Nous avons eu de très grands présidents de l’Assemblée nationale. On pense à Edouard Herriot, à Jacques Chaban-Delmas, voire même à Philippe Seguin. Nous en avons eu de nettement moins bons. On se souvient d’Henri Le Troquer resté célèbre pour avoir pris l’habitude de caresser de sa seule main de manchot les petits rats de l’Opéra qu’il conviait à des soirées un peu particulières, les fameux « Ballets roses », dans sa résidence officielle du Butard. Et puis nous en avons eu un bon nombre qui sont totalement tombés dans l’oubli dès qu’ils sont redescendus du perchoir, comme Louis Mermaz, Henri Emmanuelli, Raymond Forni ou Jean-Louis Debré.
On pensait que Bernard Accoyer, devenu accidentellement, et sans qu’on comprenne encore pourquoi, quatrième personnage de l’Etat, ferait partie de ces fantômes ayant eu la chance de pouvoir hanter pendant une législature le bel hôtel de Lassay et qu’il s’en serait contenté avant de regagner ses alpages. Mais non.
Sentant sans doute son perchoir commencer à vaciller sous ses petites pattes, il a voulu se faire entendre en se mettant lui aussi à caqueter. Présentant ses vœux au cours d’une cérémonie imposée par le protocole (du temps de Chaban on s’y précipitait car on avait droit à du Cheval blanc à profusion, c’était la belle époque de la Vème République) le tout petit bonhomme a cru pouvoir affirmer que si la gauche l’emportait lors des prochaines élections les conséquences en seraient encore plus catastrophiques qu’avec… « une guerre » ( !). On imagine qu’Accoyer a dû être réformé et que s’il a vu une guerre au cinéma c’était la Guerre des boutons.
On a parfaitement le droit d’être inquiet devant le programme bien incertain et plus encore démago de François Hollande et de se demander avec angoisse ce que sera la politique d’un gouvernement dans lequel on retrouvera, selon toute vraisemblance, une Martine Aubry, un Montebourg, un Valls, un Hamon, une Cécile Duflot et, pourquoi pas, un Mélenchon.
Mais, quand on est président de l’Assemblée, il n’est pas convenable de se lancer dans une surenchère avec l’espoir de faire mieux que la poissonnière Morano qui, chaque fois qu’elle ouvre la bouche, fait perdre 0,5% à Sarkozy.
Que la campagne qui commence soit difficile à mener pour les partisans de Sarkozy est une évidence. Il leur sera délicat d’expliquer la montée catastrophique du chômage, l’aggravation folle de la dette et de tous les déficits, la dégradation dramatique du niveau de vie d’un très grand nombre de Français et l’ambiance pourrie que le président sortant a instaurée dans le pays. Mais ce n’est pas en caricaturant à l’excès le programme de leurs adversaires qu’ils pourront faire oublier le bilan de leur grand homme.
Ils seraient plus avisés, une calculette à la main, de décortiquer les promesses de celui qui se prend déjà pour Mitterrand (dont il faudra un jour d’ailleurs publier le bilan exact). En nous annonçant des morts et des ruines en cas de victoire de la gauche, Accoyer est entré, les pieds devant, dans l’annuaire, volumineux, des grands imbéciles de la République.
Même ceux qui n’apprécient pas vraiment Sarkozy sont obligés de reconnaître qu’il ne mérite pas de tels sous-lieutenants car, avec des olibrius de cet acabit, il est sûr de perdre… la guerre.
Décidemment, cette campagne commence bien mal.

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