Le dimanche étant « le jour du Seigneur », le Journal du Dimanche se devait de faire un petit plaisir au président. Il publie donc ce matin un sondage qui lui permet de titrer : « Sarkozy-Hollande : l’écart se resserre ».
Pour le premier tour, Sarkozy gagnerait 2 points, à 26%, derrière Hollande à 28%, +0,5. Et, cerise sur le gâteau, Marine Le Pen perdrait 1 point, à 19%, Mélenchon 0,5 point, à 6%, Eva Joly 2 points, à 3%, et Villepin 1 point, à 2,5%. Bayrou, lui, en gagnerait 1, à 12%. On peut se demander où Sarkozy aurait bien pu trouver ces 2 points supplémentaires. Chez Marine Le Pen, chez Eva Joly, chez Villepin ?
Au second tour, Hollande l’emporterait toujours largement, mais moins largement, avec 54% (-2) devant Sarkozy, 46% (+2).
Même si plus personne ne croit vraiment à ces fameux sondages depuis qu’on a appris que certains, trop déplaisants pour le régime, n’étaient pas publiés, on s’interroge sur les raisons qui pourraient faire remonter le président sortant.
Ses amis veulent croire que sa nouvelle fébrilité (TVA sociale, taxe sur les transactions financières, sommet social à venir, tentative pour sauver Seafrance, etc.) séduit les électeurs. A les écouter, Sarkozy entendant travailler jusqu’au dernier jour de son mandat, lançant des idées courageuses, devenant un homme de dialogue, apparaitrait aux yeux des Français si ce n’est comme un sauveur du moins comme un président protecteur au milieu de la tempête.
Mais on peut se demander si les Français sont vraiment dupes. Ils savent parfaitement que cette TVA sociale, si jamais elle entrait en application, augmenterait considérablement le prix du panier de la ménagère, que la taxe sur les transactions financières ne pourrait que ruiner la place de Paris puisque toutes les autres capitales européennes y sont hostiles et que le sommet social annoncé ne sera qu’un dialogue de sourds.
En fait, on a plutôt l’impression que si, au second tour, Sarkozy gagne 2 points, c’est tout simplement parce que Hollande… en perd 2. Ce n’est pas le président qui séduit à nouveau, c’est le candidat du PS qui se met –déjà !- à décevoir. Au fond, les électeurs hésitent entre un candidat de droite dont ils ne veulent plus, depuis longtemps, et un candidat de gauche dont ils semblent vouloir de moins en moins depuis le début de cette campagne qui n’a pas commencé. Ils en sont déjà arrivés à se demander « lequel est le moins pire des deux ». C’est l’histoire de l’âne de Buridan qui a faim et soif et qui hésite (jusqu’à ce que mort s’en suive) entre un seau d’eau fraîche et un tas de foin.
Les électeurs n’ayant pas envie de mourir de faim et de soif, voilà, bien sûr, qui pourrait faire la fortune des autres candidats. Il reste un peu plus de trois mois à Marine Le Pen pour gagner 5 ou 6 points, à Bayrou pour en gagner une dizaine et aux « petits » pour en grignoter quelques-uns afin de tout chambouler. Rien n’est impossible et d’autant moins qu’au-delà des effets de manche dont vont nous gratifier tous les candidats et des coups de théâtre toujours possibles, cette campagne va être, évidemment, chahutée par la tempête avec une perte plus que prévisible de notre triple A, un éclatement vraisemblable de l’euro et, pire encore, la multiplication des plans de licenciements.
Devant toutes ces catastrophes, Sarkozy, brandissant sa TVA sociale et sa taxe sur les transactions financières, et Hollande, promettant ses contrats de générations et l’embauche de ses 60.000 enseignants, auront l’air aussi ridicules l’un que l’autre.
PS. Tout le monde rigole du parachutage de Jack Lang dans les Vosges. Après Blois et Boulogne, voici que le créateur de la Fête de la musique poursuit son tour de France en atterrissant à Saint-Dié, patrie de Jules Ferry. Lang n’est pas le plus mauvais des ténors du PS et personne ne pourra lui reprocher, même à 72 ans, de chercher une circonscription. En tous les cas ni Fillon ni Guéant. Et on doit d’ailleurs reconnaître à Lang qu’il choisit une circonscription qui n’est pas gagnée d’avance puisque cette 2ème circonscription des Vosges est détenue par un UMP, comme les trois autres circonscriptions du département. Ce qui est amusant c’est que Lang, pour expliquer sa venue dans les Vosges, rappelle à longueur d’émissions qu’il est né à Mirecourt, dans les Vosges, et qu’il a fait ses études puis été enseignant à Nancy, dans la région. En fait, et personne ne l’a remarqué, il est surtout vosgien parce que depuis des années, il habite un superbe appartement place des… Vosges. Ce qui vaut tous les enracinements.

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