Personne n’a jamais porté la moindre attention à ce que peut dire ou écrire Jean-Paul Delevoye. Ancien sénateur-maire de Bapaume, ancien président de l’Association des maires de France, ancien ministre de la Fonction publique, ancien médiateur de la République, il est aujourd’hui président du Conseil économique. Autant dire que ce notable a su effectuer un joli petit parcours à travers les placards dorés de la République. Mais cet homme (de droite) est aussi un homme de bon sens et si on ne l’a jamais écouté c’est sans doute parce qu’il représente jusqu’à la caricature ce qu’on appelait autrefois « la France profonde ».
Il publie aujourd’hui un petit livre « Reprenons-nous » et il est vraisemblable qu’au milieu de la marée de bouquins politiques qui déferle sur nous ces jours-ci, personne ne va le lire. C’est dommage.
Ce « pépère de la politique » dresse un constat épouvantable de la situation de notre pays aujourd’hui, pire que tous ceux que nous présentent tous les candidats à la présidentielle, et lance un cri d’alarme qu’ils feraient bien d’entendre.
« Il y a aujourd’hui, dit-il, 12 à 15 millions de Français pour qui les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près. L’angoisse des fins de mois est un élément qui nourrit encore un peu plus l’anxiété. Les Français sont en train d’imploser à cause d’une pression trop forte et d’un mal-vivre ensemble de tous les jours. Avant, on était fatigué physiquement, maintenant, on est fatigué psychiquement. Le sentiment d’isolement, d’impuissance, d’injustice peut déboucher, comme en 2005 dans nos banlieues, sur des expressions de violence terribles, presque incontrôlables »
Delevoye n’est un gauchiste nostalgique de mai 68 qui rêverait de voir le pays à feu et à sang. Mais, moins coupé que beaucoup d’autres des réalités (son poste de médiateur de la République semble l’avoir transformé) il a compris que, pour beaucoup de Français, la situation était devenue telle que ça ne pouvait plus continuer comme cela.
Il ajoute : « Si les politiques ne prennent pas la mesure de la désespérance, le risque est le repli sur soi, la perte des valeurs républicaines et le vote en faveur des extrêmes et en particulier du Front national ». Tout est dit.
Or, il ne semble pas que Nicolas Sarkozy ou François Hollande aient pris « la mesure de la désespérance » des Français.

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