas » que pour « ceux d’en-haut » va briser tout espoir de croissance et c’est lui, avec sa politique et certains de ses propos, qui a détruit le peu d’union nationale qui nous restait.
Sarkozy a toujours fait semblant de croire que le clivage droite-gauche et la lutte des classes n’existaient plus. En observant demain leurs regards de haine, il pourrait finir par comprendre que la droitisation de son régime a ranimé le clivage droite-gauche et que l’appauvrissement des uns, nombreux, et l’enrichissement de quelques autres ont réveillé la lutte des classes.
Certains diront que Sarkozy qui ne sait plus quoi faire et auquel on a tant reproché son autoritarisme de potentat solidaire se devait de tenter quelque chose pour démontrer si ce n’est sa bonne foi du moins que les autres se refusaient au dialogue.
On touche là à l’un des problèmes fondamentaux de notre pays et unique en son genre : les liens incestueux qui unissent nos syndicats aux partis politiques (de gauche). Liens auxquels il faut ajouter, un peu paradoxalement, un farouche conservatisme. Les syndicats ne représentent plus que 7% des salariés français et, pire encore, ne recrutent plus que parmi les fonctionnaires, c’est-à-dire des gens attachés viscéralement, depuis plus d’un demi-siècle, au statut de la fonction publique, à sa garantie de l’emploi et à quelques autres petites faveurs. Les fonctionnaires ont bien des qualités mais ils sont fondamentalement et de gauche et conservateurs, par essence même.
Comment imaginer un gouvernement de droite –et a fortiori s’il s’assume comme tel jusqu’à la provocation- obtenant quoi que ce soit de syndicats qui sont « l’avant-garde d’une arrière-garde » arcboutée sur des avantages et un système totalement dépassés par l’histoire et les événements ?
C’est, en grande partie, ce dialogue de sourds entre chiens de faïence qui paralyse notre pays depuis tant d’années. Et Sarkozy n’a fait que l’aggraver considérablement.
On attend avec impatience l’homme de droite (ou du centre) qui saura faire accepter les vraies réformes qui s’imposent par les syndicats, en les caressant s’il le faut dans le sens des poils.
Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que Sarkozy qui pensait « faire un coup » avec son sommet social va encore « se payer un flop ». Ou « un bide » ? Les observateurs hésitent.
Longuet sombre dans le ridicule
Personne n’a jamais pris Gérard Longuet pour une flèche. On pensait d’ailleurs qu’après avoir commencé sa carrière en faisant le coup de poing au milieu des groupuscules plus ou moins fascisants de la faculté de droit il l’avait terminée en réussissant à se faire relaxer dans une affaire pour le moins douteuse à propos de sa villa dans le midi restaurée par une entreprise… lorraine, travaillant pour le Conseil régional de… Lorraine… dont il était le président.
Mis à part ceux qui se souvenaient qu’il avait été le mari de la sœur de Bolloré (ce qui crée évidemment des liens) bien rares furent ceux qui comprirent pourquoi Sarkozy l’avait ressorti de son placard doré du Sénat pour en faire un ministre de la Défense.
Mais quand la soupe est bonne, il faut savoir dire merci au colonel. Totalement absent de tous les théâtres d’opérations depuis son entrée à l’Hôtel de Brienne, Longuet a cru devoir sortir de la naphtaline et du bois pour se joindre au chœur des petits soldats de la sarkozie qui ont entamé une bien difficile opération de reconquête du terrain.
Emboitant donc le pas de la cantinière Nadine Morano, le ministre de la Défense n’a rien trouvé de mieux, ce matin, que de comparer François Hollande au commandant du « Costa Concordia », le navire de croisières italien qui s’est échoué avec plus de 4.000 personnes à bord dont plus d’une vingtaine sont toujours portées disparues.
On appréciera et le tact et le sens de la mesure du bonhomme.
Certes, on compare fréquemment les Etats au milieu des tempêtes à des navires plus ou moins en perdition et les chefs d’Etat à des capitaines plus ou moins courageux.
Mais Longuet oublie une chose : ce n’est pas (encore) Hollande qui est aux commandes du navire France et si on peut être inquiet sur les capacités du candidat du PS (qui n’a encore jamais pris la mer) à commander un grand bâtiment en difficulté, ce n’est pas lui qui a jeté le paquebot sur les récifs de la récession et de la faillite. Hollande est encore à terre, c’est Sarkozy qui est au large et c’est lui qui a échoué, dans tous les sens du terme.
Après Accoyer qui nous a affirmé qu’une victoire de la gauche provoquerait des dégâts « aussi considérables qu’une guerre », Morano qui nous a déclaré que Hollande était « dangereux », Longuet compare ce même Hollande à un assassin des mers. L’UMP ne va plus pouvoir reprocher au candidat socialiste d’avoir laissé entendre que Sarkozy était un « sale mec » et les Français vont rapidement en avoir assez de ces pantalonnades de guignols qui s’étripent en place publique.
Une chose est sûre : on est content qu’aucune guerre ne se profile à l’horizon car avec un tel imbécile comme ministre de la Défense la victoire serait pour le moins incertaine. Elle n’est d’ailleurs pas garantie non plus pour Sarkozy avec de tels « maréchaux ». Alors, silence dans les rangs !
A qui la faute ?
Il est évident que ces présidentielles de 2012 vont se jouer « bilan contre promesses ». Le sortant, en piteuse situation, va devoir assumer les résultats de son quinquennat. Son challenger, encore donné grand vainqueur, va pouvoir nous faire miroiter des lendemains si ce n’est enchanteurs du moins meilleurs. C’est la règle du jeu.
Sarkozy est au pouvoir depuis cinq ans et la droite depuis dix ans. Le candidat du PS peut donc accuser le président et ses hommes de tous les malheurs qui frappent le pays, le chômage, la précarité, les déficits, la dette, la dégradation des services de l’Etat, le fossé qui s’est considérablement creusé entre riches et pauvres, etc.
La dégradation de la France par les agences de notation n’est que « la cerise sur le gâteau », le constat d’une situation que tout le monde connaissait. Notre pays a, évidemment, dégringolé au cours des dernières années. Il n’est plus compétitif sur le plan international, le déficit croissant de sa balance commerciale le prouve de mois en mois, et l’Etat dépense toujours davantage qu’il ne perçoit, nos déficits qui se creusent le démontrent.
Reste, bien sûr, à savoir « qui » est responsable de cette catastrophe. Ceux qui sont au pouvoir, évidemment. Mais on pourrait aussi se poser la question du « pourquoi ? »
Disons les choses crûment. La situation du pays est devenue épouvantable et plus personne ne fait confiance en la France parce que nous sommes le seul pays au monde à travailler 35 heures par semaine, à avoir abaissé l’âge de la retraite à 60 ans, parce que nous avons « le meilleur système de protection sociale au monde », parce que bien rares sont ceux qui ne bénéficient pas d’une allocation, d’une aide, d’une subvention de la collectivité, ce qui fait que nous sommes, en même temps, le pays où l’on paie le plus de prélèvements obligatoires.
Comment croire en l’avenir d’un pays qui « ne fout plus rien » et qui s’est confortablement endormi dans un système d’assistanat généralisé ?
Or, il faut bien reconnaitre que la plupart de ces « exceptions françaises », des 35 heures à l’âge de la retraite, en passant par un bon nombre de mesures dites « sociales », nous ont été offertes pour ne pas dire imposées par la gauche quand elle était au pouvoir. En clair, c’est beaucoup moins le gouvernement Fillon que le gouvernement Jospin (1997-2002) qui nous a fait perdre notre compétitivité et sombrer dans l’abime. Mais c’était l’époque où la croissance internationale faisait encore croire à certains utopistes que nous pouvions tout nous offrir.
En dix ans, la droite aurait dû redresser la barre et redevenir réaliste. Chirac, échaudé par les malheurs de Juppé en 1995, n’a rien osé faire pendant son second mandat. Sarkozy arrivant au pouvoir en 2007 et Fillon déclarant, dès les premiers jours, que le pays était « en faillite » ont vaguement « détricoté » les 35 heures, reculé timidement (et maladroitement) l’âge de la retraite, réduit (un peu et, là encore, maladroitement) le nombre des fonctionnaires. Mais l’absence de vision d’ensemble, les passages en force, le manque de pédagogie et surtout d’équité ont braqué les Français contre toutes ces « mesurettes » qui pourtant s’imposaient.
Aujourd’hui, et sans parler de tout ce qu’on peut lui reprocher par ailleurs, Sarkozy paie à la fois la perte de notre triple A, c’est-à-dire la décadence de notre pays, et les mesures qu’il a essayées pour tenter d’endiguer la chute. C’est paradoxal mais, somme toute, mérité. Il voulait être jugé sur les résultats. Il va l’être.
Le problème est de savoir comment François Hollande qui a passé toutes ses années de premier secrétaire du PS à applaudir les 35 heures, la généralisation de l’assistanat et qui nous promet aujourd’hui l’embauche de dizaines de milliers de nouveaux fonctionnaires et de nouveaux contrats aidés, va pouvoir être un tant soit peu crédible quand il va nous parler du redressement du pays devant la crise.
On comprend les électeurs qui ne veulent ni de l’un ni de l’autre. L’un parce qu’il n’a pas su remettre le pays sur les rails, l’autre parce qu’avec ses amis il est en grande partie responsable du déraillement et qu’il ne semble toujours pas l’avoir compris.
Quand on observe les deux dernières décennies, on est obligé de reconnaitre que ceux qui, reprenant la fameuse formule de Jacques Duclos en 1969, affirment que l’UMP et le PS c’est « bonnet blanc-blanc bonnet » n’ont pas totalement tort. Il faudrait sans doute autre chose au pays. Bayrou, Villepin, Mélenchon, Marine Le Pen ? Il pourrait y avoir des surprises…
La captation d’héritage est punie par la loi
Après avoir célébré les 600 ans de la naissance de Jeanne d’Arc à Domrémy, visité la maison natale de de Gaulle à Lille, voilà que Nicolas Sarkozy commémore, à Amboise, les cent ans de la naissance de Michel Debré. Alors que la France a perdu son triple A, le président semble, cette semaine, s’être reconverti dans l’inauguration des chrysanthèmes.
On ne reprochera jamais à un chef d’Etat d’honorer la mémoire des grandes figures de notre Histoire. Il reste moins de cent jours à Nicolas Sarkozy pour évoquer Vercingétorix, Clovis, Sainte Geneviève, Saint Louis, Richelieu, Louis XIV, Napoléon, Clemenceau et quelques autres, sans parler de Jaurès ou de Blum qu’il pourrait bien nous ressortir au cours d’un face-à-face avec François Hollande.
Ce qui est un peu choquant c’est que Nicolas Sarkozy est en campagne électorale (même s’il ne s’est pas encore déclaré candidat) et qu’il essaie aujourd’hui de s’approprier ainsi l’héritage de quelques-unes de nos icônes nationales.
Ne faisons pas parler Jeanne d’Arc, mais imaginons simplement ce que de Gaulle ou Michel Debré auraient pu penser du quinquennat qui s’achève.
L’un et l’autre avaient l’obsession de l’indépendance et de la grandeur de la France. L’alignement servile et obséquieux derrière les Etats-Unis puis derrière l’Allemagne d’Angela Merkel aurait, pour eux, relevé de la trahison et l’image que Sarkozy a donnée de la France à travers le monde les aurait indignés. L’un et l’autre affirmaient que la politique de la France ne pouvait pas se faire « à la corbeille ». La soumission aux banques, à la finance internationale et aux agences de notation les aurait scandalisés. Ils ne pensaient, l’un et l’autre, qu’à l’unité de la nation au-dessus des partis, des clivages, des communautés. Depuis cinq ans, le président a opposé riches et pauvres, travailleurs et chômeurs, salariés du privé et fonctionnaires, Français « de souche » et Français « de fraîche date ». Etc., etc.
Personne n’a jamais pu définir, à travers ses innombrables volte-face, reculades et reniements, ce qu’était le sarkozisme. Mais une chose est sûre : c’est tout sauf du gaullisme.
Dire que le Général a dû passer ce quinquennat à se retourner dans sa tombe serait un euphémisme et un lieu commun. Quant à Michel Debré, il a sans doute, du paradis où il s’ennuie sûrement, retrouvé toutes les fureurs qui le faisaient appeler jadis « Michou-la-colère ».
La captation d’héritage, l’usurpation d’identité et le viol des sépultures sont punis par la loi. Et il y a peu de chances qu’avec de telles simagrées Sarkozy puisse l’emporter au paradis…
Ce qui serait amusant…
Ce qui serait amusant serait que, totalement écoeuré par les sondages –et donc les Français- et par ses échecs –et donc lui-même- Nicolas Sarkozy nous annonce, un beau matin, qu’après avoir mûrement réfléchi il a décidé de ne pas se représenter et qu’il entend désormais passer le reste de sa vie à faire du fric et la java.
Tous les experts nous diraient, le soir même, qu’ils s’y attendaient, qu’ils l’avaient prévu et même que la chose était évidente depuis déjà longtemps et qu’il suffisait de voir la mine décomposée de président en fin de mandat et au bout du rouleau pour comprendre qu’il avait enfin réalisé que ce boulot n’était pas fait pour lui.
Mais l’annonce provoquerait tout de même un beau charivari dans le landernau politique.
D’abord, bien sûr, à l’UMP. Fillon et Copé se jetteraient aussitôt l’un contre l’autre, poignards sortis et toutes dents dehors, chacun estimant qu’il a toute la légitimité pour assumer la relève au pied levé, l’un parce qu’il est le Premier ministre (d’un gouvernement qui a tout raté pendant cinq ans), l’autre parce qu’il est le patron du parti de la majorité (même si le parti en question n’a sans doute plus la majorité dans le pays).
Mais un certain nombre d’autres lascars montreraient immédiatement le bout de leur nez et le gigantisme de leurs ambitions. Juppé, bien sûr, au nom de son expérience dont les Français n’ont pas gardé forcément un si bon souvenir, Baroin, au nom de sa jeunesse et du chiraquisme d’antan, Le Maire, Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, d’autres encore.
On s’apercevrait alors que le sarkozisme n’a jamais existé autrement que par une série de postures successives et contradictoires et que l’UMP n’a jamais été qu’un conglomérat d’ambitions dans lequel se retrouvaient pêle-mêle des centristes, des gaullistes, des giscardiens, des chiraquiens et des gens qui auraient sans doute été plus à l’aise à l’extrême-droite, tous transformés en courtisans alléchés par les relents du pouvoir.
Mais le forfait inattendu de Sarkozy provoquerait aussi un cataclysme à gauche. Qu’on le veuille ou non, si François Hollande caracole depuis des mois en tête de tous les sondages ce n’est ni parce que les Français lui reconnaissent l’envergure évidente d’un homme d’Etat capable d’affronter toutes les tempêtes ni parce que son programme les a enthousiasmés en leur donnant l’espoir d’un avenir meilleur.
Sur les 57% des électeurs qui se disent décidés à voter Hollande au second tour, un grand nombre d’entre eux le feront simplement parce qu’ils ne supportent plus Sarkozy. Sarkozy disparu, Hollande perd tout son charme et se retrouve tout penaud avec des promesses plus floues les unes que les autres et auxquelles personne ne croit un seul instant.
Naturellement, seuls quelques fous furieux osent imaginer que Sarkozy puisse renoncer à se présenter. Il n’est pas encore candidat mais il est en campagne depuis des mois, aux frais de la République puisque ses innombrables déplacements, meetings et réunions de toutes sortes ne seront pas comptabilisés dans ses frais de campagne tant qu’il ne se sera pas déclaré.
Mais ce scénario de pure fiction révèle tout de même les dangers de cette élection présidentielle. Pour la première fois, on a, d’un côté, un camp totalement incohérent avec sa droite humaniste, sa droite populaire et son président zigzag, et, de l’autre côté, un camp dont le seul fonds de commerce réside dans l’anti-sarkozisme.
Jamais nous n’aurons autant voté « à la gueule du client ». Ce n’est sûrement pas comme ça qu’on choisit un capitaine pour sauver un navire d’un naufrage programmé.
Triple zéro !
Pas facile d’être ministre de Sarkozy ! Il y a un mois, ils nous disaient tous que, grâce à Sarkozy, la France allait garder son triple A, que c’était essentiel, que sa perte serait catastrophique car elle nous obligerait à emprunter à un taux insupportable mais qu’avec la politique menée de main de maître par le président qui avait fait de la sauvegarde de ce triple A la priorité de ses priorités, il n’y avait aucun risque que les agences de notation nous « dégradent ». C’était : « Dormez tranquilles, braves gens, Nicolas Sarkozy est là et s’occupe de tout ».
Depuis hier et l’annonce de cette dégradation de AAA à AA+, ces mêmes ministres nous affirment, sur le même ton péremptoire, que « la perte du triple A n’est pas une catastrophe », que « ce ne sont pas les agences de notation qui vont dicter à la France sa politique », qu’elles ont d’ailleurs reconnu que « nous étions sur la bonne voie » et qu’en fait « c’est toute l’Europe qui, victime de la crise mondiale, est dégradée ».
Ces incapables qui continuent à nous prendre pour des gogos s’imaginent que nous ne savons pas que l’Allemagne, la Grande-Bretagne, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, la Finlande, le Luxembourg et la Suisse ont, eux, conservé leur triple A.
Ce sont les « pays club Med’ » qui ont perdu la confiance de la finance internationale et, cette fois, la France en fait bel et bien partie, des pays où il fait, peut-être, bon passer quelques jours de vacances mais avec lesquels on ne peut pas travailler sérieusement car ils sont en train de crever tranquillement et par leur faute.
Désormais, il y a bien deux Europe, celle du nord, sérieuse, travailleuse et qui va, peut-être s’en sortir face à la crise et celle du sud, des jeans-foutres méridionaux, qui dégringole dans l’abîme de mois en mois. Et c’en est naturellement fini du fameux couple franco-allemand qui, à en croire Sarkozy, devait diriger notre vieux continent. Au cours de leur prochain déjeuner de travail, Angela Merkel pourra continuer à boire du Riesling et à se goinfrer de choucroute mais Sarkozy devra se contenter d’un peu d’eau fraîche et d’une boite de sardines.
A moins de cent jours du premier tour des présidentielles, la nouvelle de notre « dégradation » tombe particulièrement mal pour Sarkozy. Elle alourdit encore son bilan qui devient épouvantable.
Souvenons-nous. Il devait nous permettre de « gagner plus en travaillant plus », il devait « aller chercher la croissance avec les dents », il devait nous offrir « une République irréprochable », il devait nous « débarrasser de la racaille avec un Karcher », il devait mettre un terme à la « Françafrique », il devait faire de la Méditerranée un lac de paix, il devait offrir davantage de pouvoirs au Parlement, il devait, il devait… et il a tout raté.
On dira qu’il a réformé les retraites. C’est vrai. Mais si au lieu de reculer bêtement, par idéologie et provocation, l’âge légal du départ à la retraite, il s’était contenté d’allonger la durée de cotisation, il n’aurait pas fait descendre des millions de mécontents dans les rues. Et d’ailleurs, souvenons-nous aussi que l’un de ses arguments pour nous présenter cette réforme était la nécessité de rassurer les agences de notation !
On nous dit maintenant que pour tenter de rattraper son retard, Sarkozy va se présenter en… « protecteur ». On tombe à la renverse ! En cinq ans, il ne nous a protégés d’aucune catastrophe. Le chômage, les déficits, la dette se sont considérablement aggravés, les services publics, l’hôpital, l’école, se sont scandaleusement détériorés, le fossé entre les riches qui n’ont cessé de s’enrichir et les pauvres qui n’ont cessé de s’appauvrir s’est encore élargi. Ajoutons qu’il a, en plus, ridiculisé l’image de la France aux yeux du monde entier et ce n’est pas parce qu’il a eu la peau de Kadhafi qu’il a fait oublier dans toutes les capitales de la planète ses rodomontades de président du G8 ou du G20 qui voulait moraliser la finance internationale et instaurer une gouvernance mondiale. Jamais aucun président n’avait été aussi mauvais.
Il nous a fait perdre, hier, notre triple A mais cela fait longtemps qu’il a gagné un triple zéro.
Quand on ne veut ni de l’extrême-droite ni d’une nouvelle expérience socialiste et qu’on ne se sent guère attiré par Bayrou, on a l’impression de n’avoir plus que ses yeux pour pleurer.
Bayrou ou Marine Le Pen?
On nous parle aujourd’hui de toutes les « addictions » (nouveau grand mot à la mode) dont nous serions souvent victimes. Mais la plus récente de ces addictions est sans doute l’addiction aux sondages dont nous sommes particulièrement victimes sur ce petit blog. Et, comme pour le cigare ou l’Armagnac, nous assumons parfaitement notre vice.
A la manière des turfistes invétérés, nous sommes des « sondovores » (ou des « sondaphages ») invétérés, le nez plongé dans les journaux spécialisés, cochant les pronostics des meilleurs instituts spécialisés et pariant (des haricots) sur les cracks en déroute ou les tocards prometteurs.
Dans cette interminable course d’obstacles qui ne fait que commencer, ce qui est passionnant aujourd’hui, ce ne sont pas les deux supposés favoris qui sont encore en tête, Hollande et Sarkozy. On sait déjà que le premier ne peut que perdre du terrain et que le deuxième a bien peu de chance d’en regagner même en cravachant sa monture.
Ceux qu’il faut observer à la jumelle ce sont les deux suivants qui grignotent du terrain, Bayrou, l’éternel centriste de service, et celle que les bookmakers ont sans doute le tort de sous-estimer, Marine Le Pen.
Aujourd’hui, l’IFOP donne 21,5% à Marine Le Pen (derrière Hollande, 27%, et Sarkozy, 23,5%), 13% à Bayrou, et CSA accorde 19% à Marine Le Pen (29% à Hollande, 26% à Sarkozy), 13% à Bayrou.
On ne le dira jamais assez, ces présidentielles vont être marquées par une fabuleuse volonté de rejet. La majorité des Français ne supporte plus Sarkozy qui a trop déçu mais ne veut pas non plus d’une nouvelle expérience socialiste. Ils pensent avoir « déjà donné » aussi bien avec l’UMP qu’avec le PS.
Les électeurs en ont assez du petit jeu de l’alternance qui a fait se succéder à Matignon, depuis trente ans, des Barre, Mauroy, Fabius, Chirac, Rocard, Edith Cresson, Bérégovoy, Balladur, Juppé, Jospin, Raffarin, Villepin, Fillon, un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite et qui nous annonce aujourd’hui Martine Aubry.
Dans cette descente (aux enfers) en slalom, la France a raté tous les virages et le chômage, la dette, la précarité et tous les malheurs n’ont fait qu’exploser. Du coup, ce n’est plus de l’alternance dont rêvent les électeurs mais d’un grand coup de balai. Ils ont envie de se débarrasser au « Karcher » de toutes les « racailles » et de nettoyer les écuries d’Augias du pouvoir, car ils ont tendance à mettre tout ce petit monde dans le même sac pour le balancer par-dessus le bastingage du rafiot en perdition. Et le score actuel d’un Mélenchon (6,5% pour l’Ifop, 7% pour CSA) prouve que cette volonté de faire table-rase du passé, comme du présent, existe tout autant à gauche qu’à droite.
Sur le thème du « Sortez les sortants » (et du « Tous pourris ») Marine Le Pen a, évidemment, quelques longueurs d’avance. C’était déjà ce slogan qu’utilisait son père en… 1956 quand il était candidat poujadiste. Mais l’extrême-droite sait qu’elle ne dépassera jamais les 20/22% ce qui pourrait lui permettre, comme en 2002, d’accéder au second tour mais lui interdit d’espérer davantage.
Bayrou a, depuis trois semaines, le vent en poupe. Avec son « ni à droite ni à gauche », il met les responsables d’aujourd’hui et ceux d’hier dos à dos et comme il rappelle à qui veut l’entendre que, quand il prêchait dans le désert, il avait raison avant tout le monde, il pourrait bien réitérer son exploit de 2007, 18%, ce qui, avec un petit effort supplémentaire, le hisserait jusqu’au second tour. Il aurait alors toutes les chances de l’emporter en finale, aussi bien face à Sarkozy que face à Hollande puisque les voix qui se seraient portées sur celui arrivé en troisième position se reporteraient automatiquement sur lui. Bayrou en « sauveur du pays », ce serait tout de même une surprise !
En fait aujourd’hui, à moins de cent jours du premier tour, la question est de savoir qui, de Marine Le Pen ou de Bayrou, a une chance de dépasser Sarkozy pour être face à Hollande en finale. A croire l’Ifop, il ne manque que 2 points à la candidate du Front national et 10 points à celui du MoDem. Si Sarkozy continue à s’affoler avec des initiatives intempestives comme la TVA sociale, la taxe Tobin ou le mariage homosexuel (sa dernière trouvaille, selon Libération de ce matin), c’est jouable pour l’une comme pour l’autre.
Dans le premier cas de figure, Hollande serait élu triomphalement, dans le second cas, ce serait Bayrou le vainqueur. La France serait-elle sauvée pour autant ? Ce n’est pas sûr.
Mais tous les turfistes savent que, par terrain lourd, toutes les surprises sont possibles. On a déjà vu des outsiders auxquels personne ne croyait jaillir soudain du peloton dans la dernière ligne droite et gagner des grands prix. Pas souvent, à dire vrai.
L’olibrius sur son perchoir
Nous avons eu de très grands présidents de l’Assemblée nationale. On pense à Edouard Herriot, à Jacques Chaban-Delmas, voire même à Philippe Seguin. Nous en avons eu de nettement moins bons. On se souvient d’Henri Le Troquer resté célèbre pour avoir pris l’habitude de caresser de sa seule main de manchot les petits rats de l’Opéra qu’il conviait à des soirées un peu particulières, les fameux « Ballets roses », dans sa résidence officielle du Butard. Et puis nous en avons eu un bon nombre qui sont totalement tombés dans l’oubli dès qu’ils sont redescendus du perchoir, comme Louis Mermaz, Henri Emmanuelli, Raymond Forni ou Jean-Louis Debré.
On pensait que Bernard Accoyer, devenu accidentellement, et sans qu’on comprenne encore pourquoi, quatrième personnage de l’Etat, ferait partie de ces fantômes ayant eu la chance de pouvoir hanter pendant une législature le bel hôtel de Lassay et qu’il s’en serait contenté avant de regagner ses alpages. Mais non.
Sentant sans doute son perchoir commencer à vaciller sous ses petites pattes, il a voulu se faire entendre en se mettant lui aussi à caqueter. Présentant ses vœux au cours d’une cérémonie imposée par le protocole (du temps de Chaban on s’y précipitait car on avait droit à du Cheval blanc à profusion, c’était la belle époque de la Vème République) le tout petit bonhomme a cru pouvoir affirmer que si la gauche l’emportait lors des prochaines élections les conséquences en seraient encore plus catastrophiques qu’avec… « une guerre » ( !). On imagine qu’Accoyer a dû être réformé et que s’il a vu une guerre au cinéma c’était la Guerre des boutons.
On a parfaitement le droit d’être inquiet devant le programme bien incertain et plus encore démago de François Hollande et de se demander avec angoisse ce que sera la politique d’un gouvernement dans lequel on retrouvera, selon toute vraisemblance, une Martine Aubry, un Montebourg, un Valls, un Hamon, une Cécile Duflot et, pourquoi pas, un Mélenchon.
Mais, quand on est président de l’Assemblée, il n’est pas convenable de se lancer dans une surenchère avec l’espoir de faire mieux que la poissonnière Morano qui, chaque fois qu’elle ouvre la bouche, fait perdre 0,5% à Sarkozy.
Que la campagne qui commence soit difficile à mener pour les partisans de Sarkozy est une évidence. Il leur sera délicat d’expliquer la montée catastrophique du chômage, l’aggravation folle de la dette et de tous les déficits, la dégradation dramatique du niveau de vie d’un très grand nombre de Français et l’ambiance pourrie que le président sortant a instaurée dans le pays. Mais ce n’est pas en caricaturant à l’excès le programme de leurs adversaires qu’ils pourront faire oublier le bilan de leur grand homme.
Ils seraient plus avisés, une calculette à la main, de décortiquer les promesses de celui qui se prend déjà pour Mitterrand (dont il faudra un jour d’ailleurs publier le bilan exact). En nous annonçant des morts et des ruines en cas de victoire de la gauche, Accoyer est entré, les pieds devant, dans l’annuaire, volumineux, des grands imbéciles de la République.
Même ceux qui n’apprécient pas vraiment Sarkozy sont obligés de reconnaître qu’il ne mérite pas de tels sous-lieutenants car, avec des olibrius de cet acabit, il est sûr de perdre… la guerre.
Décidemment, cette campagne commence bien mal.